Pour la première fois en cinq ans, Coca-Cola a manqué les attentes de Wall Street sur son chiffre d'affaires trimestriel. Le géant d'Atlanta a publié le 10 février des résultats du quatrième trimestre 2025 en demi-teinte : si le bénéfice par action a légèrement dépassé le consensus, le chiffre d'affaires de 11,8 milliards de dollars est resté en deçà des 12,03 milliards anticipés par les analystes. L'action KO a immédiatement reculé de 4 %, sa plus forte baisse en dix mois.
Des résultats contrastés entre bénéfices et revenus
Le bénéfice par action du quatrième trimestre s'est établi à 0,53 dollar en données publiées, en hausse de 4 % sur un an. En données comparables (non GAAP), l'EPS atteint 0,58 dollar, en progression de 6 %, dépassant de 2,7 % le consensus des analystes de 0,57 dollar. Cette surperformance provient toutefois principalement de charges d'intérêts et d'impôts inférieurs aux prévisions, plutôt que d'une force opérationnelle intrinsèque.
Côté chiffre d'affaires, les revenus nets ont progressé de 2 % à 11,8 milliards de dollars, tandis que les revenus organiques ont augmenté de 5 %, portés par une hausse de 4 % des ventes de concentrés et une croissance de 1 % du mix prix/volume. Pourtant, ces chiffres organiques s'inscrivent en réalité environ 2 % en dessous du consensus de 3,9 % attendu par les analystes une fois corrigés des effets de change.
La demande en Amérique du Nord s'essouffle
Le signal le plus préoccupant concerne les volumes. Les volumes unitaires n'ont progressé que de 1 % au quatrième trimestre, marquant certes le deuxième trimestre consécutif de croissance, mais restant bien en deçà des niveaux nécessaires pour justifier les multiples de valorisation actuels. Sur l'ensemble de l'année 2025, les volumes sont restés pratiquement stables.
La demande a particulièrement fléchi en Amérique du Nord et en Europe, où les consommateurs, confrontés à l'inflation alimentaire persistante, réduisent leurs dépenses en boissons non essentielles. Le Brésil, les États-Unis et le Japon ont contribué positivement aux volumes du trimestre, mais ces poches de croissance n'ont pas suffi à compenser la faiblesse d'ensemble.
Ce ralentissement s'inscrit dans une tendance plus large qui affecte l'ensemble du secteur des boissons. Comme PepsiCo, Coca-Cola subit un double effet : des consommateurs soucieux de leurs budgets qui arbitrent contre les boissons premium, et l'impact croissant des médicaments amaigrissants de type GLP-1 (sémaglutide), qui créent un vent contraire structurel pour les boissons sucrées.
Des prévisions 2026 en deçà des attentes
Les projections pour l'exercice 2026 ont ajouté à la déception. Coca-Cola anticipe une croissance organique de 4 à 5 %, alors que Wall Street tablait sur 5,3 %. Ce chiffre représente également un ralentissement par rapport aux 5 % de croissance organique réalisés en 2025. La croissance du bénéfice par action comparable est attendue entre 7 et 8 %.
Ce guide conservateur reflète la fin d'un cycle de deux ans durant lequel les entreprises de boissons ont pu compenser la faiblesse des volumes par des hausses de prix successives. En 2026, le « plafond de prix » semble atteint : les consommateurs résistent aux augmentations supplémentaires, forçant l'industrie à pivoter vers une stratégie de croissance tirée par les volumes, un défi bien plus exigeant.
Les analystes restent prudemment optimistes
Malgré la déception, les réactions des analystes sont mesurées. Morgan Stanley a maintenu sa recommandation « Surpondérer » avec un objectif de cours de 81 dollars, soulignant que la capacité de Coca-Cola à dépasser les attentes de bénéfices malgré un chiffre d'affaires décevant témoigne de la discipline de gestion du groupe.
Les analystes de StockStory notent cependant que la première déception sur les revenus en cinq ans mérite attention, surtout dans un contexte où le titre affichait un parcours boursier solide ces dernières années. La question clé est de savoir si cette faiblesse est conjoncturelle ou si elle marque un point d'inflexion structurel pour un secteur confronté à des changements profonds dans les habitudes de consommation.
Leçons pour les investisseurs européens
Pour les épargnants et investisseurs français, ces résultats offrent plusieurs enseignements. D'abord, même les valeurs considérées comme des « forteresses défensives » ne sont pas à l'abri de déceptions dans un environnement de consommation sous pression. Ensuite, l'impact des médicaments GLP-1 sur les comportements alimentaires constitue une thématique d'investissement à part entière, qui pourrait remodeler durablement les portefeuilles orientés biens de consommation.
Enfin, les effets de change défavorables soulignés par Coca-Cola rappellent l'importance du dollar dans la lecture des résultats des multinationales américaines. Avec un dollar qui reste volatil, les entreprises à forte exposition internationale comme Coca-Cola verront leurs résultats publiés continuer de diverger de leur performance opérationnelle réelle.