Centres de données : la construction aux États-Unis franchit 50 milliards de dollars
Les dépenses de construction de centres de données aux États-Unis ont atteint un rythme annualisé de 50 milliards de dollars en mars 2026, en hausse de 34 % sur un an. Ce secteur a dépassé les bureaux et incarne la course aux infrastructures de l'intelligence artificielle.

Le rythme de construction de centres de données aux États-Unis vient de franchir un seuil symbolique. Selon les données du Census Bureau américain, les dépenses ont atteint un rythme annualisé corrigé des variations saisonnières de 50 milliards de dollars en mars 2026, soit une progression de 34 % sur un an. Ce chiffre confirme une accélération spectaculaire : les dépenses ont bondi de 437 % depuis début 2021 et de 688 % depuis début 2018.
Cette envolée traduit la ruée des géants technologiques vers les infrastructures nécessaires à l'intelligence artificielle. Pour les épargnants français exposés aux marchés américains via leur assurance vie ou leurs plans d'investissement, ce mouvement de fond redessine la carte des opportunités et des risques.
Un secteur qui éclipse désormais les bureaux
Le basculement s'est opéré fin 2025. En décembre, les dépenses annualisées consacrées aux centres de données ont atteint 45 milliards de dollars, dépassant pour la première fois celles destinées aux immeubles de bureaux privés, alors à 44 milliards. Un croisement historique : la construction de bureaux recule de 9 % sur un an, lestée par le télétravail et la vacance des surfaces tertiaires.
La hausse observée relève d'une expansion physique réelle, et non d'un simple effet prix. L'indice des prix à la production dans la construction n'a progressé que de 3,3 % sur un an, quand les dépenses de centres de données ont bondi de 34 %. Autrement dit, ce sont bien des mètres carrés et des mégawatts supplémentaires qui sortent de terre, pas une facture gonflée par l'inflation.
Le cabinet ConstructConnect recense 94 projets en phase de préconstruction pour la période allant de mai à décembre 2026, représentant 73,1 milliards de dollars d'investissements potentiels. Le coût moyen d'un centre de données sur douze mois glissants a grimpé à 475 millions de dollars, contre 177,9 millions un an plus tôt.
La course aux capacités des hyperscalers
Derrière ces chantiers se cachent les budgets vertigineux des grandes plateformes technologiques. Les cinq principaux acteurs (Microsoft, Alphabet, Amazon, Meta et Oracle) ont annoncé des dépenses d'investissement comprises entre 650 et 700 milliards de dollars pour 2026, près du double de 2025.
Dans le détail, Amazon vise environ 200 milliards de dollars, Alphabet entre 175 et 185 milliards, Meta de 115 à 135 milliards, Microsoft au-delà de 120 milliards et Oracle près de 50 milliards. Environ trois quarts de ces montants financeront des infrastructures liées à l'intelligence artificielle.
« La demande croissante de centres de données soutient aussi les infrastructures électriques », observe Michael Guckes, chef économiste chez ConstructConnect, qui anticipe une dépense dans l'énergie supérieure de 30 % en 2026 par rapport à 2025.
La construction de centrales électriques et de réseaux de distribution illustre cet effet d'entraînement : elle atteint un rythme annualisé de 125 milliards de dollars, en progression de 5,5 % sur un an. La pénurie d'électriciens qualifiés et les goulets d'étranglement sur les équipements électriques figurent parmi les principales contraintes du secteur.
Les voix prudentes face à l'emballement
Cette frénésie suscite un scepticisme grandissant chez certains investisseurs. Michael Burry, rendu célèbre par ses paris sur la crise des subprimes, s'interroge ouvertement sur le moment où ces dépenses cesseront. Il cible Oracle, Alphabet, Meta, Microsoft, Amazon et Nvidia, estimant que ce rythme érode la trésorerie disponible et pousse les entreprises à s'endetter.
L'investisseur pointe deux risques précis. D'une part, une sous-estimation des amortissements qu'il chiffre à 176 milliards de dollars sur la période 2026 à 2028 chez l'ensemble des hyperscalers. D'autre part, un financement circulaire : Nvidia accorderait des crédits à des clients qui les emploient ensuite à acheter du matériel Nvidia, gonflant artificiellement chiffre d'affaires et valorisations.
Les marchés ont d'ailleurs montré leur nervosité. Les titres Alphabet, Amazon et Microsoft ont reculé à la suite de leurs publications de résultats, signe que la rentabilité de ces investissements colossaux ne fait pas l'unanimité.
Un poids macroéconomique encore limité
Malgré son dynamisme, le secteur reste trop modeste pour porter à lui seul l'économie américaine. Selon une estimation de Goldman Sachs, la construction de centres de données n'a ajouté que 0,2 point à la croissance du produit intérieur brut en 2025.
Les dépenses totales de construction aux États-Unis ont d'ailleurs reculé de 1,4 % en 2025. La construction manufacturière marque le pas, à mesure que les méga projets de semi-conducteurs et de batteries arrivent à maturité, tandis que les bureaux et le commerce restent atones. La vigueur d'un seul segment, aussi forte soit elle, ne compense pas les contractions enregistrées ailleurs.
Ce que les épargnants français peuvent surveiller
Pour un investisseur basé en France, cette thématique se joue avant tout via les actions américaines de la technologie et les fonds qui les détiennent. Les unités de compte logées dans une assurance vie ou un plan d'épargne donnent accès aux indices technologiques américains, aux fabricants de semi-conducteurs et aux acteurs de l'énergie qui profitent de cet appétit pour la puissance de calcul.
La prudence reste de mise. La concentration des indices boursiers américains autour de quelques valeurs liées à l'intelligence artificielle accroît la sensibilité des portefeuilles à un retournement de sentiment. Une diversification entre zones géographiques, classes d'actifs et thématiques demeure la meilleure protection contre un éventuel dégonflement.
À suivre dans les prochains mois
Trois indicateurs mériteront l'attention des investisseurs : le rythme des dépenses de construction publié mensuellement par le Census Bureau, les prévisions d'investissement révisées par les hyperscalers lors de leurs prochains résultats, et la capacité du réseau électrique américain à absorber cette demande. Le franchissement des 50 milliards de dollars marque une étape, pas un sommet.
Sources
- Wolf Street, données Census Bureau, mai 2026
- ConstructConnect, rapport centres de données juin 2026
- Sherwood News, croisement centres de données et bureaux
- Goldman Sachs, perspectives d'investissement IA 2026
- Tom's Hardware, dépenses d'investissement des hyperscalers
- ABC Carolinas, analyse du marché de la construction
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