Nippon Paint offre 7,5 milliards d'euros pour les peintures décoratives d'AkzoNobel, rejeté
Le japonais Nippon Paint a proposé 7,5 milliards d'euros pour la division peintures décoratives d'AkzoNobel, propriétaire de Dulux. Le conseil néerlandais a rejeté l'offre le 13 juillet 2026 et maintient sa fusion avec l'américain Axalta, soumise au vote des actionnaires le 5 août.
Le fabricant japonais Nippon Paint Holdings a soumis une offre valorisant la division peintures décoratives d'AkzoNobel à 7,5 milliards d'euros (environ 8,5 milliards de dollars), a confirmé le groupe néerlandais le 13 juillet 2026. Le conseil d'administration et le conseil de surveillance d'AkzoNobel ont rejeté cette proposition, jugée trop faible, et réaffirmé leur soutien unanime à la fusion entre égaux annoncée avec l'américain Axalta Coating Systems.
La cible convoitée est le cœur grand public du groupe d'Amsterdam : la branche décorative regroupe des marques comme Dulux, Sikkens, Cuprinol et Hammerite, et pèse environ 40 % du chiffre d'affaires total. Le reste provient des revêtements de performance destinés à l'industrie, au secteur marin et aux poudres, avec les marques International et Interpon.
Une offre jugée trop basse par Amsterdam
Dans son communiqué, AkzoNobel indique que la proposition « sous-évalue significativement » sa division peintures décoratives, position déjà transmise à Nippon Paint lors d'échanges précédents. L'offre est présentée comme conditionnelle et non contraignante, sur une base sans dette ni trésorerie.
Le groupe rappelle qu'il est lié par son accord de fusion avec Axalta. Aux termes de ce contrat, la proposition de Nippon Paint constitue une « offre alternative » qui restreint la capacité d'AkzoNobel à ouvrir des discussions avec le prétendant japonais. Les deux conseils d'AkzoNobel continuent de recommander la fusion avec Axalta pour son « intérêt stratégique et ses bénéfices ».
La réaction boursière a été contrastée. À Tokyo, l'action Nippon Paint a reculé jusqu'à 3,4 % en séance, sa plus forte baisse intrajournalière depuis plus d'un mois, avant d'effacer une partie de ce repli. Du côté d'AkzoNobel, la banque d'affaires Jefferies anticipait une réaction favorable à Amsterdam, l'approche de Nippon Paint venant rappeler la valeur latente de l'actif décoratif.
Le troisième assaut d'un prétendant tenace
La démarche du 13 juillet marque une nouvelle étape dans une campagne engagée depuis le printemps. En mai 2026, AkzoNobel avait déjà rejeté une offre conjointe de 12,5 milliards d'euros, soit 73 euros par action, présentée par Nippon Paint et l'américain Sherwin-Williams pour l'ensemble du groupe. Ce tandem a mis fin à sa candidature commune en juin, faute d'avoir obtenu un accord.
Nippon Paint revient donc seul, avec une cible plus étroite. Le groupe est le quatrième fabricant mondial de peinture par le chiffre d'affaires. Il est contrôlé par la famille du milliardaire singapourien Goh Cheng Liang, disparu depuis, dont la fortune dépasse 13 milliards de dollars selon Forbes. Cette stratégie ciblée traduit une volonté de croissance externe sur le segment grand public, où la marque Dulux occupe une position de premier plan en Europe.
La fusion avec Axalta comme priorité
AkzoNobel place sa combinaison avec Axalta au-dessus de toute offre partielle. Annoncé le 18 novembre 2025, le projet prévoit une fusion entre égaux entièrement rémunérée en actions, valorisant le nouvel ensemble à environ 25 milliards de dollars pour un chiffre d'affaires combiné de l'ordre de 17 milliards de dollars. En 2024, AkzoNobel avait réalisé 11,6 milliards de dollars de revenus, contre 5,3 milliards pour Axalta.
Les actionnaires d'AkzoNobel détiendraient 55 % de l'entité fusionnée, ceux d'Axalta 45 %, sur la base d'un ratio d'échange de 0,6539 action. La direction table sur environ 600 millions de dollars d'économies annuelles, dont 90 % attendues sous trois ans. Le groupe combiné serait dirigé par Greg Poux-Guillaume, actuel directeur général d'AkzoNobel, et présidé par Rakesh Sachdev, actuel président d'Axalta. Il conserverait un double siège à Amsterdam et Philadelphie, une domiciliation néerlandaise et une cotation à la Bourse de New York.
Le calendrier reste serré. Les actionnaires des deux sociétés doivent se prononcer sur la fusion le 5 août 2026. L'opération intègre par ailleurs une distribution en numéraire de 2,5 milliards d'euros aux actionnaires d'AkzoNobel avant la finalisation, condition de réalisation de la transaction. La clôture est attendue entre la fin 2026 et le début 2027.
La consolidation, moteur du secteur des revêtements
L'épisode illustre la course à la taille qui traverse l'industrie mondiale des peintures et revêtements. « L'échelle compte vraiment » dans ce secteur, résume James Hooper, analyste chez Bernstein, qui anticipe une restructuration centrée sur l'efficacité après le rapprochement avec Axalta. Mike Nash, de Chemical Market Analytics, observe pour sa part « une hypothèse dominante selon laquelle la taille est essentielle à la survie à long terme ».
Le futur ensemble AkzoNobel Axalta afficherait 173 sites de production, 91 centres de recherche et environ 400 millions de dollars de dépenses annuelles de recherche et développement, sur une empreinte couvrant plus de 160 pays. Pour Nippon Paint, l'acquisition de la seule branche décorative offrirait une entrée immédiate sur le marché européen du grand public, sans les revêtements industriels qui font l'objet de la fusion transatlantique.
Ce qu'il faut surveiller
Pour les investisseurs, plusieurs échéances rythment ce dossier. Le vote du 5 août constitue le premier verrou : un rejet de la fusion Axalta rouvrirait la porte à d'autres scénarios, tandis qu'un vote favorable scellerait la trajectoire choisie par le conseil. La question du financement de la distribution de 2,5 milliards d'euros et l'attitude de Nippon Paint, susceptible de relever son offre, resteront également suivies de près.
Au-delà du cas AkzoNobel, ce mouvement confirme l'appétit des acteurs asiatiques pour les actifs industriels européens et la prime que les marchés accordent désormais à la taille dans les secteurs matures. Les épargnants exposés aux valeurs industrielles européennes, en direct ou via des fonds, y trouveront une nouvelle illustration du rôle des opérations de fusion et acquisition dans la valorisation des sociétés cotées.