Nickel brésilien : Bruxelles notifie ses griefs à MMG sur le rachat des actifs d'Anglo American
La Commission européenne a notifié le 16 septembre ses griefs à MMG sur le rachat du nickel brésilien d'Anglo American. Bruxelles redoute un détournement du ferronickel bas carbone vers les aciéristes chinois. Décision attendue au 30 novembre, contrat expirant le 31 octobre.
La Commission européenne a adressé le 16 septembre 2026 une communication des griefs à MMG Limited, le groupe minier coté à Hong Kong qui tente depuis février 2025 de racheter la branche nickel brésilienne d'Anglo American. Bruxelles estime, à titre préliminaire, que l'opération pourrait restreindre la concurrence sur le marché du ferronickel à faible teneur en carbone, un matériau d'alliage essentiel à la production d'acier inoxydable.
Le dossier porte la référence M.11944. Il a été notifié à la Commission le 16 septembre 2025 et fait l'objet d'une enquête approfondie ouverte le 4 novembre 2025. L'exécutif européen dispose désormais jusqu'au 30 novembre 2026 pour rendre sa décision finale.
Ce que Bruxelles reproche au repreneur
L'argumentaire de la Commission repose sur une chaîne de contrôle capitalistique. MMG est contrôlée par China Minmetals Corporation, placée à son tour sous l'autorité de la SASAC, la commission chinoise de supervision et d'administration des actifs publics. Or la SASAC contrôle également plusieurs producteurs d'acier inoxydable.
« La Commission craint qu'après l'opération, MMG ne détourne l'offre de ferronickel à faible teneur en carbone de l'entreprise cible vers ses producteurs d'acier inoxydable affiliés (contrôlés par la SASAC) et ne l'éloigne des producteurs européens », écrit l'institution dans son communiqué.
L'enquête approfondie a produit deux constats préliminaires. Le marché du ferronickel à faible teneur en carbone est fortement concentré et l'entreprise cible y détient un pouvoir de marché substantiel. Les sources d'approvisionnement alternatives pour les clients européens restent limitées. Réunis, ces deux éléments pourraient peser sur le prix du ferronickel dans l'Espace économique européen et sur la résilience des aciéristes du continent.
Une communication des griefs ne préjuge pas de l'issue de l'enquête. MMG peut désormais répondre par écrit, consulter le dossier de la Commission et demander une audition orale.
Des actifs modestes en valeur, sensibles en volume
Le montant en jeu reste limité au regard des standards du secteur minier. Anglo American a annoncé le 18 février 2025 la cession de sa branche nickel à MMG Singapore Resources pour une contrepartie en numéraire pouvant atteindre 500 millions de dollars. Ce total se décompose en 350 millions versés à la réalisation, jusqu'à 100 millions au titre d'un complément de prix indexé sur le cours du nickel, et 50 millions conditionnés aux décisions finales d'investissement sur les projets de développement.
Le périmètre comprend deux sites en production, Barro Alto dans l'État de Goiás et les installations de Codemin, ainsi que deux projets encore inexploités, Jacaré et Morro Sem Boné. L'ensemble a produit 39 400 tonnes de nickel en 2024. Barro Alto est, selon le vendeur, la seule mine de nickel au monde certifiée par l'Initiative for Responsible Mining Assurance, au niveau IRMA 75 obtenu en 2024. Cette certification nourrit l'étiquette « faible teneur en carbone » sur laquelle repose tout le raisonnement de Bruxelles.
Le calendrier est devenu le principal risque
Un écart de dates menace aujourd'hui l'opération plus sûrement que le fond du dossier. Dans une annonce déposée à la Bourse de Hong Kong le 3 juillet 2026, MMG indiquait que la date butoir du contrat de cession avait été repoussée du 30 juin 2026 au 31 octobre 2026. Passé ce terme, chacune des deux parties peut décider de mettre fin à l'accord. La Commission, elle, a jusqu'au 30 novembre. Une trentaine de jours sépare donc le moment où l'acquéreur et le vendeur récupèrent leur liberté de celui où Bruxelles doit trancher.
Le même document rappelle que toutes les autres conditions suspensives ont été satisfaites, y compris les autorisations de concurrence dans les autres juridictions et les formalités auprès de la NDRC et du MOFCOM chinois. Le seul verrou restant est européen. La cession devait initialement être bouclée au troisième trimestre 2025.
MMG mise sur des engagements de fourniture
Quelques heures avant l'envoi de la communication des griefs, un dirigeant du groupe détaillait sa stratégie à l'agence Reuters. Troy Hey, directeur exécutif des relations d'entreprise, résumait ainsi la position de MMG : « Nous voulons passer le cap de la Commission européenne en faisant tout ce que nous pouvons pour soutenir ce marché, tout en conservant au Brésil une activité dans laquelle nous pouvons investir et que nous pouvons développer. » Il ajoutait que le groupe avait ouvert un bureau en Europe et se disait prêt à « s'engager sur tout ce qui placerait les clients européens dans une situation aussi bonne, voire meilleure, que celle qu'ils connaissaient avec Anglo ».
MMG propose des engagements de fourniture de long terme aux clients européens plutôt qu'une cession partielle des actifs. La Commission range ce type de solution parmi les remèdes comportementaux, alors qu'elle privilégie les remèdes structurels. Lors de la première phase de l'examen, les engagements déposés juste avant la date limite avaient déjà été jugés insuffisamment clairs, au motif qu'ils étaient purement comportementaux et n'entraînaient aucune modification structurelle de l'activité. Ces propositions n'avaient alors pas été soumises au test de marché.
Le dirigeant défend ce choix en invoquant la capacité d'investissement du groupe : « Si abandonner une participation minoritaire signifie que nous avons les mains liées pour avancer rapidement sur le développement des projets et le réinvestissement, alors nous n'avons rendu service ni au Brésil ni à l'activité », expliquait Troy Hey à Reuters.
MMG est détenue à 67 % par China Minmetals, le solde du capital revenant à des investisseurs parmi lesquels BlackRock et Vanguard. Le groupe, dont le siège est à Melbourne, exploite des actifs en Australie, au Botswana, en République démocratique du Congo et au Pérou. Sa gouvernance a évolué depuis la signature : Zhao Jing Ivo occupe le poste de directeur général, tandis que Cao Liang, qui avait salué l'acquisition en février 2025, préside le conseil d'administration.
Marchés : une annonce tombée après la clôture
Le communiqué de Bruxelles a été diffusé une fois les places concernées fermées. Anglo American a terminé la séance du 16 septembre à 3 913 pence, en hausse de 1,29 %, pour une capitalisation de 41,4 milliards de livres. MMG a clôturé à Hong Kong à 8,64 dollars de Hong Kong, en progression de 2,43 %. Aucun de ces mouvements n'intègre la décision de la Commission.
Le contexte de prix ne facilite pas la tâche du vendeur. Le nickel s'échangeait autour de 16 150 dollars la tonne le 16 septembre 2026, proche de son plus bas niveau depuis juillet. À ce cours, le métal ressort à environ 7,33 dollars la livre, un niveau légèrement supérieur au seuil de 7,1 dollars la livre qui déclenche le complément de prix de 100 millions prévu au contrat. Ce seuil porte sur un prix réalisé qui intègre les décotes habituelles du ferronickel. La part variable des 500 millions annoncés paraît donc, à ce stade du cycle, difficile à activer.
Pour Anglo American, un dossier parmi d'autres
L'enjeu dépasse les 500 millions pour le groupe britannique, engagé dans une simplification profonde de son portefeuille. Duncan Wanblad, son directeur général, chiffrait en février 2025 à 5,3 milliards de dollars le produit brut cumulé attendu des cessions du charbon sidérurgique et du nickel. Le producteur avait par ailleurs indiqué en 2024 que les actifs brésiliens pourraient être mis sous cocon faute de repreneur crédible, ce qui pèse sur son rapport de force en cas d'échec. En parallèle, Anglo American prépare sa fusion entre égaux avec le canadien Teck Resources, annoncée le 9 septembre 2025, qui doit donner naissance à Anglo Teck plc, détenue à environ 62,4 % par les actionnaires d'Anglo American.
Le dossier illustre aussi une inflexion de la doctrine européenne. La Commission examine une opération dont les actifs se situent entièrement au Brésil, entre un vendeur britannique et un acquéreur australien coté en Asie. Son point d'entrée est l'accès des industriels européens à une matière première, et non la part de marché des parties en Europe.
Ce qu'il faut surveiller
- 31 octobre 2026 : date butoir du contrat. Chaque partie peut alors se retirer, ou consentir une nouvelle prolongation.
- 30 novembre 2026 : échéance de la décision de la Commission européenne.
- La réponse écrite de MMG à la communication des griefs et une éventuelle demande d'audition orale.
- Le dépôt de remèdes révisés et, surtout, leur nature. Un engagement structurel modifierait la physionomie du dossier.
- Le cours du nickel, qui commande la part variable du prix et la valeur résiduelle des actifs si la cession échoue.
Pour l'épargnant français exposé aux grandes minières via un compte titres ou un fonds diversifié, l'épisode rappelle que la valeur d'un actif coté se joue parfois moins sur le cours des métaux que sur le calendrier d'une autorité de concurrence. Les prochaines semaines diront si MMG parvient à convertir ses promesses de fourniture en engagement acceptable pour Bruxelles.
Sources
- Commission européenne, communiqué IP/26/1877, « La Commission envoie une communication des griefs », 16 septembre 2026.
- Commission européenne, communiqué IP/25/2566, ouverture de l'enquête approfondie, 4 novembre 2025.
- Anglo American plc, « Anglo American agrees sale of nickel business for up to $500 million », 18 février 2025.
- MMG Limited, annonce volontaire déposée à la Bourse de Hong Kong, 3 juillet 2026.
- Reuters, « MMG banks on supply deals to get Anglo nickel deal through », 16 septembre 2026.
- Anglo American plc et Teck Resources, annonce de fusion entre égaux, 9 septembre 2025.