Matières premières

Gaz européen au plus haut depuis 2023 : le TTF franchit 75 euros, le Brent à 95 dollars

Le contrat gazier néerlandais TTF a franchi 75 euros le mégawattheure mercredi, au plus haut depuis 2023, et le Brent est monté à 95 dollars après de nouvelles frappes américaines en Iran. L'inflation de la zone euro remonte à 3,3 % et la BCE tranche le 10 septembre.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de flux gaziers sous tension traversant un passage resserré, évoquant la flambée des prix du gaz européen et du pétrole

L'essentiel de la séance

Le contrat de référence du gaz européen a franchi 75 euros le mégawattheure mercredi 2 septembre en début de matinée sur la place néerlandaise TTF, son plus haut niveau depuis 2023, selon les analystes matières premières d'ING. Trading Economics relevait le contrat autour de 74,27 euros dans la matinée, en progression de 2,84 % sur une journée, de 29,16 % sur un mois et de 131,30 % sur un an.

Le baril de Brent pour livraison en novembre s'échangeait à 95,02 dollars à 9h19 à Paris, en hausse de 0,39 %, après un plus haut de séance à 97,04 dollars. Il avait clôturé la veille à 94,65 dollars. Le brut léger américain WTI, pour l'échéance d'octobre, évoluait à 90,21 dollars.

La cause tient à un point de passage maritime. Les forces américaines ont frappé mardi 1er septembre une centaine de cibles iraniennes, après l'attaque de deux pétroliers dans le détroit d'Ormuz. Le gaz naturel liquéfié qatari, lui, reste très largement absent du marché mondial.

Ormuz étrangle le GNL qatari

Le mécanisme est nettement plus brutal pour le gaz que pour le pétrole. QatarEnergy a prolongé son cas de force majeure sur ses livraisons de gaz naturel liquéfié à ses clients européens et asiatiques, avec des annulations qui courent désormais jusqu'au début du mois de novembre. L'électricien italien Edison a indiqué que 29 cargaisons avaient été annulées depuis le mois d'avril au titre de son seul contrat, soit environ 3,8 milliards de mètres cubes de gaz.

L'ampleur du choc se lit dans les volumes. Sur les six premiers mois du conflit, le Qatar a exporté 18 cargaisons de GNL, contre 509 sur la période équivalente un an plus tôt, une chute de 96 %. Pour l'émirat, le manque à gagner est estimé à 24 milliards de dollars.

Le trafic maritime dans le détroit s'est de nouveau contracté. Le cabinet Kpler a recensé quatre passages de pétroliers mardi, contre une moyenne de 13 sur dix jours. Le secrétaire américain à l'Énergie, Chris Wright, a de son côté affirmé que 17 millions de barils avaient transité par Ormuz lundi, le volume le plus élevé depuis le début du conflit. Les analystes d'ING invitent à la prudence face à ces chiffres contradictoires et recommandent de raisonner en moyennes sur plusieurs semaines plutôt que sur une journée isolée.

Pourquoi le Brent suit sans s'affoler

Le pétrole progresse, mais moins vite que le gaz. La raison tient à la substituabilité des routes : le brut circule par des oléoducs de contournement et par des trajets alternatifs, quand le GNL qatari n'a aucune porte de sortie autre qu'Ormuz. Washington affirme d'ailleurs que les flux pétroliers du Golfe, contournements compris, dépassent leur niveau d'avant le conflit.

La tension se déplace donc vers les produits raffinés. La marge de raffinage du gasoil sur l'ICE a atteint un record d'environ 79 dollars le baril, tandis que son équivalent américain sur le diesel dépasse 100 dollars. L'écart entre les échéances de septembre et de novembre sur le gasoil ICE traite en déport de 80 dollars la tonne, signal d'une rareté immédiate. Les stocks de brut américains ont reculé de 2,6 millions de barils sur la semaine, selon l'American Petroleum Institute.

L'or a reflué de son côté sous 4 300 dollars l'once, au plus bas depuis quinze jours. La hausse de l'énergie ravive les anticipations d'inflation et réduit la marge de manœuvre des banques centrales, ce qui pénalise un actif sans rendement. Le métal avait pourtant gagné près de 10 % en août, sa meilleure performance mensuelle depuis janvier.

Des réserves européennes en retard sur la saison

La flambée intervient au pire moment du calendrier gazier. L'Europe achève sa période de remplissage et aborde la saison de chauffe avec des stocks inférieurs à leur normale saisonnière, un constat que partagent les analystes d'ING et de Trading Economics.

En France, les stockages souterrains exploités par Storengy et Teréga affichaient un taux de remplissage de 70,71 % au 30 août, selon la plateforme AGSI de Gas Infrastructure Europe. Le règlement européen 2025/1733 fixe une cible de 90 %, désormais atteignable entre le 1er octobre et le 1er décembre, et non plus au 1er novembre uniquement. Cette souplesse, introduite pour éviter que les acheteurs européens ne soient contraints d'acheter à n'importe quel prix, prend tout son sens dans la configuration actuelle.

Geoff Yu, stratège chez BNY, résume l'enjeu : « Le risque principal pour l'Europe est un resserrement prolongé de l'offre de gaz avant l'hiver, alors que les prix du GNL sont déjà proches du double de leurs niveaux d'avant le conflit. » Il ajoute qu'une perturbation durable intensifierait la concurrence avec les acheteurs asiatiques, renchérirait les coûts d'importation et pourrait reconstituer des pressions inflationnistes par les canaux de l'énergie et de l'industrie.

La facture française a déjà commencé à monter

Les ménages français voient l'effet arriver par deux canaux. Le premier est direct. La Commission de régulation de l'énergie a fixé son prix repère de vente de gaz naturel de septembre 2026 à 172,05 euros le mégawattheure toutes taxes comprises, soit 122,16 euros hors taxes, tous usages confondus. Ce barème, mis en ligne le 10 août, couvre environ 95 % des clients résidentiels raccordés au réseau de GRDF.

Dans le détail, un foyer qui se chauffe au gaz paie 0,13474 euro le kilowattheure et un abonnement annuel de 360,79 euros. Un foyer qui utilise le gaz pour la cuisson et l'eau chaude paie 0,16757 euro le kilowattheure et 152,46 euros d'abonnement. La presse spécialisée chiffre à 5,6 % la progression du prix repère moyen au 1er septembre, pour les quelque six millions de foyers dont l'offre y est indexée.

Le point décisif tient au calendrier. Ce barème de septembre a été arrêté à partir des prix de marché constatés avant la flambée en cours. La hausse du TTF observée cette semaine se répercutera donc sur les barèmes d'octobre et de novembre, au moment précis où la consommation de chauffage redémarre.

Ce que la BCE en fait le 10 septembre

Le second canal passe par les taux. L'inflation de la zone euro est ressortie à 3,3 % sur un an en août, contre 2,9 % en juillet, selon l'estimation rapide publiée par Eurostat le 1er septembre. La composante énergie explique l'essentiel de l'accélération, avec une hausse de 14,3 % sur un an après 10,3 % en juillet. L'inflation hors énergie, alimentation, alcool et tabac a au contraire reculé, de 2,5 % à 2,4 %, et les services sont revenus de 3,3 % à 3,0 %.

La France affiche 2,7 %, l'Allemagne 2,9 %, l'Italie 3,2 % et l'Espagne 4,5 %. Le taux de la facilité de dépôt de la Banque centrale européenne s'établit à 2,25 %, selon les séries publiées par l'institution. Le conseil des gouverneurs se réunit le 10 septembre et le marché tient un relèvement de 25 points de base pour acquis.

Leo Barincou, économiste senior chez Oxford Economics, estime que l'inflation devrait rester nettement supérieure à la cible l'an prochain, la hausse des prix du gaz et de l'alimentation exerçant une pression supplémentaire sur l'indice. Il nuance toutefois la suite du cycle et juge qu'un troisième relèvement consécutif n'a rien d'automatique tant que les pressions internes restent contenues.

Points de vigilance pour les prochaines semaines

Trois échéances méritent d'être suivies. Le 10 septembre, avec la décision de la BCE et les projections de ses services sur l'inflation 2027. Le 17 septembre, quand Eurostat publiera les données détaillées du mois d'août et confirmera ou corrigera son estimation rapide. Le 1er octobre enfin, date d'ouverture de la fenêtre réglementaire de remplissage à 90 % des stockages européens.

Pour un épargnant, la mécanique est lisible. Le taux du Livret A est fixé à 1,7 % du 1er août 2026 au 31 janvier 2027. Sa formule combine l'inflation hors tabac des six derniers mois et les taux monétaires de court terme. Une énergie à 14,3 % sur un an alimente le premier terme, un relèvement de la BCE alimente le second. La révision du 1er février 2027 se prépare donc maintenant, dans le prix du gaz.

Le scénario inverse mérite la même attention. Une désescalade dans le Golfe, ou une réouverture ordonnée d'Ormuz, ramènerait rapidement le GNL qatari sur le marché et détendrait le TTF. Le cabinet Energy Aspects juge cependant peu probable que les volumes qatariens atteignent les acheteurs européens avant le début du quatrième trimestre 2026 au mieux.

Sources

  • ING Think, The Commodities Feed: Middle East escalation pushes energy prices higher, 2 septembre 2026
  • Eurostat, estimation rapide de l'inflation de la zone euro, 1er septembre 2026
  • Commission de régulation de l'énergie, prix repère de vente de gaz naturel, septembre 2026
  • Gas Infrastructure Europe, plateforme AGSI, données de stockage au 30 août 2026
  • Banque centrale européenne, portail de données, taux de la facilité de dépôt
  • Trading Economics, EU Natural Gas, 2 septembre 2026
  • Financial Times, European gas prices hit highest this year and oil rises, 2 septembre 2026

Tags :

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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