Fonds & Investissements

Berkshire redevient acheteur net après 14 trimestres, avec 30 milliards misés sur Alphabet

Berkshire Hathaway a acheté 23,5 milliards de dollars d'actions au deuxième trimestre, sa première position d'acheteur net depuis fin 2022. L'action a bondi de 3,1 % lundi. Warren Buffett revendique l'initiative du pari sur Alphabet, tout en pointant le coût de la course à l'IA.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'une réserve de capitaux se déversant vers des structures numériques, évoquant le redéploiement de trésorerie de Berkshire

Berkshire Hathaway a acheté 23,5 milliards de dollars d'actions cotées au deuxième trimestre 2026, pour 3,7 milliards de cessions. Le conglomérat redevient acheteur net pour la première fois depuis le quatrième trimestre 2022, mettant fin à une séquence de quatorze trimestres de ventes nettes. L'action de catégorie B a progressé de 3,1 % lundi 10 août, à 537,74 dollars, son plus haut niveau depuis l'annonce du retrait de Warren Buffett de la direction générale.

Le mouvement tranche avec la prudence affichée pendant trois ans, quand la trésorerie du groupe gonflait sans trouver d'emploi. Elle est retombée à 365,5 milliards fin juin, contre près de 400 milliards fin mars. Pour les épargnants qui suivent Berkshire comme un baromètre de la valorisation des marchés, ce basculement mérite lecture attentive.

Dix milliards placés hors marché

Sur les 23,5 milliards investis, 10 milliards sont allés à Alphabet dans le cadre d'un placement privé. La maison mère de Google a cédé à Berkshire une tranche de 5 milliards en actions de catégorie A, valorisées 351,81 dollars l'unité, et une seconde tranche équivalente en titres de catégorie C à 348,20 dollars, soit environ 28,6 millions d'actions au total. L'opération, annoncée le 1er juin, a été dénouée le 4 juin, le même jour que l'offre publique concomitante.

Les investisseurs de cette offre publique ont payé 355,1982 dollars par action de catégorie A et 351,8018 dollars par titre de catégorie C. Berkshire a donc obtenu une décote de 0,95 % sur la catégorie A et de 1,02 % sur la catégorie C, soit une économie proche de 100 millions. Cet écart correspond peu ou prou à la commission qu'Alphabet aurait versée aux banques pour placer les mêmes titres.

La participation totale de Berkshire dans Alphabet avoisine désormais 30 milliards de dollars. Elle combine des achats de marché entamés au troisième trimestre 2025 et ce placement privé de juin. Alphabet figure parmi les toutes premières lignes technologiques du portefeuille, derrière Apple.

Qui décide chez Berkshire

La question de la paternité de cet investissement touche à la gouvernance du groupe depuis la succession. Buffett a quitté la direction générale fin 2025 et conservé la présidence du conseil, Greg Abel prenant les commandes opérationnelles au 1er janvier 2026.

« Je l'ai initié », a déclaré Warren Buffett à Becky Quick sur CNBC le 15 juillet 2026. « Je ne fais rien qu'il n'approuve pas. Il ne fait rien que je n'approuve pas. Nous parlons tout le temps, mais c'est lui qui décide. »

Buffett, 95 ans, a également reconnu avoir « commis une erreur » en n'investissant pas plus tôt dans Alphabet. Il exprimait déjà ce regret en 2018 : Geico, filiale de Berkshire, comptait parmi les premiers clients publicitaires de Google, sans que cela suffise à le convaincre que l'entreprise sortirait gagnante de la compétition technologique.

La réserve de Buffett sur le coût de l'IA

L'enthousiasme reste mesuré, y compris chez celui qui a lancé l'opération. Interrogé sur la place d'Alphabet dans ses préférences, Buffett a répondu qu'il ne l'appréciait pas « autant qu'au moins quatre ou cinq autres entreprises que nous détenons ».

« La vraie question avec Google et tous ses concurrents aujourd'hui, c'est qu'ils déboursent tous des centaines de milliards, et c'est de l'argent réel », a ajouté Buffett. « C'est le jeu auquel ils jouent maintenant. Ils ne jouaient pas à ce jeu avec les logiciels informatiques. »

Les chiffres confirment cette lecture. Le 22 juillet, Alphabet a relevé sa prévision de dépenses d'investissement pour 2026 dans une fourchette de 195 à 205 milliards de dollars, contre 180 à 190 milliards auparavant. Environ la moitié va aux serveurs et près de 40 % aux centres de données et aux équipements réseau. Le flux de trésorerie disponible du deuxième trimestre est ressorti négatif, à 5,8 milliards de dollars, malgré une croissance de 82 % du chiffre d'affaires de Google Cloud.

À l'échelle du secteur, Microsoft, Alphabet, Amazon, Meta et Oracle prévoient ensemble entre 660 et 690 milliards de dollars d'investissements en 2026, soit près du double du niveau de 2025. La rentabilité future de ces montants reste la principale inconnue du dossier.

Le regard des analystes

Greggory Warren, analyste actions certifié CFA chez Morningstar, a publié le 9 août une note indiquant qu'il comptait relever légèrement son estimation de valeur intrinsèque, fixée à 765 000 dollars par action de catégorie A, avec une note de trois étoiles et un rempart concurrentiel qualifié d'étroit.

Son analyse du prix de revient du portefeuille d'assurance suggère un apport net de 21,1 milliards aux lignes commerciales et industrielles, correspondant selon lui aux titres Alphabet et à des renforcements sur les maisons de négoce japonaises. Les résultats de souscription en assurance sont restés solides au deuxième trimestre, sans sinistre catastrophique notable, malgré une détente tarifaire depuis un an. Le bénéfice opérationnel a atteint 12,983 milliards de dollars, contre 11,16 milliards un an plus tôt.

Berkshire a par ailleurs racheté pour un peu plus de 4,5 milliards de ses propres titres au deuxième trimestre : 478 actions de catégorie A pour 350 millions et 8,6 millions d'actions de catégorie B pour 4,2 milliards. C'est le plus gros montant trimestriel depuis le premier trimestre 2023, à un prix voisin de 1,45 fois la valeur comptable du trimestre précédent. Le groupe avait repris ses rachats au premier trimestre 2026 après six trimestres d'interruption.

Une lecture prudente s'impose

Trois limites encadrent l'interprétation de ces chiffres. D'abord, environ 13,5 milliards des achats du trimestre restent non attribués : seule la déclaration réglementaire attendue vers le 14 août révélera les lignes concernées. Ensuite, la décote obtenue sur Alphabet tient à la taille du chèque et à un accès hors marché, avantage structurellement fermé aux particuliers. Enfin, la performance boursière du titre Berkshire est restée en retrait de l'indice S&P 500 depuis le début de l'année.

Pour un épargnant français, l'enseignement porte moins sur une valeur particulière que sur une méthode. Berkshire a laissé dormir près de 400 milliards pendant trois ans plutôt que d'acheter à des prix jugés excessifs, puis a engagé des montants considérables quand une occasion négociée s'est présentée. La patience comme la décision relèvent ici du même cadre d'analyse.

Ce qu'il faut surveiller

  • La déclaration de portefeuille attendue vers le 14 août, qui détaillera les 13,5 milliards encore non identifiés
  • Le rythme des rachats d'actions, indicateur du jugement de la direction sur sa propre valorisation
  • La trajectoire des dépenses d'investissement d'Alphabet et le retour sur ces montants
  • L'évolution de la trésorerie du groupe, revenue à 365,5 milliards

Les données citées proviennent des publications trimestrielles de Berkshire Hathaway, des communications d'Alphabet et des analyses de Morningstar, CNBC, Fortune et Forbes.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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