
La loi de finances 2026, promulguée le 20 février, porte la flat tax à 31,4 %, durcit le PER après 70 ans et préserve l assurance vie. Décryptage complet.
La loi de finances pour 2026 a été officiellement promulguée au Journal officiel le 20 février 2026, après des mois de débats parlementaires intenses. Ce texte, qui entre en vigueur dès le 21 février pour certaines dispositions (la majorité étant rétroactive au 1er janvier 2026), redessine le paysage fiscal de l'épargne française. Entre la hausse de la CSG sur les revenus financiers, le durcissement du Plan d'Épargne Retraite (PER) et la préservation inattendue de l'assurance vie, cette loi impose à chaque épargnant de revoir sa stratégie patrimoniale.
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Lancer la simulationLe changement le plus immédiat pour les épargnants concerne la hausse du prélèvement forfaitaire unique (PFU). La composante « prélèvements sociaux » grimpe de 17,2 % à 18,6 %, portant la flat tax globale de 30 % à 31,4 %. Cette augmentation de 1,4 point, liée à la création d'une nouvelle « contribution financière pour l'autonomie », s'applique aux dividendes, aux intérêts des comptes titres, aux plus values mobilières, aux gains réalisés sur un PEA lors de sa clôture, ainsi qu'aux revenus des PER et des contrats à terme. Les livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP) restent totalement exonérés. Point notable : les plus values immobilières et les revenus fonciers conservent le taux de 17,2 % de prélèvements sociaux, sans être affectés par cette hausse.
Le Plan d'Épargne Retraite subit un double ajustement. D'un côté, la loi supprime la possibilité de déduire les versements du revenu imposable pour les souscripteurs âgés de plus de 70 ans. L'objectif affiché par le législateur est de recentrer le PER sur sa vocation première : la constitution d'un complément de retraite, et non un outil d'optimisation successorale en fin de vie. De l'autre côté, une mesure favorable étend de trois à cinq ans la période permettant de rattraper les plafonds de déduction non utilisés. Cette disposition bénéficiera particulièrement aux travailleurs indépendants et aux cadres supérieurs qui n'auraient pas pu maximiser leurs versements les années précédentes. Il convient de souligner qu'un amendement socialiste proposant de soumettre les encours du PER à l'impôt sur le revenu au décès du titulaire n'a pas été retenu dans la version finale.
Le statut du PER face à la hausse de la CSG reste ambigu. Les PER « assurantiels » (adossés à un contrat d'assurance) semblent exclus de la hausse, comme l'assurance vie. Mais les PER « bancaires » (sous forme de compte titres) pourraient y être soumis, ce qui crée une disparité potentielle entre les 11 millions de détenteurs français.
Les tranches du barème progressif de l'impôt sur le revenu sont relevées de 0,9 %, indexées sur l'inflation constatée. Le seuil d'entrée dans l'imposition passe de 11 497 € à 11 600 € de revenu net imposable par part. Les autres seuils suivent la même logique : 29 579 € (tranche à 30 %), 84 577 € (tranche à 41 %) et 181 917 € (tranche à 45 %). Le plafond du quotient familial est porté à 1 807 € par demi part supplémentaire (contre 1 791 € précédemment), et l'avantage fiscal pour les parents isolés atteint 4 262 €. Cette revalorisation, bien que modeste, évite que près de 200 000 foyers ne deviennent imposables du seul fait de l'inflation.
C'est probablement la surprise majeure de cette loi de finances. L'assurance vie sort indemne de la réforme, alors que plusieurs amendements menaçaient son régime fiscal privilégié. Le projet le plus ambitieux visait à transformer l'IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière) en un « Impôt sur la Fortune Improductive » qui aurait intégré les fonds en euros dans son assiette pour les patrimoines dépassant 1,3 million d'euros. Le gouvernement estimait que cette mesure aurait rapporté 500 millions d'euros par an. La version finale du texte écarte cette proposition. Les contrats d'assurance vie conservent leurs prélèvements sociaux à 17,2 % (contre 18,6 % pour les autres placements financiers), leur fiscalité allégée après huit ans de détention, et surtout l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire en cas de succession pour les primes versées avant 70 ans.
La loi introduit un nouvel abattement de 15 932 € pour les donations aux beaux-enfants (enfants du conjoint ou du partenaire de Pacs) accueillis au foyer depuis au moins cinq ans. Cette mesure reconnaît pour la première fois sur le plan fiscal la réalité des familles recomposées. Par ailleurs, une fenêtre exceptionnelle s'ouvre en 2026 pour les donations via l'assurance vie, avec un abattement spécifique de 152 500 € par bénéficiaire, utilisable une seule fois et comptabilisé dans le calcul des droits au décès. En matière de dons aux associations, le plafond ouvrant droit à la réduction d'impôt de 75 % (dispositif dit « Coluche ») est doublé, passant de 1 000 € à 2 000 € par an. Cette réduction est convertie en crédit d'impôt, ce qui la rend accessible même aux foyers non imposables.
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Voir le comparatifLa contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR), instaurée initialement pour 2025, est prolongée sans date de fin fixe. Elle s'applique aux contribuables dont le revenu fiscal de référence dépasse 250 000 € (personne seule) ou 500 000 € (couple), en garantissant un taux d'imposition effectif minimal de 20 %. Par ailleurs, une nouvelle taxe de 20 % frappe les actifs financiers passifs détenus dans les holdings patrimoniales familiales dont la valeur dépasse 5 millions d'euros, lorsque les revenus passifs représentent plus de 50 % du chiffre d'affaires total. Environ 4 000 foyers seraient concernés par cette mesure, qui vise les montages d'optimisation via des sociétés holding.
L'article 235 ter C du Code général des impôts instaure une taxe annuelle de 20 % sur la valeur des actifs non affectés à une activité opérationnelle. Cette taxe s'applique lorsque quatre conditions cumulatives sont réunies : la société est soumise à l'impôt sur les sociétés, la valeur de ses actifs dépasse 5 millions d'euros, les revenus passifs (dividendes, intérêts, loyers, plus values financières) représentent plus de 50 % de ses produits, et un individu ou un groupe familial détient plus de 50 % des droits de vote ou des droits financiers.
Les actifs visés comprennent les yachts, aéronefs, bijoux, chevaux de course, vins de collection et résidences à usage personnel. En revanche, la trésorerie d'entreprise et les participations dans des filiales opérationnelles sont expressément exclues. Concrètement, une holding détenant 6 millions d'euros d'actifs non opérationnels supporterait une charge fiscale annuelle d'environ 1,2 million d'euros.
L'exonération de 75 % des droits de mutation à titre gratuit offerte par le Pacte Dutreil est maintenue, mais ses conditions d'application sont durcies. L'engagement individuel de conservation des titres passe de 4 à 6 ans, portant la durée totale de l'engagement à 8 ans minimum. Les actifs dits « somptuaires » (résidences personnelles, yachts, bijoux, œuvres d'art, chevaux de course) sont désormais exclus du bénéfice de l'exonération, sauf s'ils sont exclusivement affectés à l'activité professionnelle depuis au moins 3 ans avant la transmission.
Le régime de report d'imposition des plus values en cas d'apport de titres à une société contrôlée (article 150 0 B ter du CGI) est renforcé. Le seuil de réinvestissement économique passe de 60 % à 70 % du prix de cession, et le délai de réinvestissement est étendu de 2 à 3 ans. La durée de conservation des biens acquis en réemploi passe à 5 ans. Par ailleurs, les activités de gestion immobilière pour compte propre ne sont plus éligibles au réinvestissement qualifiant.
La loi crée un nouveau statut de « bailleur privé » baptisé « dispositif Jeanbrun », qui propose un amortissement fiscal progressif sur neuf ans en contrepartie d'un engagement locatif à loyers plafonnés. Les taux d'amortissement varient de 3 % à 5,5 % par an selon le niveau de loyer pratiqué (intermédiaire, social ou très social) et la nature du bien (neuf ou rénové). Le déficit foncier généré par cet amortissement devient déductible de l'ensemble des revenus du contribuable, et non plus des seuls revenus fonciers. Ce dispositif remplace de fait le Pinel, dont la fin avait été actée en décembre 2024.
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Être rappelé sous 6hPour les épargnants détenant des comptes titres ou un PEA, la hausse de la flat tax à 31,4 % réduit mécaniquement le rendement net. À titre d'exemple, un dividende brut de 1 000 € ne rapporte plus que 686 € net (contre 700 € auparavant). Il devient pertinent de comparer systématiquement la flat tax avec l'option pour le barème progressif de l'impôt sur le revenu, qui peut rester plus avantageuse pour les foyers modestes.
Pour les plus de 70 ans qui envisageaient des versements sur un PER, la stratégie d'optimisation successorale par le PER perd son intérêt fiscal. L'assurance vie, qui conserve tous ses avantages, s'impose désormais comme l'enveloppe privilégiée pour la transmission de patrimoine à cet âge.
Pour les détenteurs d'assurance vie, le statu quo fiscal représente une opportunité. Le différentiel de prélèvements sociaux (17,2 % contre 18,6 % sur les autres placements) renforce l'attrait comparatif de cette enveloppe. Les fonds en euros, qui offrent en moyenne un rendement de 2,5 % à 2,6 % net de frais de gestion, deviennent d'autant plus compétitifs face à un Livret A tombé à 1,5 % depuis le 1er février 2026.
La loi de finances 2026 opère un rééquilibrage fiscal notable. En augmentant la pression sur les revenus financiers via la flat tax à 31,4 % et en restreignant l'avantage du PER pour les seniors, elle oriente les épargnants vers l'assurance vie, grande gagnante de cette réforme. Pour les particuliers, la priorité est désormais de revoir l'allocation de leur épargne à la lumière de ces nouvelles règles, en tenant compte de leur situation personnelle, de leur horizon de placement et de leurs objectifs de transmission.
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