Marchés privés

Ardian et Verne lancent une gigafactory IA à 5 milliards d'euros en Île-de-France

Annoncé à Choose France le 28 mai 2026, le projet d'Ardian et de sa filiale Verne prévoit un campus de calcul de 500 MW en Île-de-France, pour un investissement pouvant atteindre 5 milliards d'euros. Bouygues et Crédit Agricole figurent parmi les partenaires.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'un campus de calcul intensif dédié à l'intelligence artificielle, flux de données et architecture numérique bas carbone

La société française de capital investissement Ardian et sa filiale de centres de données Verne ont dévoilé le 28 mai 2026, en marge du sommet Choose France, un projet de campus numérique en Île-de-France conçu comme une gigafactory dédiée à l'intelligence artificielle. L'investissement annoncé peut atteindre 5 milliards d'euros pour une capacité cible de 500 mégawatts, ce qui en ferait l'une des plus importantes infrastructures de calcul du pays.

Un campus de 500 mégawatts construit par phases

Le campus vise une puissance électrique totale de 500 MW une fois pleinement déployé. Une première tranche d'environ 200 MW est attendue à l'horizon 2030, selon les éléments communiqués par les deux groupes. Cette montée en charge progressive correspond aux contraintes de raccordement électrique et de livraison de composants qui pèsent sur l'ensemble des grands projets de centres de données en Europe.

Verne apportera son expérience opérationnelle. La plateforme exploite déjà des centres de données alimentés en énergie décarbonée en Europe du Nord, notamment en Islande et en Finlande, ainsi qu'au Royaume-Uni. Le groupe revendique un positionnement sur les charges de calcul intensif liées à l'IA, à l'apprentissage automatique et aux grands modèles de langage.

Bouygues, Crédit Agricole, RTE et EDF associés au projet

Ardian et Verne ne portent pas le projet seuls. Le groupe Bouygues et Crédit Agricole sont associés comme partenaires industriel et financier. L'alimentation du site reposera sur une électricité bas carbone, en coopération étroite avec RTE, gestionnaire du réseau de transport, et le groupe EDF.

Cette configuration illustre une tendance de fond : le financement des très grandes infrastructures de calcul mêle désormais capital investissement, partenaires bancaires et énergéticiens, le coût d'accès à l'électricité étant devenu un facteur déterminant pour la rentabilité d'un centre de données.

Dans un contexte où l'Europe doit renforcer ses capacités stratégiques et accélérer son autonomie en matière de souveraineté numérique, le projet entend offrir une plateforme de calcul performante et bas carbone.

Mathias Burghardt, Ardian

Verne, une acquisition d'Ardian de 2024

Le partenariat prolonge une opération conclue il y a deux ans. Ardian a finalisé l'acquisition de Verne, anciennement Verne Global, le 15 mars 2024, auprès de Digital 9 Infrastructure, un fonds coté à Londres. Le gestionnaire avait alors annoncé un engagement pouvant atteindre 1,2 milliard de dollars en fonds propres et en dette pour soutenir la croissance de la plateforme.

Dominic Ward, directeur général de Verne, présente le projet francilien comme une étape clé de l'expansion du groupe au delà de l'Europe du Nord. L'arrivée en France marque le déplacement du modèle de Verne, jusque là concentré sur des pays disposant d'une électricité abondante et froide, vers un marché de consommation au cœur du continent.

Plusieurs centaines d'emplois attendus

Les promoteurs anticipent la création de plusieurs centaines d'emplois directs et indirects autour du campus, sans avancer de chiffre précis à ce stade. Le site est présenté comme couvrant l'ensemble de la chaîne de valeur, depuis la puissance de calcul brute jusqu'aux usages industriels dans la recherche, la santé, la finance et l'énergie.

La localisation exacte au sein de l'Île-de-France n'a pas été précisée lors de l'annonce. Les modalités définitives de financement et le calendrier détaillé de déploiement restaient également à confirmer.

Un projet distinct de la candidature européenne AION

Ce campus ne doit pas être confondu avec la candidature française à l'appel à projets de la Commission européenne sur les gigafactories d'IA. Ardian fait également partie du consortium AION, mené par Scaleway, filiale d'Iliad, et réunissant EDF, Orange, Capgemini, Artefact et Bull. Ce consortium porte un projet distinct, chiffré au delà de 10 milliards d'euros pour une puissance supérieure au gigawatt, dans le cadre du programme européen annoncé en 2025.

La participation d'Ardian à deux initiatives parallèles traduit l'intensité de la course aux capacités de calcul en Europe, où les acteurs cherchent à réduire leur dépendance aux infrastructures américaines et asiatiques.

Ce qu'il faut surveiller

Pour les épargnants, l'annonce confirme la montée en puissance des infrastructures numériques comme classe d'actifs prisée du capital investissement et des fonds d'infrastructure. Plusieurs jalons restent à observer : la confirmation du site retenu, le bouclage du tour de table financier, le calendrier de raccordement par RTE et la trajectoire de remplissage commercial des 500 MW. Le sort de la candidature AION, attendu dans le cadre du calendrier de la Commission européenne, donnera par ailleurs une indication sur les capacités totales que la France pourra installer.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.