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Intel s'envole de 10 % après l'annonce d'un accord de fabrication de puces avec Apple

Donald Trump a affirmé qu'Apple produira des puces aux États-Unis avec Intel. L'action a bondi de 10,5 % à un sommet historique, mais ni Apple ni Intel n'ont confirmé l'accord. Un signal fort pour la fonderie américaine face à TSMC.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Représentation abstraite de circuits imprimés et de structures de silicium symbolisant la fabrication de puces et la course mondiale des fonderies

L'action Intel a bondi de 10,5 % jeudi 18 juin 2026, atteignant un sommet historique, après que le président américain Donald Trump a affirmé qu'Apple fabriquera désormais une partie de ses puces aux États-Unis en partenariat avec le fondeur. Sur son réseau Truth Social, le chef de l'État a écrit : « J'ai décidé d'aider Intel parce que nous devons concevoir et fabriquer nos puces ici, en Amérique. Apple a accepté de travailler avec Intel pour concevoir et construire ses puces en Amérique. »

Le titre a clôturé à environ 134 dollars, en hausse de 12,89 dollars sur la séance. Cette progression porte la valorisation d'Intel aux alentours de 600 milliards de dollars, contre une centaine de milliards à l'été 2025. L'action affiche désormais un gain de plus de 200 % depuis le début de l'année 2026, l'un des redressements boursiers les plus spectaculaires du secteur technologique. L'action d'Apple, de son côté, a peu réagi, gagnant moins de 1 % à 298 dollars.

Un accord annoncé par la Maison Blanche, pas par les entreprises

La prudence reste de mise. Ni Apple ni Intel n'ont confirmé l'existence d'un contrat. Intel a refusé de commenter « un éventuel accord avec Apple », tandis qu'Apple n'a pas répondu dans l'immédiat aux sollicitations. Plusieurs analystes rappellent qu'une publication présidentielle sur les réseaux sociaux ne vaut pas engagement contractuel.

Selon des informations de presse antérieures, notamment du Wall Street Journal, les deux groupes négocient depuis plus d'un an. Dan Ives, analyste chez Wedbush Securities, décrit cet accord préliminaire comme « une démarche stratégique d'Apple pour diversifier sa chaîne d'approvisionnement et réduire la pression sur son empreinte industrielle ». Les premiers volumes significatifs de production pour Apple ne sont pas attendus avant 2027.

D'après des éléments rapportés par la presse spécialisée, le processeur concerné en premier lieu serait la future puce M7 d'Apple, destinée à équiper la gamme d'ordinateurs portables et fabriquée sur le procédé 18A-P à l'horizon de la fin 2027. Des puces mobiles sur le procédé 14A pourraient suivre vers 2028. Ces détails techniques n'ont toutefois pas été officialisés par les entreprises.

Pourquoi cette annonce compte pour la fonderie américaine

Au delà de l'effet boursier immédiat, l'enjeu central est la crédibilité de la division fonderie d'Intel. Depuis des années, le groupe peine à convaincre des clients extérieurs que ses capacités de fabrication rivalisent avec celles du taïwanais TSMC, leader mondial de la production de puces à façon. Décrocher Apple, client réputé pour ses exigences de qualité, validerait la technologie de gravure avancée d'Intel auprès d'autres donneurs d'ordre potentiels.

Le calendrier renforce le message. Le 16 juin, Intel a fait entrer son procédé 18A-P en phase de production pilote. Cette variante offre, selon le fondeur, 9 % de performances supplémentaires ou 18 % de consommation en moins par rapport au nœud 18A standard, ainsi qu'une meilleure résistance thermique. Le procédé 18A était entré en production en volume en Arizona dès décembre 2025.

La situation financière de la fonderie reste néanmoins fragile. Sur le seul premier trimestre 2026, la division a accusé une perte d'exploitation d'environ 2,4 milliards de dollars, pour un chiffre d'affaires externe encore modeste. Les investisseurs scruteront les résultats du 23 juillet pour vérifier si les engagements de clients se concrétisent.

TSMC sous pression dans un marché saturé

Cette annonce intervient alors que la demande de puces avancées dépasse l'offre disponible. La ruée vers l'intelligence artificielle mobilise une part croissante des capacités de TSMC, sollicitées simultanément par Nvidia, AMD et les géants du cloud. Lors d'une récente présentation de résultats, le directeur général d'Apple, Tim Cook, avait reconnu des contraintes de capacité liées à TSMC sur la production de l'iPhone.

Dans ce contexte de pénurie, disposer d'une seconde source de fabrication devient un impératif industriel. Ben Bajarin, analyste chez Creative Strategies, résume l'argument : « Intel est le seul acteur capable de monter en capacité comme deuxième source viable. » Une diversification d'Apple, même partielle, exercerait une pression concurrentielle directe sur TSMC, qui assure jusqu'ici l'essentiel de la production des processeurs avancés de la marque à la pomme.

Une stratégie industrielle soutenue par Washington

Le redressement d'Intel s'inscrit dans une politique volontariste de relocalisation. En août 2025, l'administration américaine avait converti 8,9 milliards de dollars de subventions du CHIPS Act en une participation de 10 % au capital d'Intel, faisant de l'État fédéral le premier actionnaire du groupe, devant Vanguard et BlackRock. Cette participation est aujourd'hui valorisée autour de 50 milliards de dollars, soit une plus value considérable en moins d'un an.

Ce soutien public confère à Intel un avantage que ne possèdent ni TSMC ni le sud coréen Samsung. La fabrication de semi conducteurs sur le sol américain est devenue un objectif stratégique partagé par l'exécutif et le Congrès, dans un climat de rivalité technologique avec la Chine et de fragilité des chaînes d'approvisionnement asiatiques.

Ce que les investisseurs doivent surveiller

Pour l'épargnant exposé aux valeurs technologiques, directement ou via des fonds indiciels, plusieurs points méritent attention. Le titre Intel se négocie désormais nettement au dessus du consensus des analystes : les objectifs de cours s'échelonnent de 56 dollars chez Bank of America à 124 dollars chez Mizuho, soit en dessous du cours actuel. L'écart traduit un pari de marché sur le redressement de la fonderie, pari qui reste à confirmer par des contrats fermes.

La prochaine échéance déterminante sera la publication des résultats du 23 juillet 2026, qui révèlera si le chiffre d'affaires de la fonderie progresse réellement et si des engagements clients sont annoncés. Tant qu'Apple et Intel n'auront pas officialisé leur partenariat, la prudence s'impose : l'enthousiasme actuel repose sur une déclaration politique plus que sur un calendrier industriel détaillé.

Pour les particuliers, cette séquence illustre une règle de bon sens en matière de placement : une envolée alimentée par une annonce non confirmée appelle à distinguer le potentiel de long terme de l'emballement de court terme. La diversification d'un portefeuille, plutôt que la concentration sur une valeur portée par l'actualité, demeure la meilleure protection contre la volatilité.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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