Section 232 : les nouveaux tarifs sur l'acier, l'aluminium et le cuivre entrent en vigueur ce 6 avril
Les États-Unis appliquent dès aujourd'hui une refonte majeure des droits de douane Section 232 sur les métaux. La nouvelle méthode de calcul sur la pleine valeur douanière bouleverse les coûts pour les importateurs et redistribue les cartes du commerce transatlantique.

Une refonte structurelle des droits de douane sur les métaux
Ce lundi 6 avril 2026, à 0h01 heure de la côte Est américaine, une transformation profonde du régime tarifaire américain sur les métaux entre en application. La proclamation présidentielle signée le 2 avril par Donald Trump restructure intégralement le dispositif Section 232 applicable à l'acier, à l'aluminium et au cuivre, en substituant à l'ancienne méthode fondée sur la teneur en métal un nouveau calcul fondé sur la pleine valeur douanière du produit importé.
Ce changement méthodologique constitue, selon les analystes du cabinet juridique Liang & Mooney, « l'une des refontes les plus significatives du régime Section 232 depuis son instauration en 2018 ». Pour les importateurs, les industriels en aval et les partenaires commerciaux des États-Unis, les conséquences sont immédiates et considérables.
Cinq niveaux de taxation pour un système à géométrie variable
La nouvelle architecture tarifaire repose sur cinq paliers distincts, définis selon la composition métallique et l'origine des produits.
- 50 % sur la pleine valeur : articles composés en totalité ou quasi totalité d'acier, d'aluminium ou de cuivre (bobines d'acier, tôles d'aluminium, barres de cuivre).
- 25 % sur la pleine valeur : articles dérivés substantiellement composés de ces métaux (raccords de tuyauterie, composants structurels).
- 15 % transitoire (jusqu'à fin 2027) : équipements industriels et de réseau électrique à forte intensité métallique (transformateurs, appareillage de commutation).
- 10 % : produits fabriqués à l'étranger exclusivement à partir de métaux d'origine américaine.
- 0 % (exemption) : produits dont la teneur en acier, aluminium ou cuivre représente 15 % ou moins de la valeur.
La Russie conserve un régime spécifique avec des droits de 200 % sur l'ensemble des articles en aluminium et leurs dérivés. Le Royaume-Uni bénéficie de taux réduits de 25 % et 15 % dans le cadre de négociations commerciales bilatérales.
Pourquoi le passage à la pleine valeur change tout
L'ancien système appliquait les droits uniquement sur la valeur déclarée du contenu métallique au sein du produit fini. Un appareil électroménager contenant 30 % d'acier ne se voyait taxer que sur cette fraction. Désormais, le droit de 25 % s'applique à la totalité de la valeur douanière du produit. Pour les importateurs de produits dérivés à faible teneur métallique mais supérieure au seuil de 15 %, l'exposition aux droits augmente de manière « matérielle », selon l'analyse du National Law Review.
Un distributeur canadien, cité par Eurometal, avertit que cette nouvelle méthode pourrait « décimer la fabrication canadienne », les droits pouvant augmenter « de multiples considérables » sur les articles finis couvrant plus de 400 codes tarifaires dérivés.
L'industrie américaine entre soutien et inquiétudes
Du côté des producteurs nationaux, l'accueil est favorable. Kevin Dempsey, président de l'American Iron and Steel Institute (AISI), salue des « mesures qui garantiront le fonctionnement efficace et efficient du programme tarifaire sur l'acier ». Phil Bell, président de la Steel Manufacturers Association, approuve le « redimensionnement de la liste des produits dérivés ». Jesse Gary, directeur général de Century Aluminum, affirme que son entreprise a « accru la production américaine d'aluminium de 10 % » depuis le renforcement des tarifs et s'engage à doubler cette capacité.
La Maison-Blanche met en avant des résultats tangibles : les États-Unis se classent au troisième rang mondial de la production d'acier en 2025, plus de 4 millions de tonnes de nouvelles capacités de production sont attendues d'ici deux ans, et de nouvelles installations ont été annoncées en Virginie-Occidentale, en Arkansas et en Caroline du Sud. La coentreprise entre Century Aluminum et Emirates Global Aluminium construira la première fonderie d'aluminium américaine depuis plusieurs décennies, en Oklahoma.
Le revers de la médaille pour les utilisateurs de métaux
Les données historiques invitent toutefois à la prudence. Selon une étude citée par Coface, les tarifs de 2018 ont certes créé environ 1 000 emplois dans la sidérurgie américaine, mais l'augmentation des coûts des intrants a entraîné la perte de 75 000 emplois dans le secteur manufacturier en aval. Au premier semestre 2025, les primes sur l'aluminium Midwest ont bondi de 65 % et celles sur l'acier de 20 %, selon les indices de référence du marché.
Le Yale Budget Lab estime que l'ensemble des mesures tarifaires de l'administration Trump représente « la plus forte hausse d'impôts en pourcentage du PIB depuis 1993 », avec un coût moyen de 1 500 dollars par ménage américain en 2026. Le taux de droit effectif moyen pondéré par les échanges atteint 9,6 % après ajustement des substitutions.
L'Europe entre mesures de rétorsion suspendues et négociations
Pour l'Union européenne, la situation reste complexe. Les droits Section 232 de 50 % sur l'acier et l'aluminium s'appliquent aux exportations européennes depuis mars 2025, complétés par les 50 % sur le cuivre depuis août 2025. En parallèle, un accord cadre conclu le 27 juillet 2025 entre Washington et Bruxelles a permis d'obtenir des exemptions sur certaines catégories : ressources naturelles indisponibles, équipements aéronautiques, médicaments génériques et précurseurs chimiques.
L'UE a préparé des contre-mesures d'envergure : des droits pouvant atteindre 30 % sur 93 milliards d'euros d'importations américaines et une interdiction d'exportation des ferrailles d'acier et d'aluminium américaines (d'une valeur commerciale de 94 millions d'euros). Ces mesures restent cependant suspendues jusqu'au 6 août 2026, conformément au règlement d'exécution du 4 février 2026, le temps que les négociations progressent.
Les entreprises françaises en première ligne
La Direction générale du Trésor français a mis en place un dispositif d'accompagnement pour les entreprises touchées, joignable à l'adresse mesures-commerciales-etats-unis@dgtresor.gouv.fr. La situation est d'autant plus tendue que l'USTR a ouvert, le 11 mars 2026, deux nouvelles enquêtes au titre de l'article 301 : l'une sur les surcapacités industrielles mondiales, l'autre sur le travail forcé dans les chaînes d'approvisionnement. L'Union européenne est visée par ces deux procédures.
Pour les exportateurs français d'acier, d'aluminium et de cuivre vers les États-Unis, les nouvelles règles imposent des obligations documentaires renforcées : déclaration des pays de fusion et de coulée (pour l'acier), des pays de fonte et de moulage (pour l'aluminium), justification de l'origine américaine des métaux pour bénéficier du taux réduit de 10 %, et déclaration du poids métallique agrégé en kilogrammes pour les articles à faible teneur.
Un contexte géopolitique qui amplifie les tensions commerciales
Ces mesures tarifaires interviennent dans un contexte géopolitique particulièrement chargé. Le conflit irano-américain et la fermeture du détroit d'Ormuz ont déjà provoqué une flambée des prix de l'énergie et des matières premières, aggravant la pression sur les coûts de production industrielle. Les cours du pétrole WTI se négocient à 110,72 dollars le baril ce lundi, tandis que les discussions autour d'un cessez-le-feu de 45 jours maintiennent les marchés dans l'incertitude.
Par ailleurs, la décision de la Cour suprême du 20 février 2026 ayant annulé les droits IEEPA a contraint l'administration à recentrer sa politique commerciale sur les fondements juridiques sectoriels comme la Section 232, ce qui explique en partie l'ampleur de la refonte annoncée.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochaines semaines
Plusieurs échéances détermineront l'évolution de ce dossier. L'expiration de la suspension des contre-mesures européennes, prévue le 6 août 2026, constitue un point de bascule majeur : sans avancée dans les négociations, l'UE pourrait activer 93 milliards d'euros de représailles commerciales. La visite prévue de Donald Trump en Chine en avril pourrait également redéfinir les équilibres commerciaux mondiaux.
Pour les épargnants et investisseurs français, ces tensions tarifaires affectent directement la compétitivité des entreprises exportatrices cotées au CAC 40, notamment dans les secteurs de la métallurgie, de l'automobile et de l'aéronautique. La volatilité accrue des prix des métaux pèse également sur les performances des fonds sectoriels et des matières premières.
« Ces mesures garantiront le fonctionnement efficace et efficient du programme tarifaire sur l'acier. »
Kevin Dempsey, président de l'American Iron and Steel Institute (AISI)
« Le passage à la pleine valeur douanière pourrait décimer la fabrication canadienne, avec des droits augmentant de multiples considérables sur les articles finis. »
Distributeur canadien, cité par Eurometal