Fed : la décision de décembre 2025 sous haute tension, un comité historiquement divisé face à l'inflation persistante
La Fed se réunit les 9-10 décembre pour sa dernière décision 2025. Probabilité de baisse à 87 %, mais des divisions historiques au FOMC depuis 30 ans compliquent le choix de Powell face à une inflation à 3 %.
Une réunion cruciale dans un contexte de division historique
Les 9 et 10 décembre 2025, le Federal Open Market Committee (FOMC) se réunit pour la dernière fois de l'année dans un climat d'incertitude rarement observé. Alors que les marchés anticipent une baisse de 25 points de base avec une probabilité de 87 % selon l'outil CME FedWatch, la réalité pourrait s'avérer plus complexe. Le président de la Fed, Jerome Powell, a lui-même prévenu : « Une réduction supplémentaire du taux directeur lors de la réunion de décembre n'est pas acquise d'avance — loin de là ».
Cette mise en garde intervient après une réunion d'octobre historique où deux gouverneurs ont voté contre la décision majoritaire, dans des directions opposées. Il s'agit de la première division de ce type depuis 1993, soit plus de 30 ans.
Les chiffres clés de la décision
Taux directeur actuel : 3,75 % - 4,00 % (après la baisse de 25 points de base d'octobre)
Probabilité de baisse en décembre : 87 % selon CME FedWatch, mais seulement 22 % selon les économistes sondés par FactSet
Inflation (IPC) : 3,0 % en septembre 2025 (contre un objectif de 2 %)
Inflation core PCE : 2,8 % en septembre 2025
Taux de chômage : 4,4 %, au plus haut depuis octobre 2021
Créations d'emplois : 119 000 en septembre, un niveau proche du « point mort »
Un comité profondément divisé
La fracture au sein du FOMC est sans précédent dans l'histoire récente. Lors de la réunion d'octobre, le vote s'est soldé par 9 voix pour et 2 contre, avec une particularité notable : les deux dissidents ont voté dans des directions opposées. Un membre souhaitait une baisse plus importante de 50 points de base, tandis que l'autre préférait maintenir les taux inchangés.
« Le président Powell fait face au comité le plus divisé de mémoire récente. »
Le camp des colombes
Les gouverneurs Christopher Waller et Michelle Bowman, traditionnellement considérés comme des faucons, ont opéré un virage significatif en 2025. Waller a notamment critiqué l'approche « attentiste » concernant les effets des tarifs douaniers, estimant qu'elle était « trop prudente » et risquait de faire « prendre du retard à la politique monétaire ». Ils sont soutenus par le triumvirat de direction composé de Powell, du vice-président Philip Jefferson et du président de la Fed de New York, John Williams.
Le camp des faucons
Les quatre présidents des banques régionales disposant d'un droit de vote en décembre — Austan Goolsbee (Chicago), Susan Collins (Boston), Alberto Musalem (Saint-Louis) et Jeff Schmid (Kansas City) — ont tous exprimé des réserves quant à une nouvelle baisse. Selon les minutes de la Fed, « plusieurs » membres ont estimé qu'aucune baisse supplémentaire n'était nécessaire avant fin 2025.
L'équation impossible : inflation contre emploi
Le FOMC se trouve face à un dilemme classique de politique monétaire, mais dans une configuration particulièrement inconfortable. D'un côté, l'inflation reste obstinément au-dessus de l'objectif de 2 % depuis près de cinq ans. De l'autre, le marché de l'emploi montre des signes de faiblesse préoccupants.
Le taux de chômage a atteint 4,4 % en septembre, son niveau le plus élevé depuis octobre 2021. Les créations d'emplois, à 119 000 postes, se situent selon Goldman Sachs à un niveau proche du « point mort ». Le nombre de chômeurs a augmenté de 219 000 personnes pour atteindre 7,6 millions.
« C'est un appel beaucoup plus serré que ce que les prix du marché suggèrent. Le comité est clairement divisé. »
Ce que prévoient les grandes banques
Malgré les incertitudes, les principales institutions financières anticipent une baisse en décembre :
Goldman Sachs maintient sa prévision d'une baisse de 25 points de base et anticipe un taux terminal de 3 % - 3,25 % après deux baisses supplémentaires en mars et juin 2026. David Mericle, économiste en chef États-Unis, estime que « la faiblesse du marché de l'emploi est réelle » et ne devrait pas changer suffisamment d'ici décembre.
JPMorgan a récemment révisé ses prévisions pour anticiper une baisse en décembre, après les déclarations de John Williams, président de la Fed de New York. L'économiste en chef Michael Feroli s'attend toutefois à ce que Powell souligne que les taux approchent du niveau « neutre » après cette baisse.
Impact sur les marchés et implications pour les investisseurs
Les marchés financiers ont largement intégré l'hypothèse d'une baisse. Le S&P 500 affiche une progression de 16,3 % depuis le début de l'année et évolue près de ses records historiques. Le rendement du bon du Trésor à 10 ans se situe autour de 4,10 %.
Historiquement, les baisses de taux soutiennent les actions sur le long terme, avec un rendement moyen du S&P 500 de 14,1 % dans les 12 mois suivant une réduction.
Implications pour la zone euro
La divergence entre la politique de la Fed et celle de la Banque centrale européenne (BCE) mérite attention. Alors que la BCE maintient son taux de dépôt à 2 % depuis trois réunions consécutives, la Fed opère à des niveaux significativement plus élevés. Cette différence de trajectoire influence le taux de change euro-dollar et les flux de capitaux internationaux.
Les épargnants français doivent surveiller l'impact potentiel sur :
Les fonds investis en actifs américains (actions, obligations)
Les produits d'épargne indexés sur les taux internationaux
Le cours des matières premières, souvent libellées en dollars
Ce qu'il faut surveiller
La décision sera annoncée le mercredi 10 décembre à 20h00 (heure de Paris), suivie de la conférence de presse de Jerome Powell à 20h30. Plusieurs éléments seront scrutés par les marchés :
Le nombre de dissidents : Goldman Sachs anticipe des dissidences « dans chaque direction », ce qui refléterait la profondeur des divisions
Le ton de Powell : Bank of America s'attend à un message « hawkish » pour contrebalancer une éventuelle baisse
Les nouvelles projections économiques : Le « dot plot » révélera les anticipations des membres pour 2026
Les perspectives pour janvier : La probabilité d'une baisse en janvier n'est que de 25 % selon le CME FedWatch
Conclusion
La réunion de décembre 2025 du FOMC s'annonce comme l'une des plus scrutées de l'histoire récente. Si une baisse de 25 points de base reste le scénario central, les divisions profondes au sein du comité et le contexte économique ambigu pourraient réserver des surprises. Pour les investisseurs, la clé réside moins dans la décision elle-même que dans les signaux envoyés pour 2026. Jerome Powell devra réaliser un exercice d'équilibriste délicat pour maintenir la crédibilité de l'institution tout en satisfaisant des camps aux visions diamétralement opposées.
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