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Qualcomm vise 40 milliards de revenus hors smartphone d'ici 2029 et accélère dans les data centers

Lors de sa journée investisseurs du 24 juin 2026, Qualcomm a presque doublé son objectif de revenus hors téléphonie à 40 milliards de dollars pour 2029, porté par les data centers et l'automobile. L'action a bondi de près de 11 %.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de circuits intégrés et de flux de données convergeant vers des structures de centres de données, symbolisant la diversification de Qualcomm

Le fabricant américain de puces Qualcomm a profité de sa journée investisseurs du 24 juin 2026 pour réécrire le scénario que les marchés lui prêtaient. Longtemps perçu comme un acteur dépendant du smartphone, le groupe de San Diego a relevé son objectif de revenus hors téléphonie à 40 milliards de dollars pour l'exercice 2029, contre 22 milliards visés jusqu'ici. La promesse a été immédiatement saluée par les investisseurs: le titre a gagné près de 11 % dans les échanges qui ont suivi l'annonce, autour de 197 dollars, alors que son plus haut sur douze mois ressort à 260 dollars.

Derrière ce relèvement, Qualcomm assume une bascule stratégique. La part des combinés mobiles, qui représentait 72 % des revenus de sa division puces sur l'exercice 2025, ne devrait plus peser qu'environ un tiers en 2029. Le reste viendra de marchés que le groupe juge porteurs sur la décennie: centres de données, automobile, robotique et intelligence artificielle embarquée.

Une diversification chiffrée marché par marché

Le détail des objectifs donne la mesure de l'ambition. Qualcomm table sur plus de 15 milliards de dollars de revenus issus des centres de données en 2029, un segment encore embryonnaire pour le groupe. L'automobile doit atteindre 10 milliards de dollars, adossés à un carnet de commandes déjà engagées de 65 milliards. Quant à l'Internet des objets, il devrait dépasser 14 milliards, dont 8 milliards pour l'industrie, les réseaux et la robotique, et 6 milliards pour l'IA personnelle et l'informatique.

Sur le plan de la rentabilité, la direction a fixé un cap de bénéfice par action ajusté supérieur à 18 dollars en 2029. Le consensus des analystes se situait à 15,26 dollars, ce qui souligne l'écart entre la trajectoire promise et les attentes du marché. Qualcomm évalue par ailleurs le marché total adressable de ses activités à environ 1 700 milliards de dollars à l'horizon 2030.

"Nous définissons le prochain chapitre de Qualcomm en accélérant notre stratégie de diversification, en présentant une feuille de route complète pour les centres de données d'intelligence artificielle de nouvelle génération, et en devenant une entreprise de plateforme."

Cristiano Amon, président et directeur général de Qualcomm

Le pari des centres de données avec Meta

La pièce maîtresse de cette feuille de route porte un nom: le processeur Dragonfly C1000, première incursion sérieuse de Qualcomm dans les puces pour serveurs. Selon les éléments communiqués lors de l'événement, le groupe Meta s'est engagé à déployer ce composant, dont la production doit débuter en 2028. Le directeur financier, Akash Palkhiwala, a indiqué que la société avait sécurisé deux contrats de puces sur mesure avec de grands opérateurs de cloud, ajoutant qu'il ne s'agissait pas de relations partant de zéro.

L'enjeu est de taille. Le marché des puces pour centres de données reste largement dominé par Nvidia, suivi d'AMD et des accélérateurs développés en interne par les géants du cloud. En se positionnant sur les processeurs centraux plutôt que sur les seuls accélérateurs graphiques, Qualcomm cherche un angle moins encombré, tout en capitalisant sur son savoir-faire en efficacité énergétique hérité du mobile. La consommation électrique étant devenue un facteur de coût majeur pour les exploitants de centres de données, cet argument pourrait peser dans les négociations.

Un calendrier qui appelle à la prudence

L'enthousiasme boursier ne dissipe pas toutes les interrogations. Les objectifs visent 2029, soit un horizon de trois exercices, et la production du Dragonfly C1000 n'est attendue qu'en 2028. Une part importante de la promesse repose donc sur une exécution encore à venir, dans un secteur où les calendriers glissent fréquemment. La dépendance au smartphone, même réduite, reste réelle à court terme, alors que le marché des combinés haut de gamme montre des signes de maturité.

Plusieurs observateurs rappellent aussi que les annonces de journées investisseurs traduisent des intentions plus que des résultats acquis. La crédibilité de Qualcomm se jouera sur sa capacité à convertir un carnet de commandes automobile de 65 milliards de dollars en chiffre d'affaires effectif, et à transformer deux contrats hyperscalers en relations durables. La présence affichée de Meta constitue un signal de confiance, mais l'engagement reste conditionné au respect d'un calendrier industriel exigeant.

Ce que cela change pour les épargnants

Pour l'investisseur français exposé aux valeurs technologiques, directement ou via des fonds et des trackers indiciels, le mouvement de Qualcomm illustre une dynamique de fond. La vague d'investissement dans l'intelligence artificielle ne profite plus aux seuls acteurs déjà identifiés comme Nvidia: elle attire des sociétés établies en quête de relais de croissance, ce qui élargit le champ des bénéficiaires potentiels mais accroît aussi la concurrence et la volatilité.

La prudence reste de mise. Un objectif fixé à 2029 laisse le temps à de nombreux aléas de se matérialiser, et un titre qui bondit de 11 % sur une annonce de perspectives peut tout aussi vite se replier si l'exécution déçoit. Pour un portefeuille diversifié, l'épisode Qualcomm rappelle l'intérêt d'une exposition mesurée au secteur des semi-conducteurs plutôt qu'un pari concentré sur une seule valeur, et l'utilité d'évaluer les annonces à l'aune de leur réalisation plutôt que de leur effet d'annonce.

Ce qu'il faut surveiller

  • La publication des premiers revenus liés aux centres de données et la montée en cadence du Dragonfly C1000 à partir de 2028.
  • L'identité du second client hyperscaler, non dévoilée, qui validerait la portée de la stratégie.
  • La conversion du carnet de commandes automobile de 65 milliards de dollars en revenus comptabilisés.
  • L'évolution de la part des smartphones dans le chiffre d'affaires, baromètre de la diversification réelle.

Tags :

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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