BCE : une deuxième hausse de taux attendue le 10 septembre, puis un plateau
Un sondage Reuters publié le 3 septembre 2026 conclut que la BCE relèvera sa facilité de dépôt à 2,50 % lors de sa réunion des 9 et 10 septembre à Berlin, avant de s'arrêter là. L'inflation de la zone euro est remontée à 3,3 % en août, tirée par l'énergie.
Les économistes n'ont plus qu'une inconnue en tête avant la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) des 9 et 10 septembre : ce qui viendra ensuite. Un sondage Reuters publié le jeudi 3 septembre 2026 conclut que l'institution de Francfort relèvera ses taux directeurs pour la deuxième fois de l'année, avant de refermer la porte. La hausse serait donc aussi la dernière.
Le scénario n'a rien d'une surprise. Il confirme surtout que le cycle de resserrement ouvert en juin 2026 s'annonce parmi les plus courts de l'histoire monétaire européenne, et que la question du taux terminal est désormais tranchée dans l'esprit du consensus.
Où en sont exactement les taux de la BCE
Les trois taux directeurs de la BCE sont inchangés depuis le 17 juin 2026 : 2,25 % pour la facilité de dépôt, 2,40 % pour les opérations principales de refinancement et 2,65 % pour la facilité de prêt marginal. C'est ce jour là que la banque centrale a relevé son loyer de l'argent pour la première fois depuis près de trois ans, en portant la facilité de dépôt de 2,00 % à 2,25 %.
Une hausse de 25 points de base le 10 septembre porterait la facilité de dépôt à 2,50 %. Ce niveau n'a rien d'inédit : il était déjà en vigueur du 12 mars 2025 au 22 avril 2025, mais à la descente. La BCE reviendrait donc simplement sur une marche qu'elle avait franchie dans l'autre sens il y a dix huit mois. Le sommet du cycle précédent, atteint le 20 septembre 2023, était nettement plus élevé, à 4,00 %.
La réunion elle même se tient hors de Francfort. Le Conseil des gouverneurs se réunit les 9 et 10 septembre à Berlin, à l'invitation de la Deutsche Bundesbank, et la conférence de presse suit la seconde journée. Il s'agit également d'une réunion accompagnée des projections macroéconomiques des services de la banque centrale, publiées quatre fois par an, ce qui donnera au marché une lecture chiffrée de l'horizon d'inflation retenu par l'institution.
L'énergie explique la bascule
Le déclencheur de ce virage tient en un chiffre. Selon l'estimation rapide publiée par Eurostat le 1er septembre 2026, l'inflation annuelle de la zone euro atteint 3,3 % en août, contre 2,9 % en juillet. L'écart avec la cible de 2 % se creuse pour le deuxième mois consécutif.
La composition de ce chiffre nuance toutefois son message. La flambée provient très largement du poste énergie, réveillé par le conflit avec l'Iran et par la tension sur les marchés du gaz et du pétrole. Les autres composantes de l'indice avancent à un rythme bien plus modeste, et les services ralentissent même par rapport au printemps. Une banque centrale confrontée à un choc d'offre importé se trouve face à un arbitrage classique : ignorer un renchérissement qu'elle ne contrôle pas, ou agir pour empêcher qu'il ne se diffuse aux salaires et aux prix intérieurs.
La BCE a choisi le second terme de l'alternative. Elle a été la première banque centrale du G7 à répondre au choc énergétique par une hausse de taux, en juin, et elle avait alors révisé ses projections d'inflation pour 2026 et 2027.
Ce que les économistes anticipent
Le sondage du 3 septembre prolonge une trajectoire déjà nette dans les enquêtes précédentes. Lors du sondage Reuters mené du 10 au 13 août 2026, 57 économistes sur 69, soit 83 % des répondants, prévoyaient déjà une hausse d'un quart de point en septembre.
Ce même sondage d'août dessinait la suite : près de 80 % des économistes voyaient la facilité de dépôt finir l'année 2026 à 2,50 %, et 63 % la voyaient rester à ce niveau jusqu'au troisième trimestre 2027 au moins. Le consensus tablait par ailleurs sur une inflation à 3,0 % au troisième trimestre 2026 et 3,2 % au quatrième, avec un retour vers 2 % seulement au troisième trimestre 2027. La croissance de la zone euro pour 2026 avait été revue en hausse, à 0,8 % contre 0,5 % dans l'enquête de juillet.
Les arguments avancés portent moins sur l'inflation constatée que sur son risque de propagation. « Plus les prix du pétrole resteront à ces niveaux, plus le risque de voir apparaître des effets de second tour est grand », résumait George Buckley, économiste chez Nomura. Melanie Debono, de Pantheon Macroeconomics, justifiait de son côté son scénario de resserrement par la persistance du chiffre d'ensemble : « L'inflation totale restera tenace, juste au dessus de 2,5 %. C'est ce qui étaye notre prévision d'une nouvelle hausse de taux. »
La BCE avait prévenu
Le compte rendu de la réunion des 22 et 23 juillet, publié le 27 août, ne laissait guère de doute sur l'intention. Le Conseil des gouverneurs y indique que « bien que les décisions restent dépendantes des données, une nouvelle hausse des taux serait probablement nécessaire à moins que les perspectives d'inflation ne s'améliorent significativement ».
Le document prend même soin de désamorcer toute lecture accommodante de la pause de juillet. Les gouverneurs jugeaient « important de ne pas laisser entendre que la pause dans les hausses de taux décidée lors de la présente réunion signifiait que la fin du cycle de resserrement était atteinte ». La formule vaut engagement implicite pour septembre.
Le débat n'est pas entièrement clos
Plusieurs éléments plaident pour la prudence. La croissance attendue à 0,8 % en 2026 reste faible, et un resserrement supplémentaire pèse mécaniquement sur l'investissement et sur le crédit. Les stratégistes de Barclays, parmi lesquels Silvia Ardagna et Mariano Cena, avaient relevé cet été que le pic d'inflation était probablement franchi, tout en pointant des pressions résiduelles dans les indicateurs de prix de vente de l'industrie et des services.
L'économie de la zone euro ne montre toutefois pas de signes d'essoufflement du crédit. Les prêts aux entreprises ont accéléré à 4,4 % en juillet, leur rythme le plus rapide depuis plus de trois ans, ce qui affaiblit l'argument selon lequel une hausse supplémentaire étoufferait la reprise.
Les marchés, eux, ont largement intégré le mouvement. Le rendement du Bund allemand à dix ans s'établissait à 3,3555 % le jeudi 3 septembre en début d'après midi, en léger repli sur la séance, et l'OAT française à dix ans à 4,2243 %. L'euro se traitait à 1,1607 dollar. Le CAC 40 cédait 0,29 % à 8 256,57 points et le Dax allemand 0,09 % à 25 816,82 points. L'absence de tension marquée traduit un scénario déjà escompté.
Ce que cela change pour les épargnants français
Pour un détenteur de Livret A, l'équation reste défavorable à court terme. Le taux est fixé à 1,7 % par l'arrêté du 28 juillet 2026, pour la période allant du 1er août 2026 au 31 janvier 2027, alors que les prix progressent de 3,3 % sur un an. Le rendement réel de l'épargne réglementée est donc négatif d'environ 1,6 point. Le plafond de versement demeure fixé à 22 950 € pour une personne physique. La prochaine révision interviendra au 1er février 2027, et une inflation durablement élevée combinée à des taux monétaires plus fermes pousserait la formule de calcul vers le haut.
Les épargnants exposés aux fonds en euros des contrats d'assurance vie se trouvent dans la situation inverse. Ces portefeuilles, investis très majoritairement en obligations souveraines et d'entreprises, se rechargent à mesure que les rendements montent. Une OAT à dix ans au dessus de 4,2 % améliore progressivement le rendement servi sur les nouveaux versements, avec le décalage propre à la rotation lente de ces poches obligataires.
Pour les emprunteurs immobiliers, le signal est moins favorable. L'Euribor 12 mois, référence de nombreux crédits à taux variable et indicateur avancé du coût de refinancement bancaire, ressort à 3,068 %, et l'Euribor 3 mois à 2,646 %. Un taux de dépôt à 2,50 % consolide ces niveaux plutôt qu'il ne les allège.
Les échéances à surveiller
Trois rendez vous structureront les prochaines semaines. La décision et la conférence de presse du 10 septembre à Berlin, d'abord, avec les projections des services de la BCE qui diront si l'institution valide un retour à 2 % en 2027. La prochaine estimation rapide d'Eurostat, attendue le 2 octobre, ensuite, qui permettra de vérifier si la poussée reste cantonnée à l'énergie. Les réunions des 28 et 29 octobre puis des 16 et 17 décembre à Francfort, enfin, qui diront si le plateau annoncé par les économistes tient face aux données.
Le principal risque pour ce scénario ne vient pas de la BCE mais du baril. Une nouvelle jambe de hausse sur l'énergie rouvrirait le débat que le consensus considère aujourd'hui comme refermé.
Sources
- Reuters, sondage d'économistes du 3 septembre 2026
- BCE, taux d'intérêt directeurs
- BCE, calendrier des réunions du Conseil des gouverneurs
- Eurostat, estimation rapide de l'inflation d'août 2026
- Reuters, sondage du 10 au 13 août 2026
- Reuters, compte rendu de la réunion BCE de juillet
- Service Public, taux et plafond du Livret A
- Euribor Rates, taux Euribor en vigueur
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