Macroéconomie

Déficit de l'État : 145,9 milliards d'euros à fin juillet, 3,9 de plus qu'en 2025

Le solde budgétaire de l'État ressort à 145,9 milliards d'euros de déficit à fin juillet 2026, contre 142,0 milliards un an plus tôt. Le mois de juillet a coûté 39,1 milliards, moins que les 41,6 milliards de juillet 2025. L'OAT à dix ans est remontée à 4,25 %.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite des finances publiques françaises : piliers institutionnels et flux descendant de fragments, en dégradé bleu et vert

Le solde budgétaire de l'État affiche un déficit de 145,9 milliards d'euros à fin juillet 2026. Ce solde agrège le budget général, les budgets annexes et les comptes spéciaux du Trésor. À la même date de 2025, le déficit ressortait à 142,0 milliards, selon les séries longues publiées en données ouvertes par la DGFiP (Direction générale des Finances publiques).

Un écart de 3,9 milliards avec l'exercice précédent

La dégradation sur douze mois atteint 3,9 milliards d'euros, soit 2,7 % de plus qu'à fin juillet 2025. L'exercice 2025 s'était achevé sur un déficit budgétaire de 124,2 milliards, après 155,9 milliards en 2024. La trajectoire 2026 repart donc à la hausse après une année de repli.

L'ampleur du chiffre tient d'abord au calendrier fiscal. Le déficit de l'État se creuse mécaniquement au premier semestre : les dépenses courent sur toute l'année, quand une part importante des recettes, impôt sur le revenu et impôt sur les sociétés en tête, rentre à l'automne. Les trois derniers exercices suivent le même profil, avec un point bas du solde situé entre juillet et septembre avant un redressement de fin d'année.

Juillet 2026 a coûté moins cher que juillet 2025

Pris isolément, le mois de juillet a creusé le solde de 39,1 milliards. La comparaison joue en faveur de 2026 : juillet 2025 avait coûté 41,6 milliards et juillet 2024, 53,4 milliards. À fin juin, l'écart entre les deux exercices atteignait 6,4 milliards, le déficit cumulé s'établissant alors à 106,8 milliards contre 100,4 milliards un an plus tôt.

Le déficit cumulé depuis janvier dépasse encore celui de 2025 de 3,9 milliards. Le rythme mensuel de creusement, lui, a ralenti de 2,5 milliards sur le seul mois de juillet.

La charge de la dette absorbe l'essentiel de la dérive

Le détail des recettes et des dépenses arrêté au 31 juillet n'est pas encore disponible en données ouvertes. Les chiffres du 30 juin livrent la mécanique. La charge de la dette de l'État, c'est-à-dire les intérêts versés aux détenteurs de titres publics, a atteint 34,5 milliards sur le premier semestre 2026, contre 29,2 milliards un an plus tôt. La hausse ressort à 18,3 % en un an.

Sur la même période, les dépenses nettes du budget général ont progressé de 5,4 %, à 240,5 milliards, quand les recettes nettes ont gagné 3,7 %, à 184,6 milliards. Les prélèvements sur recettes reversés aux collectivités territoriales et à l'Union européenne se sont élevés à 36,3 milliards. Le solde des comptes spéciaux s'est en revanche amélioré, à 17,6 milliards de déficit contre 20,8 milliards à fin juin 2025.

Il reste 11,3 milliards à rattraper d'ici décembre

La loi de finances pour 2026 fixe le déficit budgétaire de l'État à 134,6 milliards d'euros sur l'année, avec des recettes fiscales nettes attendues à 363,6 milliards. Le cumul de fin juillet dépasse déjà cette cible annuelle de 11,3 milliards. L'écart doit être comblé sur les cinq derniers mois de l'exercice.

Les deux exercices précédents ont connu des issues opposées. En 2025, le solde s'est amélioré de 17,8 milliards entre fin juillet et le 31 décembre, ce qui a permis de terminer sous la prévision. En 2024, le redressement de fin d'année s'est limité à 1,0 milliard et l'exercice s'est soldé par 155,9 milliards de déficit.

La commission des finances du Sénat avait relevé cette tension dès l'examen du budget : « le texte sur lequel le Gouvernement a engagé sa responsabilité acte un déficit budgétaire de l'État très supérieur en 2026 à celui prévu en 2025 ». Le besoin de financement de l'État pour 2026 s'établit à 310,0 milliards d'euros, dont 169,9 milliards d'amortissement de dette à moyen et long terme, couvert par un volume d'émissions nettes des rachats que la commission qualifie de niveau jamais atteint.

Le marché obligataire a réagi dès l'ouverture

Le rendement de l'OAT (obligation assimilable du Trésor) à dix ans, référence du coût d'emprunt de l'État français, s'établissait à 4,2465 % à 9h49 le 2 septembre, en hausse de 4,7 points de base sur la séance, selon les cotations CNBC. L'échéance à trente ans atteignait 4,9898 %, à un centième de point du seuil symbolique de 5 %.

Le mouvement dépasse le seul cas français. Le Bund allemand à dix ans progressait au même moment de 3,9 points de base, à 3,3771 %. L'écart entre les deux titres, le spread qui mesure la prime de risque exigée sur la dette française, ressortait à 86,9 points de base. La hausse du jour tient donc autant à la tension générale sur les taux longs européens qu'à la publication budgétaire.

Fitch maintient le A+ et relève ses prévisions de déficit

Fitch Ratings a confirmé la note souveraine de la France à A+, assortie d'une perspective stable, le 28 août 2026. L'agence a dans le même temps relevé ses prévisions de déficit public : 5,2 % du PIB (produit intérieur brut) en 2026, 5,5 % en 2027 et 5,2 % en 2028, après 5,1 % en 2025 et 5,8 % en 2024.

« Les déficits publics élevés et la dette de la France demeurent la principale contrainte pour la note », écrit l'agence dans son commentaire d'action de notation. Elle attribue la révision à une croissance plus faible, à des dépenses d'intérêts plus élevées et à des engagements supplémentaires en matière de défense, et table sur une croissance du PIB de 0,8 % en 2026 puis de 1,1 % en 2027 et 2028.

Fitch chiffre à environ 3 % du PIB le déficit qui stabiliserait aujourd'hui la dette publique, seuil qui monterait vers 4 % à l'horizon 2030. Sans mesure nouvelle, l'agence estime que le déficit atteindrait environ 7 % du PIB en 2030. La dette publique française s'élevait à 3 536,1 milliards d'euros au premier trimestre 2026, soit 117,6 % du PIB contre 115,7 % fin 2025, selon Eurostat. La moyenne de la zone euro ressort à 89,4 %, l'Allemagne à 64,4 % et l'Italie à 138,9 %.

L'agence pointe aussi une contrainte politique : « La fragmentation politique persistante constitue une faiblesse majeure de la note, car elle réduit la capacité des autorités à conduire un ajustement budgétaire durable et limite la prévisibilité des politiques publiques. » Le gouvernement de Sébastien Lecornu, dans lequel Roland Lescure occupe le ministère de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique et David Amiel celui de l'Action et des Comptes publics, prépare le budget 2027 dans cette configuration parlementaire.

Quelles conséquences pour votre épargne ?

Le premier canal de transmission passe par les fonds euros de l'assurance vie, dont les portefeuilles reposent majoritairement sur des obligations souveraines et d'entreprises. Une OAT à dix ans rémunérée 4,25 % sert les titres achetés aujourd'hui bien mieux que ceux émis durant la décennie de taux bas. L'effet sur le rendement servi aux assurés s'étale dans le temps, les assureurs renouvelant leur stock obligataire au fil des remboursements.

Le deuxième canal est budgétaire. L'écart de 11,3 milliards d'euros entre le cumul de juillet et la cible annuelle se règle par des recettes supplémentaires, par des économies, ou par un déficit final plus large que prévu. Ces arbitrages se jouent lors de la discussion du projet de loi de finances pour 2027, devant un Parlement sans majorité absolue, configuration qui avait déjà conduit le gouvernement à engager sa responsabilité sur le budget 2026 au titre de l'article 49, alinéa 3, de la Constitution.

Le troisième canal touche le coût du crédit. Le rendement des OAT sert de référence à la formation des taux longs en France, y compris pour le crédit immobilier. Une prime de risque souveraine installée au-dessus de 85 points de base se diffuse à l'ensemble de la courbe des taux.

Les prochaines échéances

  • Situation mensuelle d'août 2026 : attendue début octobre. La situation de juin 2026 a été mise en ligne le 6 août par la DGFiP.
  • Projet de loi de finances pour 2027 : sa présentation ouvre la négociation sur l'ajustement budgétaire, dans un Parlement fragmenté.
  • Programme d'émission 2026 : 310,0 milliards de besoin de financement, dont 169,9 milliards de dette arrivant à échéance à refinancer.
  • Trajectoire de dette : Fitch anticipe 122,7 % du PIB en 2028, contre 115,7 % en 2025.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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