Fonds & Investissements

Non coté grand public : +1,23 % au premier trimestre, la dette privée garde l'avance

L'indice des fonds de private equity ouverts aux particuliers a gagné 1,23 % au premier trimestre 2026, contre 0,7 % au trimestre précédent. Toutes les stratégies progressent, mais la dette privée affiche 30,16 % de gain cumulé depuis 2022 contre 23,76 % pour l'indice.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de trajectoires de valorisation divergentes au sein d'un portefeuille de fonds non cotés

L'indice qui suit les fonds de capital-investissement accessibles aux épargnants français a progressé de 1,23 % au premier trimestre 2026, contre 0,7 % au trimestre précédent. Le Ramify Private Equity Index (RPEI), publié le 24 août et repris le 27 août par le magazine Gestion de Fortune, porte ainsi sa performance cumulée à 23,76 % depuis janvier 2022, soit 5,14 % en rythme annualisé.

Contrairement au quatrième trimestre 2025, où la hausse reposait surtout sur deux segments, l'ensemble des sous-indices termine cette fois en territoire positif. Les fonds evergreen, ouverts aux souscriptions et aux rachats en cours de vie, signent la meilleure progression à 1,64 %, après seulement 0,28 % trois mois plus tôt. Viennent ensuite les fonds secondaires (1,34 %) et la dette privée (1,22 %). Le capital-transmission gagne 1,05 %, le capital-développement 0,21 %, et l'immobilier se stabilise à 0,12 % après un recul de 1,78 % au quatrième trimestre 2025.

Un indice bâti sur 64 fonds et 11,4 milliards d'euros

Lancé avec une base 100 au 31 décembre 2021, le RPEI couvre 64 fonds ouverts aux particuliers représentant une capitalisation de 11,4 milliards d'euros. Il est pondéré par la taille de chaque fonds, avec un plafond de 20 % par véhicule, et calculé à partir des valeurs liquidatives et des flux de trésorerie par part. Les FCPI et les FIP à avantage fiscal sont exclus du périmètre.

Deux réserves encadrent la lecture de ces chiffres. Les données arrêtées au 31 mars 2026 reflètent des valorisations publiées avec un trimestre de décalage, usage courant sur les actifs non cotés. Surtout, l'indice est produit par Ramify, une société qui distribue elle-même une cinquantaine de fonds de capital-investissement à une clientèle patrimoniale, et les performances affichées le sont en base indice, hors frais.

La dette privée conserve son avance depuis 2022

La photographie trimestrielle masque des trajectoires très différentes sur quatre ans. La dette privée affiche la meilleure performance cumulée depuis le lancement des sous-indices, à 30,16 %, soit 6,40 % annualisés, quand l'indice global plafonne à 23,76 %. Le niveau encore élevé des taux de référence continue de soutenir les revenus des prêts à taux variable, tandis que le capital-transmission, plus dépendant du financement des acquisitions, évolue dans un environnement où le levier coûte plus cher.

« Le premier trimestre montre que le private equity ne se comporte pas comme un bloc : toutes les stratégies progressent, mais les écarts accumulés depuis 2022 restent considérables, ce qui rappelle l'importance de rester diversifié. Dans un environnement où la dette coûte plus cher, la performance dépend d'abord du choix des stratégies et de la sélection des gérants », observe Olivier Herbout, cofondateur et directeur général de Ramify.

Ces écarts déplacent la décision vers le véhicule lui-même : sa stratégie, son millésime, ses frais et son régime de liquidité. C'est le terrain de la sélection du fonds et de la souscription accompagnée, une étape que le régulateur français observe désormais de près.

L'AMF mesure une dispersion bien plus large

L'Autorité des marchés financiers (AMF) a publié en janvier 2025 la première étude exhaustive sur la performance des fonds d'actifs financiers non cotés commercialisés auprès de clients non-professionnels. Arrêtée au 31 décembre 2023, elle décrit un paysage nettement plus contrasté. Les taux de rendement interne médians ressortent à 2,4 % pour les FCPR fermés investissant en direct, 0,3 % pour les autres fonds d'investissement alternatifs logés en assurance-vie, moins 1,1 % pour les FCPI et moins 2,4 % pour les FIP, avantage fiscal non compris.

L'écart entre le premier et le troisième quartile atteint 5 à 7 points selon les catégories. Deux familles se détachent : les FCPR evergreen, avec une médiane de 5 %, et surtout les FCPR fermés structurés en parts de fonds professionnels, dont la médiane s'établit à 7,5 % et la moyenne pondérée à 10,6 %, deux véhicules d'une même société de gestion tirant cette moyenne vers le haut avec des rendements de 24 % et 25 %.

Le régulateur ajoute un repère utile : sur dix ans, la médiane des fonds actions français ouverts aux particuliers atteint 6,2 %, et le CAC 40 dividendes réinvestis 9,1 %. L'encours des FCPR hors FIP et FCPI est passé de 628 millions d'euros fin 2017 à 7,8 milliards fin 2023.

Deux photographies difficiles à superposer

France Invest, l'association professionnelle du capital-investissement, livre pour sa part une image plus lisse. Sa troisième étude sur l'accès des épargnants au non coté, publiée le 14 avril 2026, mesure un rendement annuel moyen de 5,4 % à fin 2025 sur 70 véhicules créés entre 2013 et 2023, nets de frais de gestion, et un rendement cumulé de 30 %. Les fonds evergreen y affichent 6 % par an, avec une faible dispersion et aucune performance négative.

Les périmètres expliquent une partie de l'écart avec l'AMF : France Invest exclut les FIP et les FCPI, écarte les fonds créés en 2024 et 2025, et s'appuie sur 33 réponses de sociétés de gestion couvrant 113 véhicules. La collecte, elle, ne faiblit pas : 3 064 millions d'euros levés en 2025, en hausse de 8 % sur un an et de 25 % pour la seule assurance-vie, pour 14,5 milliards d'euros gérés à fin 2025, dont 11,8 milliards logés dans des contrats d'assurance-vie. Les fonds evergreen concentrent 72 % des encours pour 33 fonds sur 113, et l'âge moyen du segment reste de 3 ans et 7 mois.

Les frais, variable décisive de la comparaison

L'étude de l'AMF chiffre également le coût de ces véhicules. Les frais totaux annuels médians atteignent 3,5 % pour les FIP et 3,2 % pour les FCPI. Ils se situent à 2,4 % pour les FCPR evergreen, 2,5 % pour les FCPR fermés et 2,7 % pour les autres fonds alternatifs en assurance-vie. Les fonds réservés aux clients avertis, avec un ticket minimal de 100 000 euros et un appel progressif du capital, ressortent autour de 1,7 %.

À ces frais s'ajoutent ceux de l'enveloppe. Selon les données de France Assureurs citées par le régulateur, les frais de gestion des contrats d'assurance-vie s'établissaient en 2023 à 0,82 % en moyenne, dans une fourchette de 0,70 % à 1,01 %. L'AMF précise que ses propres chiffres de frais minorent donc les prélèvements réellement supportés par un souscripteur en unités de compte. Son analyse ne fait apparaître aucun lien marqué entre le niveau des frais d'un fonds et sa performance.

Depuis avril, la liquidité obéit à des règles nouvelles

Le calendrier réglementaire pèse sur ce segment. Les priorités de supervision publiées par l'AMF pour 2026 prévoient l'accompagnement des acteurs dans la mise en œuvre, à compter d'avril 2026, des outils de gestion de la liquidité imposés par la deuxième directive sur les gestionnaires de fonds d'investissement alternatifs. Plafonnement des remboursements, allongement des délais de préavis, frais de rachat et ajustement des valeurs liquidatives : les organismes de placement collectif et les fonds alternatifs nationaux doivent désormais s'en doter.

Le même document annonce « une attention particulière [...] à l'accès et à la qualité de l'information fournie aux particuliers appelés à investir sur des instruments financiers exposant aux titres non cotés ». L'AMF programme par ailleurs des travaux sur la sélection et le suivi des participations en capital-investissement, sur la fin de vie des fonds fermés et sur la valorisation des actifs non cotés. En janvier 2025, elle rappelait déjà que les performances des fonds destinés aux particuliers ne peuvent pas être assimilées par défaut à l'historique des fonds professionnels.

Ce qu'il faut surveiller

  • La trajectoire des fonds evergreen. Ils ont porté le trimestre après un point bas fin 2025, et 123 véhicules de ce type ont été lancés dans le monde en 2025, un plus haut sur dix ans. Leur comportement une fois arrivés en régime reste à observer.
  • Le prochain point d'étape du RPEI, qui portera sur le deuxième trimestre 2026 et dira si le rebond des stratégies en fonds propres se confirme.
  • Les cessions d'activités non stratégiques par les grands groupes, susceptibles d'élargir le vivier de cibles accessibles aux fonds.
  • Les travaux de l'AMF et de la direction générale du Trésor sur la cohérence de la gamme nationale de fonds après la révision du règlement européen sur les fonds d'investissement à long terme.

Le cadre légal continue par ailleurs d'ouvrir la porte. L'article 35 de la loi du 23 octobre 2023 relative à l'industrie verte pose les bases d'une part minimale de fonds investis en actifs non cotés dans les allocations par défaut des gestions pilotées par horizon des plans d'épargne retraite. Pour l'épargnant, la question posée par les chiffres du premier trimestre porte moins sur l'opportunité d'entrer dans la classe d'actifs que sur la manière d'y entrer.

Sources

  • Ramify, Ramify Private Equity Index : analyse des performances au T1 2026, 24 août 2026
  • Gestion de Fortune, [Tribune] Non coté : quelles performances au premier trimestre 2026 ?, 27 août 2026
  • Autorité des marchés financiers, Étude de la performance des fonds d'actifs financiers non cotés commercialisés à des clients non-professionnels, janvier 2025
  • Autorité des marchés financiers, Priorités d'action et de supervision 2026, janvier 2026
  • France Invest, Étude sur l'accès des épargnants au non coté, 3e édition, 14 avril 2026
  • France Assureurs, Étude assurance-vie unités de compte 2023

Tags :

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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