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Google investit 13 milliards d'euros dans l'IA en Finlande, son record en Europe

Google engage au moins 13 milliards d'euros dans l'intelligence artificielle en Finlande sur 2027 et 2028, son plus gros investissement européen. Le contrat nucléaire de 22 ans signé avec Fortum a fait grimper le producteur d'électricité de 9,5 % à la Bourse d'Helsinki.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'un maillage de calcul nordique relié à des sources d'énergie décarbonée, évoquant l'infrastructure d'intelligence artificielle

Google a annoncé mercredi 9 septembre 2026 un investissement d'au moins 13 milliards d'euros dans ses infrastructures numériques en Finlande, engagé sur les exercices 2027 et 2028. Le groupe présente cette enveloppe comme son plus important investissement isolé jamais réalisé en Europe. Reuters chiffre le montant à environ 15,1 milliards de dollars.

La somme dépasse de très loin les 5,5 milliards d'euros annoncés pour l'Allemagne en novembre 2025, jusqu'ici la référence européenne du groupe. Elle s'accompagne d'un volet énergétique qui a fait réagir la Bourse d'Helsinki dès l'ouverture, avec un contrat nucléaire de long terme au cœur du montage.

Quatre sites finlandais, dont trois créations

L'investissement couvre des centres de données et les infrastructures de support associées à Hamina, Kajaani, Muhos et Vaala. Seul le site de Hamina existe déjà : Google y avait racheté une ancienne papeterie en 2009 pour la convertir en centre de données, équipé d'un refroidissement à l'eau de mer et d'un système de récupération de chaleur dimensionné pour couvrir 80 % des besoins annuels du réseau de chaleur urbain de la ville.

Les trois autres implantations, situées dans le nord du pays, sont nouvelles. Ce choix géographique n'a rien d'anodin : Google explique avoir travaillé avec le gestionnaire de réseau Fingrid et l'agence Business Finland pour se raccorder là où la capacité électrique existe déjà, près des sources de production décarbonée, plutôt que dans le sud où la consommation est concentrée. L'objectif affiché consiste à réduire les investissements de réseau supplémentaires et à contenir le coût du système électrique pour l'ensemble des utilisateurs finlandais et nordiques.

Les chiffres avancés par Google

  • 13 milliards d'euros au minimum, décaissés sur 2027 et 2028
  • 3,6 milliards d'euros de contribution annuelle moyenne au produit intérieur brut finlandais pendant la phase de construction
  • Plus de 37 000 emplois soutenus à l'échelle nationale durant les travaux, dont environ 16 000 dans la construction, pour 911 millions d'euros de revenus salariaux annuels moyens dans ce seul secteur
  • 7 000 emplois par an une fois les installations opérationnelles, avec des salaires moyens supérieurs de 24 % au salaire médian finlandais
  • 31 millions d'euros de fonds communautaires sur quatre ans répartis entre les quatre municipalités, dont 10 millions fléchés vers la recherche et l'innovation
  • Plus de 600 fournisseurs finlandais mobilisés autour de Hamina entre 2023 et 2025, parmi lesquels DNA, Elisa et Nokia

Le site de Hamina fait partie des 43 régions cloud de Google dans le monde. Les nouvelles capacités alimenteront les services grand public du groupe, Gemini, Search, Maps et YouTube, ainsi que les charges de travail des entreprises européennes.

Loviisa, la véritable signature de l'accord

Le volet le plus structurant se trouve dans l'énergie. Google a signé avec Fortum un contrat d'achat d'électricité de 22 ans destiné à financer le programme de prolongation de la centrale nucléaire de Loviisa, située à proximité du site de Hamina. La centrale emploie environ 580 personnes et fournit 10 % de l'électricité finlandaise.

« Sans le programme d'investissement de prolongation de durée de vie, la centrale ne pourrait pas poursuivre son exploitation au delà de 2030 », indique Google dans son communiqué.

Selon les précisions publiées par le groupe, la visibilité de revenus apportée par ce contrat permet d'engager les dépenses nécessaires à une exploitation jusqu'en 2050, Fortum devant y consacrer près d'un milliard d'euros, dont environ 700 millions restent à décaisser. Un épargnant lira cette clause pour ce qu'elle est : un acteur privé du numérique finance indirectement le maintien en service d'un actif nucléaire national.

Les deux groupes ont par ailleurs signé un protocole d'accord pour étudier de nouvelles capacités de production et de flexibilité, incluant explicitement la viabilité commerciale de nouveaux réacteurs sur le site de Loviisa. Le point mérite attention : en mars 2025, Fortum avait conclu une étude de faisabilité en jugeant la construction de nouveau nucléaire trop coûteuse dans les conditions de marché du moment, tout en la conservant comme option de long terme.

« Des partenariats de long terme comme celui qui lie Fortum et Google sont essentiels, en particulier dans l'environnement de marché incertain actuel, caractérisé par une faible visibilité et des prix de l'électricité très volatils », déclare Markus Rauramo, directeur général de Fortum.

Le dispositif énergétique comprend également deux contrats éoliens terrestres avec Valorem et Suomen Hyötytuuli, qui portent à 629 MW la capacité éolienne nouvelle raccordée au réseau et contractée par Google en Finlande, ainsi qu'un système de batteries de 94 MW près de Kajaani, attendu pour la fin 2027.

Réaction immédiate de la Bourse d'Helsinki

Le marché a réservé l'essentiel de sa réaction aux fournisseurs finlandais plutôt qu'à l'investisseur. Vers 10h17 heure d'Helsinki, l'action Fortum gagnait 9,5 % à 23,39 euros, contre une clôture précédente à 21,36 euros. Nokia, cité comme partenaire des réseaux optiques et IP, progressait de 3,1 % à 9,46 euros. Elisa, chargée de la connectivité, avançait plus modestement de 0,4 % à 36,34 euros.

Du côté d'Alphabet, la maison mère de Google avait clôturé à 338,36 dollars le 8 septembre et évoluait sans direction marquée avant l'ouverture américaine. Cette asymétrie s'explique par les ordres de grandeur : 13 milliards d'euros représentent une fraction du budget d'investissement du groupe, porté cette année à une fourchette de 195 à 205 milliards de dollars selon Reuters, quand la même somme change la trajectoire industrielle d'un producteur d'électricité nordique.

Un nouveau rôle pour le numérique dans le système électrique

L'annonce marque une évolution du rôle des géants du numérique dans le système électrique européen. Google ne se contente plus d'acheter de l'électricité décarbonée : le groupe apporte la garantie de revenus qui déclenche la décision d'investissement d'un producteur, participe au financement de la flexibilité par les batteries, et inscrit ses raccordements dans une logique de moindre coût pour le réseau existant.

Cette architecture répond aussi à une contestation politique montante. Le communiqué consacre une section entière à l'accessibilité des prix de l'électricité, aux programmes municipaux d'efficacité énergétique et à l'installation de pompes à chaleur pour les ménages modestes. Les centres de données sont accusés, en Europe comme aux États Unis, de tendre les réseaux et de pousser les prix de détail à la hausse. En finançant de la production nouvelle et en se raccordant là où le réseau est disponible, Google construit une réponse opposable à cette critique.

La contrepartie tient à la concentration du risque. La Finlande adosse une part croissante de sa croissance industrielle à la demande de calcul d'un petit nombre d'acteurs, dont les cycles d'investissement peuvent se retourner rapidement. Microsoft et ByteDance, propriétaire de TikTok, y ont déjà implanté des capacités, attirés selon Reuters par un climat froid qui abaisse le coût du refroidissement et par une électricité largement décarbonée.

L'enseignement pour l'épargnant français

Pour un investisseur particulier, l'enseignement principal porte sur la localisation de la valeur. L'annonce enrichit peu l'actionnaire d'Alphabet à court terme, dont le titre absorbe cette dépense parmi beaucoup d'autres. Elle profite en revanche aux entreprises situées en amont de la chaîne : producteurs d'électricité, équipementiers réseau, opérateurs télécoms, industriels de la construction et de l'ingénierie électrique.

Cette configuration se retrouve dans la plupart des grands projets d'infrastructure d'intelligence artificielle annoncés en Europe. L'accès à ce thème passe par plusieurs voies distinctes : actions cotées de fournisseurs d'énergie et d'équipements, fonds d'infrastructure, véhicules de capital investissement spécialisés, ou foncières cotées dédiées aux centres de données. Chacune expose à des profils de liquidité, d'horizon et de frais très différents.

Ce qu'il faut surveiller

  • La confirmation des décisions finales d'investissement site par site, l'enveloppe étant présentée comme un plancher global
  • Le calendrier réglementaire et le montant définitif du programme de prolongation de Loviisa, dont environ 700 millions d'euros de dépenses restent à engager
  • L'issue du protocole d'accord entre Google et Fortum sur d'éventuels nouveaux réacteurs, qui constituerait un précédent européen
  • L'évolution des prix de gros de l'électricité en zone nordique à mesure que la demande des centres de données se matérialise à partir de 2027
  • La réaction des autres capitales européennes, l'écart entre les 13 milliards finlandais et les 5,5 milliards allemands installant une compétition ouverte sur l'accueil de la puissance de calcul

Sources

Tags :

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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