Entreprises

Tesla : chiffre d'affaires record au deuxième trimestre, mais le bénéfice s'effondre et l'action chute de 14 %

Tesla publie un chiffre d'affaires record de 28,24 milliards de dollars au deuxième trimestre, mais son bénéfice d'exploitation chute de 57 % sous le poids des dépenses liées à l'intelligence artificielle. L'action a perdu près de 14 % le 23 juillet.

Rédacteur en chef, France Épargne
6 min de lecture716 vues
Illustration abstraite d'actualités d'entreprises - Tesla : chiffre d'affaires record au deuxième trimestre, mai

Le constructeur automobile Tesla a présenté le 22 juillet des comptes trimestriels contrastés qui ont provoqué le lendemain l'une de ses pires séances boursières depuis un an. Le groupe dirigé par Elon Musk affiche des ventes en forte hausse, mais une rentabilité écrasée par un investissement massif dans l'intelligence artificielle, la conduite autonome et la robotique. Les marchés ont sanctionné l'écart entre les promesses répétées et les résultats concrets.

Un chiffre d'affaires au sommet, une marge au plancher

Sur la période avril à juin, Tesla a enregistré un chiffre d'affaires de 28,24 milliards de dollars, en progression de 26 % sur un an. Ce niveau dépasse nettement le consensus des analystes, situé autour de 25,5 milliards. Le groupe a livré 480 126 véhicules, un record pour un deuxième trimestre, en hausse de 25 % par rapport à l'an dernier.

La photographie change radicalement au niveau de la rentabilité. Le résultat d'exploitation est tombé à 398 millions de dollars, en baisse de 57 % sur un an. La marge opérationnelle s'est repliée à 1,4 %, contre 4,1 % un an plus tôt. Le bénéfice net comptable ressort à 1,11 milliard de dollars, en recul de 5 %. Rapporté par action, le bénéfice ajusté s'établit à 0,33 dollar, très en deçà des 0,53 dollar attendus par le marché, soit un manque de près d'un tiers.

Deux forces expliquent cette compression. D'abord, la marge brute automobile hors crédits réglementaires est retombée à 16,3 %, contre 19,2 % au trimestre précédent, signe que Tesla a soutenu ses volumes à coups de remises et de financements attractifs. Ensuite, les charges d'exploitation ont bondi de 47 %, un rythme qui a englouti les gains de revenus.

La fin d'une manne : les crédits réglementaires s'effondrent

Longtemps béquille de la rentabilité de Tesla, la vente de crédits réglementaires à d'autres constructeurs s'est tarie. Ces recettes sont tombées à 146 millions de dollars sur le trimestre, une chute de 67 % sur un an. La cause est réglementaire : la fin du crédit d'impôt fédéral américain pour les véhicules électriques, arrivé à échéance le 30 septembre 2025, a supprimé une bonne partie de la demande des concurrents pour ces crédits.

Ce poste avait culminé à 2,76 milliards de dollars sur l'ensemble de 2024. Sa disparition progressive prive Tesla d'un profit quasiment sans coût, qui masquait jusqu'ici l'érosion des marges sur la vente de voitures.

Le pari de l'intelligence artificielle fait plonger la trésorerie

La donnée qui a le plus inquiété les investisseurs concerne la trésorerie. Pour la première fois depuis des années, le flux de trésorerie disponible est devenu négatif, à moins 1,09 milliard de dollars sur le trimestre. En cause, des dépenses d'investissement qui ont plus que doublé, à 5,79 milliards de dollars, orientées vers les centres de calcul, la production du Cybercab et le robot humanoïde Optimus.

Tesla a confirmé viser plus de 25 milliards de dollars d'investissements sur l'ensemble de 2026 et a mis en place une capacité d'emprunt pouvant atteindre 30 milliards de dollars. La direction a défendu cette stratégie en évoquant « la montée en puissance industrielle la plus rapide depuis la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis », couvrant les véhicules, l'autonomie, la robotique, l'énergie et les puces. Elle assure que ces projets généreront « de solides rendements dans le temps ».

Le robotaxi, cœur du malentendu

Le service de robotaxi cristallise les doutes. Lancé à Austin, il a été étendu en juillet à trois villes de Floride, Miami, Orlando et Tampa. Mais son rythme de déploiement déçoit face aux objectifs annoncés, et le ton des dirigeants s'est fait nettement plus prudent lors de la conférence téléphonique.

« Nous voulons croître aussi vite que possible avec le robotaxi, sans nuire à personne », a déclaré Elon Musk, insistant sur une approche mesurée.

Lars Moravy, responsable de l'ingénierie des véhicules, a justifié une expansion ville par ville par des « situations réglementaires différentes d'une ville à l'autre ». Le directeur financier Vaibhav Taneja a reconnu des difficultés « non seulement sur le plan logiciel, mais aussi sur le plan opérationnel ». À l'échelle, la flotte reste modeste : chez Wells Fargo, l'analyste Colin Langan s'est étonné de voir le nombre de véhicules se compter « en dizaines plutôt qu'en centaines ».

La comparaison avec le concurrent Waymo souligne le retard. Tesla revendique environ 2,5 millions de kilomètres parcourus par ses robotaxis, quand Waymo cumule plus de 220 millions de kilomètres de conduite autonome. Ashok Elluswamy, responsable de l'intelligence artificielle, a de son côté qualifié la progression de « littéralement exponentielle », mais « au tout début de l'exponentielle ».

Le verdict cinglant de la Bourse

Le 23 juillet, l'action Tesla a perdu jusqu'à 14,1 % en séance, sa plus forte baisse quotidienne depuis le 5 juin 2025 et ses 14,2 %. La chute a effacé près de 140 milliards de dollars de capitalisation et amputé la fortune d'Elon Musk d'environ 18,6 milliards de dollars.

Les analystes réclament désormais des preuves. Chez Morgan Stanley, les dépenses de Tesla sont jugées « nécessaires », mais le groupe devra présenter des jalons « tangibles » pour ses programmes de robotaxi et d'Optimus. Canaccord Genuity attend des déploiements « significatifs » au cours des six prochains mois. Les analystes de Barclays estiment qu'« il faut davantage pour montrer que les capacités de Tesla s'améliorent réellement », rappelant que le groupe n'a pas tenu ses objectifs passés.

Ce que cela change pour l'investisseur français

Pour les épargnants français exposés à la valeur, souvent via des unités de compte en assurance vie ou des fonds indiciels répliquant les grands indices américains, l'épisode illustre un risque précis : celui d'un titre valorisé sur une promesse technologique plus que sur ses résultats immédiats. Tant que les revenus de l'automobile portent l'essentiel des ventes, la rentabilité reste sensible aux marges et aux subventions, deux variables aujourd'hui orientées à la baisse.

Le contexte européen ajoute une couche de fragilité. Sur le Vieux Continent, le chinois BYD a dépassé Tesla en volume d'immatriculations, et les marques chinoises ont représenté près de 6 % du marché européen sur les premiers mois de 2026, contre 3,2 % un an plus tôt. La concurrence sur le terrain historique de Tesla, l'automobile, se durcit au moment même où le groupe déplace son récit vers l'autonomie et la robotique.

Ce qu'il faut surveiller

Trois points méritent l'attention dans les prochains mois. Le premier est le rythme réel d'extension du robotaxi, mesuré en nombre de villes et de véhicules en circulation sans conducteur, et non en promesses. Le deuxième est la trajectoire de la marge automobile hors crédits, seul juge de la santé du cœur de métier. Le troisième est le calendrier de production du Cybercab et d'Optimus, dont dépend la justification des 25 milliards de dollars d'investissement annuel.

Pour un investisseur diversifié, la leçon dépasse le seul cas Tesla. Elle rappelle qu'une valorisation adossée à une vision de long terme peut se retourner brutalement dès qu'un trimestre matérialise l'écart entre le récit et les comptes.

Tags :

#tesla#elon-musk#resultats-trimestriels#robotaxi#intelligence-artificielle#vehicules-electriques#bourse#marges#wall-street#byd

À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

Approfondir avec nos guides