Géopolitique

Hybrides chinois : le quota européen de 350 000 voitures déjà dépassé en sept mois

Bruxelles plafonnera à 350 000 par an les hybrides importés de Chine dès le 1er décembre. Selon Eurostat, 380 373 sont déjà entrés dans l'Union de janvier à juillet 2026. Pékin met en avant un quota supérieur au niveau de 2025.

Rédacteur en chef, France Épargne
•8 min de lecture•609 vues
Petite voiture blanche et câble de recharge face à un conteneur rouge sur une balance en laiton, pour le quota européen sur les hybrides chinois

L'Union européenne plafonnera ses importations de voitures hybrides chinoises à 350 000 unités par an, selon un document de la Commission européenne consulté par Bloomberg et révélé dimanche 11 octobre 2026. Cette mesure de sauvegarde entrerait en vigueur dès le 1er décembre, pour quatre ans. Les données douanières d'Eurostat, compilées par France Épargne, recensent 380 373 hybrides importés de Chine entre janvier et juillet 2026. Ce volume de sept mois dépasse de 30 373 unités le plafond annuel prévu.

Le ministère chinois du Commerce a réagi lundi 12 octobre à 12h57, heure de Pékin. Son porte-parole affirme que l'arrangement a été fixé au-dessus du niveau de 2025 et qu'il assure aux entreprises chinoises « une marge d'exportation et une croissance stable » (traduction France Épargne). L'annonce coïncide avec le Mondial de l'Auto, qui se tient à Paris Expo Porte de Versailles du 12 au 18 octobre.

Les paramètres du quota selon le document de la Commission

Le plafond de 350 000 voitures vaut pour la première année. Il progresse ensuite de 6 % par an à partir de la deuxième année, selon le document cité par Bloomberg. Le calcul donne 371 000 unités la deuxième année, 393 260 la troisième et environ 416 900 la quatrième. La mesure couvre les hybrides non rechargeables (HEV, un moteur thermique associé à une petite batterie rechargée en roulant) et les hybrides rechargeables (PHEV, dont la batterie se recharge sur une prise).

L'accord sur les sauvegardes de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) impose d'appliquer une telle mesure à un produit « quelle qu'en soit la provenance ». Pour respecter cette règle de non-discrimination, le quota vise toutes les origines d'importation, y compris les pays liés à l'Union par un accord de libre-échange. Les membres de l'Espace économique européen, l'Ukraine, le Kenya et les pays en développement dont la part dans les importations est faible en sont exemptés. Le quota attribué à la Chine ne sera inférieur à celui d'aucune autre origine. Le document ne précise pas si les volumes excédentaires seront taxés ou refoulés.

Une mesure de sauvegarde est une restriction temporaire des importations que l'accord de l'OMC sur les sauvegardes autorise lorsqu'un produit est importé « en quantités tellement accrues » qu'il cause ou menace de causer un « dommage grave » à la production nationale. Elle se fonde sur la hausse des volumes importés et sur ce dommage. Aucune preuve de subvention ou de dumping n'est requise. L'article 7 de cet accord limite la durée initiale d'une telle mesure à quatre ans et impose sa libéralisation progressive, ce qui correspond au calendrier et à la hausse annuelle de 6 % prévus.

Que mesure la réduction « de plus de moitié » annoncée par Bruxelles ?

Maroš Šefčovič, commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique, a présenté l'accord à Pékin le 9 octobre, à l'issue de la deuxième réunion des consultations sur le commerce et l'investissement entre l'Union et la Chine. « Nous sommes parvenus à une compréhension commune pour modérer les exportations chinoises d'hybrides et d'hybrides rechargeables vers l'UE. Cela ouvre la perspective de réduire les exportations chinoises de plus de moitié », a-t-il déclaré, selon le texte de son intervention publié par la Commission.

Pékin raisonne à partir des volumes passés. Selon le porte-parole du ministère chinois du Commerce, qui cite Eurostat, l'Union a importé 107 000 hybrides chinois en 2024 et 302 000 en 2025. Nos extractions dans Comext, la base du commerce extérieur d'Eurostat, donnent 107 062 unités en 2024 et 303 066 en 2025, pour une valeur de 5,41 milliards d'euros l'an dernier. Le plafond de 350 000 dépasse de 15,5 % le volume de 2025.

L'accélération de 2026 explique l'écart entre les deux lectures. Les importations ont atteint 83 662 unités en juillet 2026, dont 50 408 hybrides rechargeables, contre 14 544 en juillet 2024. Au rythme moyen des sept premiers mois, l'année 2026 approcherait 652 000 véhicules. Le plafond se situe 46 % sous ce rythme. Le site spécialisé CarNewsChina rapporte que, selon le commissaire, la baisse de 50 % se mesure par rapport aux prévisions internes de la Commission sur quatre ans.

Les importations d'hybrides par pays d'origine

La Chine est devenue en 2026 le premier fournisseur d'hybrides de l'Union parmi les pays tiers. De janvier à juillet, l'Union a importé 380 373 hybrides chinois sur 946 822 hybrides venus de pays tiers, soit 40 %. Le Japon suit avec 154 972 unités, devant la Turquie (117 462) et la Corée du Sud (59 401), selon nos calculs sur les données Eurostat. Sur ces sept mois, les hybrides chinois représentent 6,69 milliards d'euros d'importations.

L'ACEA (Association des constructeurs européens d'automobiles) mesure la même progression dans les ventes. Au premier semestre 2026, les marques chinoises détenaient 14 % du marché européen des hybrides non rechargeables et 25 % de celui des hybrides rechargeables, contre 2 % sur chacun des deux segments en 2024. Ces modèles ont échappé aux droits compensateurs que Bruxelles applique depuis 2024 aux voitures électriques à batterie fabriquées en Chine.

Les réactions des constructeurs européens

Renault a qualifié l'accord de « jalon majeur », selon Bloomberg. Dans un entretien accordé dimanche à l'agence, son directeur général François Provost a évoqué ses échanges avec le commissaire Šefčovič : « Je l'avais exhorté à rechercher rapidement un accord. Sans accord, nous serions face à une guerre commerciale avec la Chine, une situation perdante pour tout le monde ». Le dirigeant demande aux groupes chinois d'investir massivement dans la chaîne de valeur européenne plutôt que d'ouvrir de simples usines d'assemblage.

Sigrid de Vries, directrice générale de l'ACEA, a salué le 9 octobre une « étape positive ». « Une déstabilisation brutale et soudaine du marché en Europe, accompagnée de guerres des prix calquées sur la situation actuelle du marché chinois, serait très perturbatrice pour l'économie européenne dans son ensemble », écrit-elle dans le communiqué de l'association. À Berlin, Hildegard Müller, présidente de la VDA (fédération allemande de l'industrie automobile), parle d'un « premier signal positif ». Elle réserve son évaluation définitive à la publication du contenu détaillé des accords.

Les contreparties obtenues par Bruxelles

La Chine doit abaisser ses droits de douane de la nation la plus favorisée (le taux appliqué par défaut aux importations de tous les membres de l'OMC) sur une série de produits européens. M. Šefčovič cite les pièces automobiles, l'huile d'olive et les chaussures. Ces produits pèsent près de 4 milliards d'euros d'exportations actuelles. Selon lui, les baisses représenteraient au moins 225 millions d'euros d'économies de droits. D'après le document cité par Bloomberg, ces mesures chinoises seront temporaires. La Chine supprimerait ses droits sur certaines pièces automobiles et diviserait par deux ceux qui frappent les chaussures, la crème glacée et l'huile d'olive.

Pékin se dit disposé à continuer de faciliter les licences d'exportation de terres rares et d'aimants permanents vers l'Union par sa procédure accélérée, selon la déclaration conjointe publiée le 9 octobre. Le ministère chinois du Commerce précise que la Chine se réserve le droit de saisir l'organe de règlement des différends de l'OMC et de réclamer une compensation commerciale. L'article 8 de l'accord sur les sauvegardes prévoit une compensation négociée entre les pays concernés. Faute d'accord, le pays exportateur peut suspendre des concessions équivalentes. Ce droit de suspension ne s'exerce pas pendant les trois premières années lorsque la mesure répond à un accroissement des importations en valeur absolue.

Renault, Stellantis et BYD en Bourse

L'action Renault a clôturé vendredi 9 octobre à 26,50 euros, en hausse de 4,9 % par rapport à la clôture du 5 octobre. Le titre avait gagné 3,7 % le 7 octobre, jour où Bloomberg a rapporté que la Commission étudiait une mesure de sauvegarde. Stellantis a terminé vendredi à 4,00 euros, en hausse de 0,5 % sur la même période. Les deux constructeurs font partie du CAC 40. À Hong Kong, l'action du constructeur chinois BYD reculait de 1,8 % à 74,25 dollars de Hong Kong lundi à 7h50, heure de Paris.

Le calendrier jusqu'en mars 2027

Les chefs d'État et de gouvernement de l'Union se réunissent en Conseil européen à Bruxelles les 15 et 16 octobre. M. Šefčovič a indiqué que la décision finale leur revient et a présenté l'accord comme « un premier pas crucial, mais seulement un premier pas » vers le rééquilibrage des échanges. Le déficit commercial de l'Union avec la Chine a atteint environ 360 milliards d'euros en 2025, selon Bloomberg.

Le commissaire et Wang Wentao, ministre chinois du Commerce, tiendront une visioconférence en janvier, puis une troisième réunion ministérielle en mars 2027. Dimanche, un porte-parole de la Commission n'avait pas répondu dans l'immédiat à la demande de commentaire de Bloomberg sur ce document.

Sources

Tags :

#hybrides-chinois#mesure-de-sauvegarde#commerce-ue-chine#maros-sefcovic#renault#stellantis#byd#acea#omc#eurostat#mondial-de-l-auto#automobile

À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

Approfondir avec nos guides