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Voitures chinoises en Europe : la part de marché a doublé en 2026, BYD dépasse Tesla

Les marques automobiles chinoises captent près de 6 % du marché européen début 2026, contre 3,2 % un an plus tôt. BYD a dépassé Tesla en immatriculations, tandis que Renault et Stellantis voient leurs volumes reculer. Bruxelles réoriente sa stratégie tarifaire vers un prix plancher.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de la montée des constructeurs automobiles chinois sur le marché européen, formes ascendantes en dégradé bleu et vert

Les constructeurs automobiles chinois ont franchi un palier en Europe. Sur les quatre premiers mois de 2026, leurs marques ont représenté près de 6 % des immatriculations dans l'Union européenne, contre 3,2 % un an plus tôt, selon les données de l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA) relayées par la presse spécialisée. Sur le marché européen élargi, qui inclut le Royaume Uni et les pays de l'Association européenne de libre échange (AELE), leur poids atteint environ 7,3 %, contre 3,7 % un an auparavant.

Cette progression confirme une trajectoire entamée en 2025, année où les marques chinoises avaient déjà capté 6,4 % du marché de l'UE sur l'ensemble de l'exercice, avec un pic à 9,3 % en décembre. Pour les épargnants exposés aux valeurs automobiles européennes via leurs assurances vie, leurs plans d'épargne en actions ou leurs fonds indiciels, le mouvement n'a rien d'anecdotique : il redessine les équilibres d'une industrie qui pèse lourd dans les indices du continent.

BYD passe devant Tesla sur le Vieux Continent

Le fait marquant du début d'année tient au renversement de hiérarchie entre les deux champions de l'électrique. Sur les quatre premiers mois de 2026, BYD a immatriculé environ 101 200 véhicules à l'échelle européenne, en hausse de 143,9 % sur un an, dépassant ainsi Tesla et ses 89 400 unités, pourtant en croissance de 45,8 %. Le constructeur de Shenzhen, qui décline désormais une gamme hybride en plus de l'électrique, avait déjà devancé son rival américain dès janvier et février.

Les autres groupes chinois affichent des rythmes plus spectaculaires encore. Sur la période de janvier à avril, Chery (propriétaire des marques Omoda, Jaecoo et Jetour) a bondi de 267,1 % à plus de 48 300 immatriculations dans l'UE. Leapmotor, distribué via sa coentreprise avec Stellantis, a vu ses volumes grimper de 558,8 % à plus de 28 700 unités. SAIC, maison mère de MG, progresse plus modestement de 10,4 %. En mai, la dynamique s'est poursuivie, Leapmotor signant une hausse de 465,1 %, Chery de 244,1 % et BYD de 136,6 %.

Une percée portée par l'électrification du marché

L'essor chinois s'inscrit dans une bascule plus large vers les motorisations électrifiées. La part des véhicules cent pour cent électriques a atteint 19,7 % des ventes dans l'UE sur les quatre premiers mois de 2026, contre 15,3 % un an plus tôt, et a même culminé à 20,6 % au seul mois d'avril. Hybrides rechargeables et hybrides classiques poursuivent leur ascension, au point de représenter, additionnés à l'électrique, plus des deux tiers des immatriculations de mai.

Les marques chinoises ont su se positionner sur ce segment en pleine expansion, avec une offre jugée compétitive en prix et en équipements. Leur avantage de coût s'explique en partie par les subventions publiques accordées en Chine, qui réduisent la facture de production de 30 à 40 % par rapport à des chaînes européennes, selon les estimations citées par plusieurs analystes du secteur.

Constructeurs européens sous pression

Le revers de cette médaille se lit dans les comptes des constructeurs historiques. Sur les quatre premiers mois de 2026, le groupe Renault a reculé de 7,4 % à environ 384 250 immatriculations, la marque Dacia accusant une baisse supérieure à 15 %. En mai, les immatriculations des trois grands européens, Renault, Stellantis et Volkswagen, ont glissé de 1 à 3 %, dans un marché où la croissance était captée par les nouveaux entrants et par l'électrique.

Le groupe Volkswagen reste de loin le premier acteur du continent avec 26,7 % de part de marché, devant Stellantis (17,1 %) et Renault (environ 10 %). Mais l'érosion des volumes intervient au moment où ces industriels doivent absorber le coût massif de l'électrification de leurs gammes, dans un marché global européen à peine stabilisé.

Les prix durablement élevés, les tensions géopolitiques et économiques avec les partenaires commerciaux de l'Europe, ainsi que la réalité post pandémique du marché expliquent ce recul des volumes, résume Felipe Munoz, analyste chez JATO Dynamics.

La riposte par la production locale

Pour contourner les barrières douanières et se rapprocher de la demande, les groupes chinois multiplient les implantations industrielles sur le sol européen. BYD prépare le démarrage de son usine hongroise, tandis que Leapmotor s'appuie déjà sur les sites de Stellantis. Plus emblématique encore, le constructeur français a scellé une coentreprise détenue à 51 % avec Dongfeng pour produire des véhicules électriques de la marque premium Voyah dans son usine de Rennes La Janais, avec un objectif de lancement à l'horizon 2028.

D'autres rapprochements se dessinent : Geely négocierait l'usage de capacités de production de Ford en Espagne, et Chery explorerait une coopération avec Jaguar Land Rover au Royaume Uni. Ces alliances brouillent la frontière entre concurrents et partenaires, et illustrent la stratégie d'ancrage local des marques chinoises.

Bruxelles change de braquet réglementaire

Face à cette poussée, la politique commerciale européenne évolue. Aux droits compensateurs instaurés en octobre 2024, compris entre 17,0 % et 35,3 % selon les marques (BYD étant taxé à 17,0 %), la Commission européenne a commencé à substituer début 2026 un mécanisme de prix plancher. Concrètement, les producteurs chinois pourraient échapper aux droits de douane en s'engageant à ne pas vendre leurs modèles électriques sous un prix minimal défini configuration par configuration.

En parallèle, Bruxelles prépare l'extension de ces mesures aux hybrides rechargeables, jusqu'ici exemptés de droits. Une enquête anti subventions est tenue prête, afin de refermer la brèche par laquelle les exportateurs chinois ont fait progresser ce type de motorisation. La bascule du tarif vers le prix plancher suscite toutefois des réserves : plusieurs économistes estiment qu'elle pourrait protéger les marges des nouveaux entrants plutôt que de freiner réellement leur progression.

Ce qu'il faut surveiller

Pour l'investisseur, trois variables méritent attention dans les prochains mois. La première est la cadence des immatriculations chinoises au second semestre, qui dira si la barre des 6 % constitue un plateau ou une étape. La deuxième tient à l'issue des négociations sur le prix plancher et sur les hybrides rechargeables, dont dépendra la rentabilité comparée des acteurs. La troisième concerne la capacité des constructeurs européens à défendre leurs marges face à une concurrence qui s'installe désormais durablement sur leurs propres terres. Les résultats semestriels de Renault et de Stellantis, attendus cet été, offriront un premier verdict chiffré.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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