La loi de finances 2026 est promulguée. CSG à 10,6 %, PFU à 31,4 %, PER durci, assurance vie préservée : décryptage des mesures clés pour les épargnants.
Après plus de quatre mois de tractations parlementaires et le recours à l'article 49.3 de la Constitution, la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026‑103 du 19 février 2026) a été validée par le Conseil constitutionnel puis publiée au Journal officiel le 20 février. Ce budget, adopté dans un climat de tension politique et économique, vise à ramener le déficit public à 5 % du PIB en 2026 contre 5,4 % en 2025. Pour les épargnants et les contribuables français, cette loi entraîne des changements concrets sur la fiscalité du capital, le barème de l'impôt sur le revenu et les enveloppes d'épargne. Voici un décryptage complet des mesures qui vous concernent.
La mesure la plus significative pour les épargnants est la hausse de 1,4 point de la CSG sur les revenus du capital. Cette augmentation, qui alimente la nouvelle « contribution financière pour l'autonomie », fait passer les prélèvements sociaux totaux de 17,2 % à 18,6 %. En combinaison avec le taux forfaitaire d'imposition de 12,8 %, le PFU global atteint désormais 31,4 %.
Concrètement, sur 1 000 € de dividendes bruts, la ponction fiscale passe de 300 € à 314 €, laissant un revenu net de 686 € contre 700 € auparavant. Si l'écart paraît modeste sur un petit montant, il pèse plus lourdement sur les portefeuilles importants.
Tous les placements ne sont pas logés à la même enseigne. Les produits touchés par cette hausse incluent les dividendes et plus values sur comptes titres ordinaires, les gains sur PEA et PEA PME (dont l'exonération d'impôt sur le revenu après cinq ans est maintenue, mais les prélèvements sociaux passent à 18,6 %), les plus values sur actifs numériques, ainsi que les intérêts de certains produits bancaires.
En revanche, plusieurs enveloppes sont explicitement exclues de cette hausse : l'assurance vie et les contrats de capitalisation, les livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP), l'immobilier (plus values et revenus fonciers), ainsi que les PEL et CEL.
Le gouvernement avait envisagé plusieurs scénarios d'alourdissement fiscal pour l'assurance vie durant les débats parlementaires. Un amendement proposait notamment de transformer l'IFI en « impôt sur la fortune improductive » qui aurait inclus les fonds en euros dans sa base taxable, avec un seuil de 1,3 million d'euros et un taux de 1 %. Cette mesure, estimée à 500 millions d'euros de recettes, a finalement été abandonnée.
Résultat : l'assurance vie conserve intégralement son régime fiscal avantageux. Sa fiscalité en cas de rachat, son abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) après huit ans de détention et son régime successoral favorable (abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements avant 70 ans) restent inchangés. De surcroît, les produits des contrats sont explicitement exclus de la hausse de la CSG à 10,6 %.
Cette situation renforce mécaniquement l'avantage comparatif de l'assurance vie par rapport au compte titres ordinaire (désormais taxé à 31,4 %) et même au PEA (dont les prélèvements sociaux passent à 18,6 %). Dans un contexte où les fonds en euros affichent des rendements moyens compris entre 2,5 % et 2,8 % nets de frais, soit davantage que le Livret A à 1,5 % depuis le 1er février, l'assurance vie apparaît plus que jamais comme un pilier central de l'allocation patrimoniale.
Le plan d'épargne retraite subit un ajustement notable : à compter de 2026, les versements effectués après 70 ans ne sont plus déductibles du revenu imposable. Le législateur entend ainsi recentrer le PER sur sa vocation première, le financement de la retraite, et non sur l'optimisation fiscale tardive.
En contrepartie, le report des plafonds de déduction non utilisés est étendu de trois à cinq ans. Cette mesure permet aux épargnants qui n'ont pas pu maximiser leurs versements certaines années de rattraper le retard sur une période plus longue, ce qui profite notamment aux travailleurs indépendants dont les revenus fluctuent.
Par ailleurs, le statut du PER face à la hausse de la CSG reste ambigu. Les PER « assurantiels » (adossés à un contrat d'assurance) semblent exclus de la hausse, comme l'assurance vie. Mais les PER « bancaires » (sous forme de compte titres) pourraient y être soumis, ce qui crée une disparité potentielle entre les 11 millions de détenteurs français.
Les tranches du barème progressif de l'impôt sur le revenu sont relevées de 0,9 %, indexées sur l'inflation constatée. Le seuil d'entrée dans l'imposition passe de 11 497 € à 11 600 € de revenu net imposable par part. Les autres seuils suivent la même logique : 29 579 € (tranche à 30 %), 84 577 € (tranche à 41 %) et 181 917 € (tranche à 45 %).
Le plafond du quotient familial est porté à 1 807 € par demi part supplémentaire (contre 1 791 € précédemment), et l'avantage fiscal pour les parents isolés atteint 4 262 €. Cette revalorisation, bien que modeste, évite que près de 200 000 foyers ne deviennent imposables du seul fait de l'inflation.
Plusieurs gestionnaires de patrimoine soulignent que la hausse du PFU à 31,4 %, même limitée, envoie un signal clair aux épargnants : la fiscalité de l'épargne peut évoluer rapidement et de manière ciblée. Cette incertitude fiscale pousse les ménages vers les enveloppes les plus protégées, au risque de concentrer les allocations sur l'assurance vie et les livrets au détriment de la diversification.
« Ce type de mesure n'impacte pas directement tous les épargnants, mais il envoie un signal : la taxation de l'épargne peut évoluer rapidement et devenir moins avantageuse selon les catégories d'actifs. »
D'autres analystes voient dans ces ajustements une opportunité de rééquilibrage. L'écart de traitement fiscal entre l'assurance vie et le compte titres incite à repenser la répartition des actifs. Les contribuables fortement investis en actions via un compte titres ordinaire auraient intérêt à envisager un transfert progressif vers des unités de compte en assurance vie, qui combinent désormais un avantage fiscal renforcé et un accès aux marchés financiers.
« L'assurance vie sort renforcée de ce budget. Son avantage comparatif face au compte titres ordinaire, désormais taxé à 31,4 %, n'a jamais été aussi marqué. C'est le moment de revoir sa stratégie d'allocation. »
Pour les épargnants particuliers, cette loi de finances appelle plusieurs actions concrètes :
Plusieurs points restent en suspens et méritent une attention particulière dans les prochains mois :
La loi de finances 2026 redistribue les cartes de la fiscalité patrimoniale en France. Si la hausse du PFU à 31,4 % et le durcissement du PER après 70 ans alourdissent la facture pour certains profils d'épargnants, l'assurance vie sort renforcée de ce marathon budgétaire. Dans un environnement où la pression fiscale sur le capital devrait continuer de s'intensifier, la diversification des enveloppes et l'anticipation des évolutions réglementaires deviennent plus essentielles que jamais pour protéger et faire fructifier son patrimoine.
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