Matières premières

L'or rebondit à 4 310 dollars après la hausse de la Fed, le Brent cède 2,7 %

L'or a repris 1,1 % à 4 310,49 dollars l'once jeudi matin, au lendemain de la première hausse de taux de la Fed depuis 2023, à une fourchette de 3,75 % à 4,00 %. Seize projections sur dix huit visent un tour de vis de plus. Le Brent a cédé 2,7 % à 105,83 dollars.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de flux dorés ascendants traversés par des nappes de brut qui retombent, sur un dégradé bleu et vert

L'or a repris 1,1 % jeudi 17 septembre en séance asiatique, à 4 310,49 dollars l'once à 1h49 GMT, au lendemain d'une séance qui l'avait envoyé au plus bas depuis près de six semaines. La Réserve fédérale américaine a relevé mercredi son taux directeur d'un quart de point, dans une fourchette de 3,75 % à 4,00 %, sa première hausse depuis 2023, en prévenant que d'autres suivraient. Le rebond du métal doit autant à l'essoufflement du pétrole qu'à la digestion du message monétaire.

Une hausse votée à l'unanimité

Le comité de politique monétaire (FOMC) a approuvé sa décision par 12 voix contre 0, selon le communiqué publié par la Fed. Le texte tient en quatre paragraphes et ne laisse aucune ambiguïté sur la priorité retenue. « L'inflation reste élevée », écrit le comité, qui ajoute que « l'action de politique monétaire d'aujourd'hui favorisera un retour plus rapide vers l'objectif de 2 % » et que « le comité assurera la stabilité des prix ».

La note technique publiée le même jour porte la rémunération des réserves bancaires à 3,90 % et le taux d'escompte à 4,0 %, applicables au 17 septembre. Les opérations de prise en pension au jour le jour sont fixées à 4,0 %, celles de mise en pension à 3,75 %, avec un plafond de 160 milliards de dollars par contrepartie et par jour.

Quatre heures qui ont retourné le marché du métal jaune

L'once avait d'abord grimpé de plus de 1 % mercredi, jusqu'à un plus haut de séance de 4 365,57 dollars, portée par le repli du brut. La conférence de presse a inversé le mouvement : l'or cotait 4 240,10 dollars à 15h10 heure de New York, en baisse de 1,2 %. Le contrat à terme de décembre avait pour sa part clôturé en hausse de 1,3 % à 4 387,50 dollars, avant que le communiqué ne tombe.

« Les propos de Warsh sont lus comme restrictifs, en plus d'un nuage de points déjà restrictif, ce qui renforce l'idée de hausses supplémentaires lors des prochaines réunions. Cela soutient le dollar et pèsera sur les métaux à court terme », a commenté Tai Wong, négociant indépendant sur les métaux.

Jeudi matin en Asie, le mouvement s'est partiellement inversé. L'argent a gagné 1,4 % à 63,83 dollars, le platine 1,6 % à 1 780,55 dollars et le palladium 2 % à 1 295,00 dollars. Le contrat à terme de décembre sur l'or reculait en revanche d'environ 1 %, à 4 348,70 dollars.

Seize projections sur dix huit pointent vers un tour de vis de plus

Les projections trimestrielles publiées mercredi expliquent la nervosité. La médiane du taux des fonds fédéraux fin 2026 ressort à 4,1 %, contre 3,8 % en juin, ce qui implique un resserrement supplémentaire d'un quart de point avant décembre. Pour 2027, la médiane passe de 3,6 % à 4,1 % : les banquiers centraux n'anticipent plus aucune détente l'an prochain, alors qu'ils en prévoyaient une il y a trois mois.

Sur les dix huit projections transmises, seize tablent sur au moins une hausse de plus d'ici la fin de l'année, deux seulement sur un statu quo. Dix huit des dix neuf membres ont livré une prévision de taux, ce qui laisse penser que le président Kevin Warsh s'en est abstenu, comme en juin.

La banque centrale a également relevé son estimation d'inflation. L'indice des prix des dépenses de consommation est attendu à 3,7 % pour 2026, contre 3,6 % en juin, puis à 2,3 % en 2027 et 2,1 % en 2028. Le retour à la cible de 2 % est repoussé à 2029. La croissance est révisée en hausse, à 2,3 % cette année, et le chômage abaissé à 4,1 % contre 4,3 % en juin. Le taux jugé neutre à long terme remonte de 3,1 % à 3,2 %.

« Notre priorité absolue porte sur le volet stabilité des prix de notre mandat. Le simple fait est que l'inflation est trop élevée, et depuis trop longtemps. Les chiffres de cet été ne me disent pas que les tendances de fond se sont sensiblement améliorées », a déclaré Kevin Warsh devant la presse.

Le brut reprend son souffle après les attaques contre Yanbu

Le Brent a perdu 2,92 dollars, soit 2,7 %, pour clôturer à 105,83 dollars le baril mercredi, et le brut léger américain 3,40 dollars, soit 3,2 %, à 102,43 dollars. Riyad propose des chargements supplémentaires aux raffineurs asiatiques par transbordement au large du port omanais de Sohar, ce qui atténue le choc provoqué par les attaques contre l'oléoduc reliant l'est du royaume à la mer Rouge.

« Les informations sur des exportations saoudiennes depuis le Golfe suggèrent que les craintes d'une perturbation plus large refluent », a indiqué Giovanni Staunovo, analyste chez UBS.

Le décor reste pourtant instable. Le terminal de Yanbu, devenu le principal débouché saoudien depuis le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran fin février, a suspendu ses chargements. Avant la guerre, Ormuz acheminait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux ; quatre navires seulement l'ont franchi mardi, contre une moyenne de dix huit sur dix jours. Les stocks américains de brut n'ont reculé que de 640 000 barils la semaine passée, quand le consensus Reuters attendait 1,62 million de barils. Le gazole concentre désormais les tensions : le contrat européen de référence a clôturé mardi à un record, comme son équivalent américain.

Ce que la séquence change pour un patrimoine français

Le lien passe par les taux longs. Le rendement du Bund allemand à dix ans évoluait à 3,54 % mercredi, après un pic à 3,5723 % la veille, au plus haut depuis juin 2009. L'OAT française à dix ans s'établissait à 4,51 %, après 4,5531 % mardi, son niveau le plus élevé depuis septembre 2008, avec un écart de 96,50 points de base face au Bund. Le dix ans américain touchait 5,0 %, après 5,041 % mardi, un sommet depuis juillet 2007.

Les marchés ont relevé leurs anticipations sur la Banque centrale européenne, qui a porté son taux de dépôt à 2,50 % le 10 septembre. Ils tablent désormais sur 2,86 % en décembre et 3,38 % en novembre 2027, soit trois hausses pleinement intégrées et une quatrième jouée à pile ou face.

« Les espoirs sont grands de voir la Fed enrayer la violente correction obligataire », a relevé Hauke Siemssen, stratégiste taux chez Commerzbank. « La hausse du pétrole restait le moteur principal, mais une Fed déterminée pourrait apaiser les investisseurs, au moins sur la partie longue de la courbe. »

La conséquence est double pour l'épargnant. Les fonds en euros et les fonds obligataires datés se rechargent à des niveaux de rendement inédits depuis quinze ans, pendant que la valeur de marché des obligations déjà détenues se contracte. Quant à l'or, il couvre aujourd'hui davantage le risque énergétique que le risque de taux : tant que le baril campe autour de 100 dollars, la remontée des rendements réels bride son potentiel.

À surveiller dans les prochains jours

  • La réunion de la Banque d'Angleterre jeudi, et tout signal montrant que le renchérissement de l'énergie la pousse à imiter la Fed.
  • La remise en service de l'oléoduc saoudien vers la mer Rouge, sachant que Citi n'attend pas de réouverture d'Ormuz avant le quatrième trimestre 2026.
  • Le marché du gazole, tendu par les restrictions russes à l'exportation prolongées jusqu'à fin octobre.
  • Le budget français, dont la présentation approche alors que l'écart entre OAT et Bund a touché 98,15 points de base mardi, un plus haut depuis juillet 2012.

« Le pétrole reste le facteur clé à surveiller. Si les prix continuent de baisser, cela pourrait soutenir l'or, au moins à moyen terme. Tant que ce n'est pas le cas, je vois le métal évoluer dans une fourchette », résume Kelvin Wong, analyste senior chez Oanda, qui attribue le rebond de jeudi surtout à des facteurs techniques, le message restrictif de la Fed étant déjà largement intégré par le marché.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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