Selon une information révélée par Bloomberg le 11 mai 2026, le fondateur de SoftBank Group, Masayoshi Son, a engagé des discussions avec le président Emmanuel Macron sur un investissement qui pourrait atteindre 100 milliards de dollars en France. Le projet est centré sur la construction d'un grand centre de données dédié à l'intelligence artificielle, et l'annonce officielle est attendue dans les prochaines semaines, possiblement lors du sommet Choose France au château de Versailles.
Si l'opération se concrétise à ce niveau, elle constituerait le plus important investissement technologique étranger jamais réalisé en Europe. À titre de comparaison, l'édition 2025 du sommet Choose France avait totalisé 40,8 milliards d'euros d'engagements pour l'ensemble des projets annoncés, selon les chiffres communiqués par l'Élysée.
Une démarche initiée personnellement par Emmanuel Macron
Plusieurs sources citées par Bloomberg indiquent que le chef de l'État français a présenté lui-même le projet à Masayoshi Son. La demande adressée au dirigeant japonais consiste à faire de la France une plateforme européenne de capacité de calcul pour l'entraînement des grands modèles d'intelligence artificielle. Cette approche s'inscrit dans la stratégie de souveraineté numérique défendue par l'Élysée depuis le sommet Action IA de février 2025, à Paris.
La France met en avant deux atouts pour convaincre les investisseurs étrangers : son parc nucléaire de 61 gigawatts répartis sur 17 sites, capable de fournir une électricité décarbonée et stable, et un cadre réglementaire considéré comme favorable à l'implantation de data centers à forte intensité énergétique. Selon World Nuclear News, le gouvernement français s'est engagé à allouer un gigawatt de puissance nucléaire à l'entraînement IA d'ici fin 2026.
Les faits clés du dossier
- Montant maximal envisagé : jusqu'à 100 milliards de dollars, sans calendrier de décaissement précis communiqué à ce stade (Bloomberg, 11 mai 2026).
- Centre de gravité du projet : un ou plusieurs centres de données de très grande capacité, destinés à l'entraînement et à l'inférence de modèles d'intelligence artificielle.
- Sommet Choose France : événement annuel de l'Élysée dédié à l'investissement étranger, organisé au château de Versailles, qui pourrait servir de cadre à l'annonce officielle.
- Cadre stratégique : alignement avec le plan d'investissement de 109 milliards d'euros annoncé par la France au sommet Action IA de février 2025, présenté par Emmanuel Macron comme la réponse européenne au programme américain Stargate.
- Engagements parallèles de SoftBank : participation à hauteur de centaines de milliards de dollars dans Stargate (États-Unis), aux côtés d'OpenAI, Oracle et MGX, pour 10 gigawatts de capacité visés d'ici 2029.
Pourquoi cette opération bouleverserait la carte européenne de l'IA
Trois éléments distinguent ce dossier des annonces précédentes. D'abord, l'échelle financière : 100 milliards de dollars représentent près de trois fois le total des engagements de l'édition 2025 de Choose France. Aucun investissement industriel non européen n'a jamais atteint ce niveau sur le continent.
Ensuite, la nature de l'investissement. Les centres de données dédiés à l'IA combinent immobilier industriel, puces graphiques de très haut de gamme et consommation électrique massive. La construction d'un site d'un gigawatt mobilise plusieurs dizaines de milliards d'euros sur cinq à sept ans, en intégrant l'achat des processeurs Nvidia ou équivalents, les infrastructures de refroidissement et les raccordements au réseau RTE.
Enfin, la portée géopolitique. La France revendique depuis trois ans une position de hub IA européen, soutenue par l'éditeur Mistral AI et par les annonces successives d'EDF sur la mise à disposition de terrains industriels. EDF a notamment lancé en avril 2026 un appel à manifestation d'intérêt sur le site de l'ancienne centrale thermique de Bouchain, dans le Nord, en complément des quatre premiers sites totalisant 3 gigawatts de capacité disponible.
Perspectives d'experts et zones d'incertitude
Bloomberg, qui a sorti l'information, indique explicitement que le montant final pourrait être nettement inférieur à 100 milliards de dollars. Masayoshi Son a l'habitude de présenter des enveloppes maximales que les déploiements effectifs n'atteignent pas toujours : le projet Crystal Land aux États-Unis, un programme de mille milliards de dollars de parcs industriels destinés à l'IA, en constitue l'illustration récente.
Plusieurs analystes interrogés par The Japan Times et Seeking Alpha rappellent que SoftBank concentre déjà ses ressources sur Stargate, dont la capacité visée a été portée à près de 7 gigawatts à la suite des annonces de septembre 2025. La capacité financière du groupe à mener parallèlement un programme français d'ampleur comparable dépendra largement de la structuration en financement de projet, modèle déjà étudié par SoftBank pour le volet américain.
« Si l'opération se concrétise, ce sera le plus important investissement technologique étranger jamais réalisé en Europe. » Source citée par Bloomberg, 11 mai 2026.
Du côté français, la convergence d'intérêts est claire. L'Élysée cherche à concrétiser la promesse de souveraineté IA portée depuis 2024, et à rééquilibrer une cartographie mondiale aujourd'hui dominée par les hyperscalers américains (Amazon Web Services, Microsoft Azure, Google Cloud) et chinois (Alibaba Cloud, Tencent Cloud). L'arrivée d'un opérateur étranger neutre, capable de servir les acteurs européens comme Mistral, présente un intérêt stratégique.
Implications pour les épargnants français
Trois angles méritent l'attention des investisseurs particuliers.
Premièrement, la valorisation des fournisseurs d'électricité décarbonée. EDF, RTE et les acteurs cotés du secteur énergétique français (Engie, TotalEnergies sur ses activités électricité) bénéficieraient mécaniquement d'un afflux de contrats de fourniture longue durée. La capitalisation boursière d'EDF n'est plus directement accessible depuis le retrait de la cote en 2023, mais l'entreprise reste un acteur central de la chaîne de valeur.
Deuxièmement, les équipementiers et opérateurs spécialisés. Schneider Electric, Legrand et Vinci côté français, Vertiv, Eaton et Equinix côté international, captent une part significative des dépenses d'investissement dans les centres de données. Plusieurs fonds thématiques d'infrastructure IA, accessibles via les contrats d'assurance vie en unités de compte, intègrent désormais ces valeurs.
Troisièmement, le risque d'exécution. Le décalage entre annonces et déploiement effectif constitue le principal risque. Les investisseurs doivent distinguer les engagements politiques, soumis à des arbitrages géopolitiques et budgétaires, des chantiers réellement engagés, mesurables aux dépenses d'investissement publiées trimestriellement.
Ce qu'il faut surveiller
- La date officielle d'annonce, possiblement lors du sommet Choose France de mai 2026 à Versailles. L'absence d'annonce à cette date serait un signal négatif.
- La structuration financière retenue : capital propre de SoftBank, financement de projet adossé à des contrats clients, ou consortium d'investisseurs élargi sur le modèle Stargate.
- L'identification des sites retenus en France. Les zones disposant d'un raccordement nucléaire rapide (vallée du Rhône, façade Atlantique, Nord) constituent les candidats naturels.
- La répartition entre construction nouvelle et reconversion de friches industrielles, à l'image du modèle EDF OpCore sur l'ancienne centrale thermique de Montereau, prévue pour 2027.
- Les annonces parallèles attendues d'autres acteurs internationaux (Anthropic, Google, Microsoft) sur leur présence européenne, qui dimensionneront la concurrence pour la capacité française.
Conclusion
La discussion entre Masayoshi Son et Emmanuel Macron place la France au centre du jeu européen de l'intelligence artificielle. L'ampleur potentielle du projet, jusqu'à 100 milliards de dollars, dépasse de plusieurs ordres de grandeur les investissements antérieurs sur le continent. Mais la prudence reste de mise : Bloomberg souligne que le montant final pourrait être très inférieur, et la concrétisation dépendra de l'arbitrage de SoftBank entre ses chantiers américains et européens. Pour les épargnants français, l'enjeu se situe moins dans une exposition directe au dossier que dans la lecture des chaînes de valeur indirectes : électricité décarbonée, équipements industriels, opérateurs de centres de données. Une exposition diversifiée via des supports régulés, plutôt qu'une concentration sur un nom unique, reste l'approche cohérente avec un horizon d'épargne de long terme.