Pétrole à 100 dollars jusqu'en décembre : la BCE devra remonter ses taux, dit Kocher
Martin Kocher, gouverneur de la banque centrale d'Autriche et membre du Conseil des gouverneurs, a prévenu le Financial Times que la BCE devra relever de nouveau ses taux si le baril reste autour de 100 dollars jusqu'en décembre. Le Brent a clôturé vendredi à 104,61 dollars.
Le gouverneur de la banque centrale d'Autriche Martin Kocher a prévenu le Financial Times que la BCE (Banque centrale européenne) devrait relever de nouveau ses taux directeurs si le pétrole se maintenait autour de 100 dollars le baril jusqu'à la fin de l'année. L'entretien, publié samedi 12 septembre 2026 sous la signature d'Olaf Storbeck, arrive deux jours après la deuxième hausse de taux décidée par l'institution en trois mois.
Un avertissement adressé au Financial Times
« Le risque d'inflation est plus élevé qu'il ne l'était il y a quelques mois », a déclaré Martin Kocher, gouverneur de l'OeNB (Oesterreichische Nationalbank, la banque centrale autrichienne) et membre du Conseil des gouverneurs. Il vise la persistance des tensions au Moyen-Orient et le niveau des prix de l'énergie. « Si les prix du pétrole et du gaz naturel évoluent davantage vers le scénario défavorable, alors la politique monétaire devrait tenir compte de ces évolutions », ajoute-t-il, en estimant que les risques inflationnistes s'accéléreraient encore.
Le gouverneur autrichien assume la limite de l'outil monétaire face à un choc d'offre. « La politique monétaire ne peut évidemment pas influencer les prix du pétrole », reconnaît-il, ce qui obligerait les Européens à « vivre avec une inflation un peu élevée à court terme ». Il fixe toutefois une borne : « cette période doit être courte », et l'inflation doit revenir au niveau visé « en un an environ ». Il résume sa position en une phrase : « Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour atteindre notre objectif d'inflation. »
Le baril évolue déjà au-dessus de l'hypothèse défavorable
Le contrat Brent de novembre, référence du pétrole en mer du Nord, a clôturé vendredi à 104,61 dollars, selon les cotations de l'Intercontinental Exchange relevées par CNBC. Le baril a gagné plus de 45 % depuis l'effondrement du cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran début juillet, d'après le Financial Times, et les prix européens du gaz ont presque doublé depuis juin, à un peu moins de 80 euros le mégawattheure.
Ce niveau dépasse déjà l'hypothèse rangée par Francfort dans sa variante la plus sombre. Pour les trois derniers mois de l'année, les services de l'institution retiennent un baril à environ 88 dollars et un gaz à 60 euros le mégawattheure dans leur trajectoire centrale. La variante défavorable table sur environ 100 dollars et 75 euros le mégawattheure. La date d'arrêté de ces hypothèses techniques remonte au 19 août 2026, avant la dernière poussée des cours.
Trois trajectoires d'inflation selon le prix de l'énergie
Les projections publiées le 10 septembre présentent un scénario central et trois variantes, construites sur les distributions de probabilité implicites des marchés d'options.
- Scénario central (baril à 88 dollars, gaz à 60 euros le MWh d'octobre à décembre) : IPCH (indice des prix à la consommation harmonisé) à 3,0 % en 2026, 2,5 % en 2027 et 2,1 % en 2028.
- Variante plus favorable (75 dollars, 50 euros le MWh) : 2,9 % en 2026, puis 1,9 % et 1,8 %, soit un passage sous la cible de 2 %.
- Variante défavorable (100 dollars, 75 euros le MWh) : 3,1 % en 2026, 3,2 % en 2027 et 2,3 % en 2028, avec une croissance ramenée à 1,1 % en 2027.
- Variante sévère (130 dollars, 130 euros le MWh) : 3,3 %, puis 5,4 % et 3,2 %, et une croissance limitée à 0,4 % en 2027.
La bifurcation entre 2,5 % et 3,2 % en 2027 commande la suite. Un dépassement du niveau visé pendant deux années consécutives, comme l'implique la variante défavorable, placerait le Conseil des gouverneurs en porte-à-faux avec son mandat de stabilité des prix.
Pourquoi la BCE ne s'engage sur aucune direction
Le Conseil des gouverneurs a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base le 10 septembre, réuni à Berlin. Le taux de facilité de dépôt, celui qui rémunère les liquidités déposées par les banques auprès de la banque centrale et qui sert de référence à la politique monétaire, passe à 2,50 %. Le taux des opérations principales de refinancement monte à 2,65 % et le taux de prêt marginal à 2,90 %, avec effet au 16 septembre 2026. Christine Lagarde a précisé que la décision avait été prise à l'unanimité.
La présidente de l'institution a écarté tout engagement sur la suite. « Nous ne prenons pas position sur la direction que nous suivrons à notre prochaine réunion », a-t-elle déclaré en conférence de presse. Elle décrit une économie plus résistante qu'anticipé et une inflation plus faible que prévu mais plus durable. Kocher se range sur la même prudence, jugeant « trop tôt pour dire quoi que ce soit » de la réunion de fin octobre, « encore moins » de celle de décembre.
Les données salariales ne valident pas encore le camp le plus restrictif. La rémunération par salarié a progressé de 3,3 % sur un an au deuxième trimestre, après 3,5 % au premier, et les coûts salariaux unitaires ont ralenti de 3,5 % à 2,6 %. L'inflation hors énergie et alimentation est retombée à 2,4 % en août, contre 2,5 % en juillet, et celle des services est passée de 3,3 % à 3,0 %. Kocher dit ne relever aucune preuve claire d'une diffusion des coûts de l'énergie aux salaires, tout en surveillant les effets de second tour, c'est-à-dire la transmission d'un choc énergétique aux salaires et aux prix hors énergie : « Nous surveillons cela de très près, en particulier les tendances des salaires et de la rémunération par salarié. »
Quel impact pour l'épargne et le crédit en France ?
L'inflation de la zone euro est ressortie à 3,3 % en août, après 2,9 % en juillet, tirée par une composante énergie à 14,3 %. Le Livret A, livret d'épargne réglementée dont le taux est fixé par l'État, rapporte 1,70 %, selon service-public.fr, un écart de plus d'un point et demi avec la hausse des prix constatée dans la zone monétaire. Son taux est révisé deux fois par an, le 1er février et le 1er août, à partir d'une formule qui associe l'inflation et les taux monétaires courts, deux composantes que la trajectoire décrite par Kocher pousserait vers le haut.
Du côté du crédit, les taux des prêts immobiliers de la zone euro sont restés stables à 3,5 % en juin et en juillet, tandis que ceux des crédits aux entreprises sont montés à 3,8 %, contre 3,6 % en mai. L'Euribor 3 mois, taux auquel les banques de la zone euro se prêtent à trois mois, s'est établi à 2,51 % en moyenne en août, contre 2,23 % en mai. Les hypothèses de marché intégrées aux projections de septembre le voient à 3,0 % en moyenne en 2027, et les rendements des emprunts d'État à dix ans à 3,8 % la même année, puis 4,0 % en 2028.
Cette configuration rémunère mieux les supports monétaires et les fonds obligataires souscrits aujourd'hui. Elle renchérit en parallèle le coût d'un emprunt à taux fixe et pèse sur la valeur de marché des obligations déjà détenues en portefeuille.
Les échéances à surveiller d'ici décembre
La BCE ne tient pas de réunion de politique monétaire en novembre. Le Conseil des gouverneurs se retrouve fin octobre, puis en décembre. Les investisseurs anticipent une nouvelle hausse d'un quart de point, à 2,75 %, d'ici la fin de l'année, puis une autre au premier semestre 2027, selon les données Reuters citées par le Financial Times.
Trois variables détermineront l'arbitrage. La première est la trajectoire du Brent et du TTF néerlandais, référence du prix de gros du gaz en Europe, sur le quatrième trimestre. La deuxième est le pic d'inflation attendu à 3,6 % entre octobre et décembre 2026 dans les projections de Francfort, avec un reflux à 2,5 % au deuxième trimestre 2027. La troisième tient aux négociations salariales, dont l'indicateur de suivi de la banque centrale anticipe une remontée à 2,7 % au premier semestre 2027.
Parmi les banques centrales du G7, seules la BCE et la Banque du Japon ont relevé leurs taux en réponse aux pressions inflationnistes nées de la guerre en Iran, relève le Financial Times. Les opérateurs ont renforcé vendredi leurs paris sur une hausse de la Réserve fédérale la semaine prochaine.
Sources
- Financial Times, « High oil prices could force ECB to raise rates further, warns top policymaker », Olaf Storbeck, 12 septembre 2026
- BCE, décisions de politique monétaire, 10 septembre 2026
- BCE, déclaration de politique monétaire et questions des journalistes, Berlin, 10 septembre 2026
- BCE, projections macroéconomiques des services de la BCE, septembre 2026
- Oesterreichische Nationalbank, page du gouverneur Martin Kocher
- Reuters, dépêche du 12 septembre 2026
- Service-public.fr, fiche Livret A
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