Royalties musicales : 5,97 milliards de dollars de revenus aux États-Unis au premier semestre
La RIAA chiffre à 5,97 milliards de dollars les revenus de la musique enregistrée aux États-Unis au premier semestre 2026, en hausse de 6,9 %. Deux nouvelles opérations sur des catalogues ont été annoncées cette semaine.
Le marché américain de la musique enregistrée a généré 5,97 milliards de dollars de revenus au premier semestre 2026, en progression de 6,9 % sur un an. Ce chiffre, publié le 1er septembre par la Recording Industry Association of America (RIAA), correspond à la valeur de gros encaissée par les détenteurs de droits, avant les marges des distributeurs.
La publication tombe au milieu d'une semaine chargée pour un compartiment devenu une classe d'actifs à part entière. Mercredi 2 septembre, Primary Wave a annoncé un accord avec la succession de Wilson Pickett portant sur le catalogue d'édition du chanteur et sur ses droits au nom et à l'image, sans divulguer le montant. Jeudi 3 septembre, HarbourView Equity Partners, gestionnaire américain en passe de dépasser 4 milliards de dollars d'actifs sous gestion, a racheté les royalties de producteur de David Kershenbaum, qui portent notamment sur « Fast Car » de Tracy Chapman, « Steppin' Out » de Joe Jackson et « Walking in Memphis » de Marc Cohn.
Le détail d'un semestre américain
Le streaming reste le moteur du secteur, avec 4,89 milliards, soit 82 % des revenus, en hausse de 4,7 %. La croissance vient presque intégralement des abonnements premium, qui pèsent 3,11 milliards, en progression de 7,8 %. Le nombre moyen d'abonnements payants premium est passé de 105,3 à 111,1 millions sur un an, soit 5,5 % de plus.
Les autres lignes du streaming sont moins flatteuses. Les formules payantes non premium reculent de 9 % à 239,1 millions de dollars. Les revenus tirés du streaming financé par la publicité gagnent 3,7 % à 899,6 millions, une progression deux fois plus lente que celle des abonnements. Les autres formes de diffusion, dont la radio numérique, cèdent 2,1 % à 639,4 millions.
Le support physique signe la performance la plus spectaculaire du semestre, avec 731,5 millions de dollars encaissés, en hausse de 25,9 %. Le vinyle progresse de 17,7 % à 543,8 millions, et le CD de 58,6 % à 171,1 millions. La synchronisation, c'est à dire l'usage de musique dans les films, séries, publicités et jeux vidéo, gagne 18,2 % à 231,8 millions. Le téléchargement poursuit son extinction, à 121 millions de dollars, en baisse de 12,7 %.
Pourquoi une statistique sectorielle intéresse les gérants
Un catalogue musical se valorise comme une obligation à duration longue : un multiple appliqué aux revenus nets récurrents que génère chaque titre. Cette mécanique explique pourquoi une croissance de 6,9 % sur un semestre est scrutée bien au delà des maisons de disques. Selon la banque d'affaires Shot Tower Capital, les transactions d'édition dont la valeur d'entreprise dépasse 20 millions de dollars se sont négociées en moyenne à 16,1 fois la part nette de l'éditeur en 2024, contre 16,7 fois en 2023, un tassement modéré attribué à la remontée des taux et à l'élargissement de l'offre de catalogues.
L'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle a chiffré le phénomène dans deux rapports publiés le 3 mars 2026 : plus de 20,4 milliards de dollars ont été investis dans la propriété intellectuelle musicale depuis 2019. L'institution relève également que le recours aux droits musicaux comme collatéral de financement a pratiquement doublé depuis 2010, et que le nombre de publications consacrées à la titrisation de ces droits est passé de 56 articles en 2014 à 450 en 2024.
La dynamique mondiale confirme la tendance américaine. L'IFPI a recensé, dans son rapport publié le 18 mars 2026, 31,7 milliards de dollars de revenus mondiaux pour la musique enregistrée en 2025, en hausse de 6,4 %, avec 837 millions d'abonnements payants recensés dans le monde, contre 764 millions un an plus tôt. La France y figure au sixième rang mondial.
Les capitaux continuent d'affluer
L'année 2026 restera marquée par une concentration accélérée. Primary Wave a bouclé en avril un quatrième véhicule dédié à la propriété intellectuelle musicale à 2,225 milliards, puis finalisé le 7 juillet le rachat de l'éditeur Kobalt, valorisé autour de 1,5 milliard de dollars. Shamrock Capital a clos en mai son quatrième fonds de contenus à 813 millions. BMG et Concord ont annoncé le 28 avril un rapprochement donnant naissance à un ensemble évalué autour de 15 milliards.
L'opération la plus révélatrice reste la cession du catalogue de Recognition Music Group, l'ancien Hipgnosis Songs Fund, à Sony Music Publishing en mai, pour un montant estimé entre 3,5 et 4 milliards de dollars par la presse spécialisée. Sony s'appuie sur le partenariat d'investissement noué le 28 janvier avec le fonds souverain singapourien GIC. Ce catalogue de 45 000 titres avait été racheté par Blackstone en 2024, après que le véhicule coté à Londres eut déprécié son portefeuille et perdu la confiance de ses actionnaires. Le même actif change ainsi de mains pour la troisième fois en deux ans, à des prix très différents.
Les fragilités que les chiffres ne montrent pas
Trois facteurs pèsent sur les hypothèses de rendement. Le premier tient au ralentissement de la croissance du streaming : la direction d'Universal Music Group l'évoque publiquement depuis l'été 2024, et les 4,7 % de progression relevés par la RIAA restent inférieurs à la hausse du chiffre d'affaires global du secteur.
Le deuxième facteur est la dilution du gisement de redevances. Deezer a indiqué le 21 juillet que plus de la moitié des titres déposés chaque jour sur sa plateforme étaient générés par intelligence artificielle, soit environ 90 000 morceaux quotidiens au pic de juin 2026, contre environ 10 % en janvier 2025. Ces titres ne représentent que 1 à 3 % des écoutes, mais jusqu'à 85 % des écoutes des morceaux entièrement produits par IA étaient frauduleuses en 2025 selon le groupe français. « Nous avons atteint un moment charnière, mais nous disposons de la technologie pour suivre cette évolution », a déclaré Alexis Lanternier, directeur général de Deezer. Puisque la rémunération du streaming se répartit au prorata des écoutes, chaque titre synthétique qui capte des flux réduit mécaniquement la part des catalogues existants. Une étude commandée par la CISAC au cabinet PMP Strategy estime que 24 % des revenus des créateurs de musique seront exposés à ce risque de substitution d'ici 2028.
Le troisième facteur est juridique. Les droits d'auteur américains sont soumis à des mécanismes de récupération qui permettent aux auteurs de reprendre leurs œuvres après un délai déterminé, une échéance qui pèse sur la valeur résiduelle des catalogues dont les dates de réversion approchent.
Ce que la mécanique française change pour l'épargnant
En France, la collecte passe par la Sacem, qui a publié le 5 mai son rapport annuel : 1,704 milliard d'euros collectés en 2025, dont 42,8 % au titre du numérique, et 1,502 milliard d'euros répartis entre 663 000 créateurs et éditeurs, en hausse de 9 %. Les collectes internationales atteignent 845 millions d'euros, en progression de 13 %, quand la France reste globalement stable à 859 millions. Le taux de charges de la société de gestion collective s'établit à 9,8 %.
Pour un particulier, l'accès direct à ces flux reste étroit. Les tickets institutionnels se comptent en dizaines de millions d'euros, et les plateformes qui proposent l'investissement en royalties et droits d'auteur par fractions affichent des historiques de performance encore courts et une liquidité de marché secondaire incertaine. La fiscalité applicable dépend du véhicule retenu et du pays de collecte, ce qui complique la comparaison avec un placement obligataire classique.
Trois échéances à surveiller
- Le rapport annuel de la RIAA, attendu au premier trimestre 2027, dira si le rebond du support physique relève d'un effet de calendrier ou d'une tendance durable.
- Le bilan semestriel du Syndicat national de l'édition phonographique permettra de vérifier si la stabilité du marché français observée en 2025 se prolonge.
- Les prochaines publications trimestrielles d'Universal Music Group et de Warner Music Group fourniront le premier test grandeur nature de l'effet dilutif des contenus générés par IA sur les redevances de streaming.
Le semestre américain valide la thèse centrale des acheteurs de catalogues : les redevances musicales produisent un flux récurrent, faiblement corrélé au cycle économique et adossé à une base d'abonnés qui continue de s'élargir. La question ouverte porte moins sur la solidité de ce flux que sur le prix payé pour l'acquérir, dans un marché où le même catalogue s'est échangé à trois valorisations très écartées en vingt-quatre mois.