Airbus accélère : 81 avions livrés en mai et 379 commandes rapprochent l'objectif de 870
Airbus a livré 81 appareils en mai, soit 59 % de plus qu'un an plus tôt, et enregistré 379 commandes brutes. La levée du blocage chinois et la montée en cadence rapprochent l'avionneur de son objectif annuel de 870 livraisons, malgré la pénurie de moteurs.

Airbus a livré 81 avions commerciaux en mai 2026, son meilleur mois de l'année, contre 67 en avril et 51 sur la même période de 2025. Cette progression de 59 % sur un an, publiée le 5 juin par l'avionneur européen, porte le total à 262 appareils sur les cinq premiers mois de l'exercice. L'action a gagné 0,4 % à 177,66 euros à la Bourse de Paris, l'une des rares hausses d'une séance dominée par le repli des marchés après le rapport sur l'emploi américain.
La cadence retrouvée s'accompagne d'une moisson commerciale spectaculaire. Le groupe a engrangé 379 commandes brutes en mai, portant le cumul annuel à 815 commandes brutes et 762 nettes une fois retranchées les annulations. Pour les investisseurs et les épargnants exposés au titre via les fonds indiciels ou l'assurance vie en unités de compte, la question centrale demeure : cette accélération suffira-t-elle à tenir un objectif annuel particulièrement ambitieux ?
La fin du bras de fer avec Pékin débloque les livraisons
Le bond de mai s'explique en grande partie par la résolution d'un blocage administratif avec la Chine. Pékin avait retardé la réception d'une vingtaine d'appareils, un levier de pression sur les régulateurs européens dans le dossier de certification du C919, l'avion moyen-courrier de l'avionneur d'État Comac. L'Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne (AESA) a confirmé que la validation du C919 progressait « avec la pleine coopération » des autorités chinoises.
Le déblocage de ces avions stockés a mécaniquement gonflé le chiffre mensuel. Rob Morris, analyste basé au Royaume-Uni, estime qu'Airbus « doit maintenir une dynamique forte dans les prochains mois pour rester sur la bonne trajectoire » et progresse dans l'écoulement de son inventaire immobilisé. La prudence reste donc de mise : un mois exceptionnel ne vaut pas tendance confirmée.
Des commandes records sur les familles A320 et A220
Côté carnet, plusieurs jalons ont été franchis. La famille A320 a dépassé les 20 000 commandes cumulées depuis le lancement du programme, tandis que l'A220 a franchi le cap des 1 000 unités. AirAsia a signé pour 150 A220-300, un record pour cette famille, et China Southern Airlines a formalisé une centaine d'A320neo et A321neo. Cathay Cargo et Air China Cargo ont par ailleurs renforcé leurs engagements sur l'A350F, version cargo du long-courrier.
Ces volumes nourrissent un carnet de commandes déjà colossal : environ 8 971 appareils fin avril, dont près de 7 350 pour la seule famille A320neo. À la cadence de production visée, cette réserve représente près de dix ans d'activité, un coussin de visibilité rare dans l'industrie et un argument de poids pour la valorisation du titre.
L'objectif de 870 livraisons reste suspendu aux moteurs
Airbus maintient sa cible de 870 livraisons pour 2026, un niveau qui dépasserait le précédent record de 863 appareils établi en 2019 et marquerait une hausse d'environ 10 % par rapport aux 793 unités de 2025. Atteindre ce chiffre suppose un rythme soutenu sur les sept mois restants, avec une montée en puissance traditionnellement concentrée au second semestre.
Le principal frein n'est pas la demande mais la chaîne d'approvisionnement, et singulièrement les moteurs. Le directeur général Guillaume Faury qualifie d'« insatisfaisante » la situation chez Pratt & Whitney, dont les livraisons de réacteurs pour la famille A320neo restent inférieures aux besoins. L'avionneur entend faire valoir ses droits contractuels, un différend qui « se transforme en bataille juridique » faute de résolution amiable. CFM, l'autre motoriste, n'est pas en mesure de fournir davantage que ce qui était déjà engagé. À ces tensions s'ajoutent les retards d'une ancienne usine Spirit AeroSystems aux États-Unis, fournisseur de tronçons pour l'A350.
« La situation reste insatisfaisante. Nous voulons faire respecter nos droits contractuels, ce qui se transforme en bataille juridique si nous ne parvenons pas à régler la question à l'amiable. »
Guillaume Faury, directeur général d'Airbus, à propos des livraisons de moteurs.
Une avance fragile face à un Boeing requinqué
La rivalité avec Boeing s'est resserrée. Sur les quatre premiers mois de l'année, l'américain avait livré 190 appareils contre 181 pour Airbus, reprenant l'avantage sur le terrain des livraisons pour la première fois depuis la crise du 737 MAX. Airbus conserve en revanche la primauté commerciale, avec 436 commandes brutes contre 297 pour son concurrent sur la même période. Boeing dispose lui aussi d'un carnet massif, supérieur à 6 100 appareils, valorisé à un montant record.
Cette photographie illustre une industrie où la demande structurelle, portée par le renouvellement des flottes et la croissance du trafic en Asie, excède de loin la capacité de production des deux acteurs. La bataille se joue désormais sur l'exécution industrielle plus que sur la conquête de clients.
Ce que cela change pour les investisseurs
Pour l'épargnant français, Airbus pèse parmi les premières capitalisations du CAC 40 et figure dans la plupart des fonds actions européennes et des contrats d'assurance vie en unités de compte. La visibilité offerte par le carnet de commandes constitue un atout défensif, mais la dépendance aux fournisseurs de moteurs introduit une volatilité que les résultats trimestriels ont déjà sanctionnée : le bénéfice du premier trimestre avait reculé sous l'effet des goulets d'étranglement.
Trois indicateurs méritent une surveillance dans les mois qui viennent : le rythme mensuel de livraisons nécessaire pour converger vers 870, soit plus d'une centaine d'unités certains mois ; l'évolution du contentieux avec Pratt & Whitney, susceptible d'affecter la trésorerie ou le calendrier ; et la trajectoire de la cadence A320, qu'Airbus n'espère plus stabiliser à 75 appareils par mois avant 2027. La capacité du groupe à transformer un carnet historique en avions livrés reste le véritable juge de paix.
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