Les marchés mondiaux ont basculé lundi 25 mai 2026 dans un mouvement de détente après l'annonce, le samedi 23 mai, d'un protocole d'entente quasi finalisé entre Washington et Téhéran. Le projet d'accord, qualifié de « largement négocié » par le président américain Donald Trump et estimé achevé à 95 % par un responsable américain cité par Reuters, prévoit la réouverture progressive du détroit d'Ormuz, bloqué depuis le 28 février par les forces iraniennes. À l'ouverture des séances asiatiques et européennes, le baril de Brent a reculé de 4,32 % à 94,47 dollars, passant pour la première fois sous le seuil des 100 dollars depuis deux semaines, tandis que le WTI américain a plongé sous les 92 dollars.
La nouvelle a entraîné une réallocation immédiate des portefeuilles défensifs. L'or au comptant a progressé de 1,1 % à 4 559,07 dollars l'once à 07h36 GMT, soutenu par un dollar à son plus bas hebdomadaire et par la perspective d'un reflux durable de l'inflation. Les contrats à terme de juin ont gagné 0,8 % à 4 559,80 dollars. Les marchés actions ont également intégré la baisse de la prime de risque géopolitique : les contrats à terme sur le S&P 500 ont avancé de 0,7 % et ceux sur le Nasdaq de 1,2 %, alors même que Wall Street était fermée lundi pour Memorial Day. Le Nikkei japonais a franchi successivement 64 000 et 65 000 points, deux records absolus.
Ce que prévoit le protocole d'entente
Le projet d'accord se présente comme une première étape vers une sortie de guerre, distincte des négociations sur le programme nucléaire iranien. Selon le ministère iranien des Affaires étrangères, le texte prend la forme d'un « accord cadre » suivi de 30 à 60 jours de discussions techniques pour les modalités finales. Les principaux volets identifiés concernent :
- La réouverture graduelle du détroit d'Ormuz au trafic commercial, voie par laquelle transitait, avant guerre, environ 25 % du pétrole maritime mondial et 20 % du gaz naturel liquéfié.
- La levée progressive du blocus naval américain sur les ports iraniens.
- Le déblocage d'une partie des fonds iraniens gelés à l'étranger.
- Une trêve de 60 jours destinée à sécuriser le rétablissement du trafic maritime avant toute négociation sur le nucléaire.
Le programme nucléaire iranien et la position de l'Iran sur ses alliés régionaux, notamment au Liban, ne figurent pas dans le périmètre du protocole d'entente, ce qui constitue à la fois une condition iranienne et une faiblesse structurelle aux yeux des analystes.
Une diplomatie inhabituelle
Le canal de négociation associe plusieurs médiateurs. Le chef d'état major de l'armée pakistanaise, Asim Munir, a conduit la navette diplomatique principale. Du côté américain, le vice président JD Vance ainsi que les envoyés Steve Witkoff et Jared Kushner ont participé à la finalisation des points restants. Le Qatar a dépêché un haut responsable à Téhéran pour relayer les positions iraniennes. La Chine, premier importateur mondial de brut, joue en arrière plan un rôle de garant implicite, en utilisant son influence commerciale et ses canaux politiques pour peser sur la décision iranienne.
« Trump a alimenté l'espoir d'un accord avec l'Iran qui pourrait permettre la réouverture du détroit d'Ormuz. Cette perspective a pesé sur les cours du pétrole et, par ricochet, soutenu l'or sous l'angle de l'inflation. »
Tim Waterer, chef analyste de marché, KCM Trade, cité par CNBC le 25 mai 2026.
Le secrétaire d'État Marco Rubio a néanmoins prévenu lundi que les États Unis « auront soit un bon accord avec l'Iran, soit ils règleront la question d'une autre manière », rappelant que la voie militaire reste sur la table. Donald Trump a, de son côté, déclaré sur Truth Social que le blocus naval sur les bâtiments iraniens « resterait pleinement en place jusqu'à ce que l'accord soit certifié et signé ». L'agence iranienne Fars a, pour sa part, affirmé que le détroit d'Ormuz, même rouvert, demeurerait sous gestion iranienne, ce qui contredit les déclarations américaines sur un retour à la situation d'avant guerre.
Les marchés intègrent un scénario de désescalade
Avant l'annonce, le baril de Brent évoluait au dessus de 100 dollars depuis plusieurs semaines, après avoir touché un sommet à 112,57 dollars le 27 mars 2026, en hausse de 55 % par rapport à son cours du 28 février, jour du déclenchement du conflit. La chute de lundi traduit l'évaporation rapide de la prime de risque, mais demeure conditionnelle. Selon les analystes du courtier XTB, le baril pourrait repasser au dessus de 100 dollars en cas d'échec des discussions ou de nouvel incident naval dans le Golfe.
Sur le marché des changes, le dollar s'est replié face à toutes les grandes devises. La Banque populaire de Chine a fixé son cours pivot de référence USD/CNY à 6,8318, soit le niveau le plus fort du yuan depuis février 2023. Sur le terrain, deux méthaniers ont franchi le détroit d'Ormuz au cours du week end et un supertanker irakien immobilisé depuis près de trois mois a quitté le Golfe, premier signe tangible d'une amélioration, même modeste, de la fluidité commerciale.
Conséquences pour les épargnants français
L'accord, s'il est signé, soulagerait directement la première contrainte qui pèse sur l'économie française depuis le printemps : le choc pétrolier. En avril 2026, l'inflation a atteint 2,2 % sur un an en France selon l'Insee, contre 0,8 % un an plus tôt. Les prix de l'énergie ont bondi de 14,3 % sur douze mois, le gazole de 23,5 % et l'essence de 9,9 %. À la pompe, le litre dépasse désormais 2 euros en moyenne. La zone euro affiche, elle, une inflation de 3,0 %, son plus haut depuis septembre 2023.
Le détour par le pétrole alimente aussi un risque récessif. L'indice PMI composite flash de S&P Global pour la France est tombé à 43,5 en mai 2026, son plus bas niveau depuis novembre 2020, contre 47,6 en avril. L'indice des services s'est effondré à 42,9. Joe Hayes, économiste chez S&P Global Market Intelligence, estime que le choc pétrolier « a très clairement augmenté le risque de récession dans la deuxième économie de la zone euro ». Une normalisation du Brent vers 80 à 85 dollars permettrait de retirer plusieurs dixièmes de point à l'inflation française et redonnerait des marges de manœuvre à la Banque centrale européenne.
Pour les portefeuilles d'épargne, plusieurs implications se dessinent. Les fonds en euros adossés à des obligations longues bénéficieraient d'une détente attendue des rendements souverains, après les tensions enregistrées sur les Treasuries 30 ans à 5,2 %, leur plus haut depuis 2007. Les unités de compte exposées aux producteurs d'énergie (ExxonMobil, TotalEnergies, Chevron) subiraient à l'inverse une compression de leurs marges si le baril se stabilisait sous 90 dollars. Les actifs perçus comme protections contre l'inflation, à commencer par l'or, pourraient marquer une pause après leur rallye de 2026, sans remettre en cause leur statut structurel de valeur refuge.
Une signature encore incertaine
Plusieurs facteurs peuvent encore faire dérailler la séquence. La divergence entre la communication américaine sur une réouverture du détroit « complète » et la position iranienne d'une gestion souveraine maintenue laisse subsister un risque sémantique majeur. Le calendrier reste imprécis : un haut responsable américain évoque quelques jours, Donald Trump affirme qu'il n'est « pas pressé ». La position de Téhéran sur le déblocage des fonds gelés et sur le Hezbollah libanais reste un point de friction. Enfin, le programme nucléaire, repoussé à une seconde phase, devra être traité dans les 30 à 60 jours suivants, faute de quoi la trêve pourrait s'effondrer.
Pour les investisseurs et les épargnants français, le scénario central de marché bascule désormais vers une désescalade conditionnelle. Les semaines à venir détermineront si le mouvement de lundi 25 mai s'inscrit comme un point bas durable du baril ou comme un simple rebond technique avant une nouvelle phase de tensions.
Ce qu'il faut surveiller
- La date de signature effective du protocole d'entente, attendue dans les jours qui viennent selon Washington.
- La levée formelle du blocus naval américain sur les bâtiments iraniens, condition d'un retour de la production iranienne sur les marchés.
- L'évolution du Brent autour du seuil psychologique des 90 dollars, pivot pour les anticipations d'inflation européennes.
- La communication de la BCE lors de sa réunion de juin et la grille de lecture des taux dévoilée par Philip Lane.
- Les flux de méthaniers et de supertankers à travers le détroit d'Ormuz, indicateur opérationnel d'une normalisation effective.
Sources
- Reuters / CNBC, « Gold rises as dollar, oil ease on U.S. Iran deal prospects », 25 mai 2026.
- Fortune, « Trump says a deal with Iran that would reopen the Strait of Hormuz has been largely negotiated », 23 mai 2026.
- investingLive, « Asia Pacific FX news wrap : Hormuz deal hopes sink oil », 25 mai 2026.
- France 24, « Ormuz, nucléaire, sanctions : ce que l'on sait du possible accord entre l'Iran et les États Unis », 25 mai 2026.
- XTB, « Détroit d'Ormuz : conséquences de l'accord États Unis Iran sur le cours du pétrole », 25 mai 2026.
- Euronews, « Iran war has material impact on inflation, ECB's Lagarde warns », 19 mars 2026.
- Insee, Informations Rapides n° 109, « En avril 2026, les prix à la consommation augmentent de 2,2 % sur un an », 30 avril 2026.
- Boursorama, « France : l'activité enregistre son plus fort recul depuis cinq ans et demi en mai (PMI Flash) », 21 mai 2026.
- Bloomberg, « Gold Jumps as Prospects of Iran Deal Temper Inflation Concerns », 24 mai 2026.
- House of Commons Library, « US Iran ceasefire and nuclear talks in 2026 », mai 2026.