Analyse des marchés

Charter de yachts : jusqu'à 20 % de remise en Méditerranée en pleine saison

Burgess affiche des rabais allant jusqu'à 20 % sur ses yachts en location en Méditerranée, au cœur du mois d'août. Les courtiers évaluent le recul de la saison entre 20 et 30 % sur un an, alors que la flotte disponible continue de croître de plus de 6 % par an.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite d'une coque de superyacht stylisée sur une mer méditerranéenne en dégradé bleu et vert, évoquant un marché de la location sous pression tarifaire

Le tableau des offres spéciales publié par Burgess, l'un des trois grands courtiers mondiaux de superyachts, affichait ce 22 août une succession de rabais rarement observée au milieu de la haute saison méditerranéenne. Le Titania, une unité de 73 mètres proposée en Croatie et à Corfou du 16 au 30 août, passe de 760 000 à 608 000 euros la semaine, soit une remise de 20 %. Le North Star, 63,1 mètres, descend de 430 000 à 375 000 euros la semaine pour toute location démarrant à partir du 20 août. Le Star, 44,2 mètres, recule de 170 000 à 150 000 euros en août, puis de 150 000 à 125 000 euros en septembre. Le Maestro, 40,5 mètres, cède 25 500 euros par semaine à partir du 13 septembre, et le Va Bene, 47,5 mètres, applique 12,5 % de baisse sur son tarif de 140 000 euros.

Le mouvement dépasse le catalogue d'un seul courtier. Entre le 17 et le 20 août, la plateforme YachtCharterFleet a relayé trois annonces du même ordre : le Irama, 42 mètres construit par Concept Marine et basé dans le sud de la France, retire 20 % de ses tarifs hebdomadaires restants pour août et septembre ; le Nigora, un Sunseeker de 28,07 mètres, consent 10 % sur ses semaines de septembre en Italie ; le Raja², 15 % sur septembre en Croatie. Ces gestes commerciaux touchent des segments de taille très différents, du yacht de 28 mètres au navire de 73 mètres.

Une saison méditerranéenne en recul de 20 à 30 %

L'ampleur du décrochage a été chiffrée le 22 juillet par CNBC, sous la plume de Robert Frank : les locations estivales en Méditerranée reculent de 20 à 30 % sur un an, selon les courtiers interrogés. Jonathan Beckett, directeur général de Burgess, situe la rupture au déclenchement du conflit iranien. «En décembre, janvier et février, le marché était en feu», explique-t-il, avant d'ajouter que «la guerre a commencé». Il estime que la saison méditerranéenne pourrait terminer en repli de 30 %.

La clientèle américaine, historiquement décisive sur les grandes unités, a modifié ses habitudes. Là où une location se réservait plusieurs mois, voire un an à l'avance, les délais se sont effondrés. «Des clients réservent un grand yacht le lundi pour des vacances qui commencent le vendredi», observe Anders Kurtén, directeur général de Fraser Yachts. Kevin Merrigan, du courtier Northrop & Johnson, décrit un marché à deux vitesses : «Il y a beaucoup de locations de dernière minute cette année, et de bonnes affaires à faire», mais ceux qui attendent trop découvrent parfois que le navire vient d'être loué. Le Club M, une unité de 130 pieds, avait ainsi été proposé à 210 000 euros pour la troisième semaine de juillet, contre 250 000 euros au tarif habituel.

Toutes les tailles ne subissent pas la même pression. Jonathan Beckett souligne que la demande reste la plus solide sur les navires de plus de 70 mètres, segment où l'offre disponible demeure rare. Il indique également que les réservations de septembre progressent sur un an, les clients repoussant leurs vacances vers la fin de l'été en espérant un apaisement de la situation régionale.

Des réservations plus tardives, des départs plus nombreux

Les statistiques trimestrielles nuancent le tableau. Dans son rapport publié le 16 juillet, Northrop & Johnson recense 3 390 réservations au deuxième trimestre 2026, contre 3 589 un an plus tôt, soit un repli de 5,5 %. Les départs effectifs, eux, ont bondi de 40,1 %, à 2 884 contre 2 059. La Méditerranée concentre 81,1 % des départs du trimestre, et 36,7 % des réservations portent sur le mois en cours ou le mois suivant.

Le courtier IYC, dans son point de mi-année, évalue les réservations de l'été 2026 à environ 70 % du volume enregistré sur l'ensemble de l'été 2025. La Méditerranée orientale capte 45 % des réservations estivales, avec la Grèce à 28 % de part de marché, devant la Méditerranée occidentale à 39 % et la Croatie à 13 %. L'hiver précédent avait pourtant progressé d'environ 10 %, porté par les Caraïbes. Le secteur avait généré près de 2,2 milliards de dollars de revenus de location et plus de 15 800 semaines réservées sur l'exercice précédent.

L'offre continue de croître

Face à cette demande hésitante, la flotte disponible s'étoffe sans interruption. IYC recense plus de 2 300 unités de plus de 20 mètres proposées à la location, avec une croissance moyenne proche de 6,5 % par an. Sur le périmètre des navires de plus de 24 mètres, l'expansion avait atteint 7,4 % en 2025. Le carnet de commandes mondial arrêté au 1er juillet 2026 comptait 936 navires en construction, dont 519 dans les chantiers italiens, et prévoyait 466 livraisons sur l'année, contre 411 en 2025.

Les constructeurs commencent à en ressentir les effets. Ferretti a publié le 3 août des comptes semestriels marqués par un chiffre d'affaires de 585,6 millions d'euros, en baisse de 5,6 %, et des prises de commandes en chute de 26,9 %, à 341,4 millions. Le groupe italien n'a enregistré aucune commande de superyacht sur le semestre, contre 64,9 millions d'euros un an plus tôt. Son carnet net recule de 25,7 %, à 564,9 millions d'euros, et l'objectif annuel de chiffre d'affaires a été ramené dans une fourchette de 1,20 à 1,24 milliard d'euros. La marge, elle, tient : l'excédent brut d'exploitation ajusté atteint 92,5 millions d'euros, soit 15,8 % du chiffre d'affaires. «Notre défi est aujourd'hui d'abord commercial avant d'être financier», résume Stassi Anastassov, directeur général du groupe.

Le modèle économique du charter mis à l'épreuve

Pour un propriétaire qui exploite son navire, l'équation se joue sur trois lignes. Les coûts d'exploitation annuels représentent selon les référentiels professionnels 10 à 15 % de la valeur du navire, soit 2 à 3 millions d'euros par an pour une unité de 20 millions, l'équipage constituant le premier poste devant l'entretien, l'assurance et les places de port. Les commissions absorbent ensuite environ 20 % du prix de la location, partagés entre l'agent central et le courtier qui apporte le client. La taxe sur la valeur ajoutée s'applique enfin au port de départ : 20 % en France et à Monaco, 22 % en Italie, 21 % en Espagne, 24 % en Grèce et 13 % en Croatie.

Une remise de 55 000 euros par semaine, comme celle consentie sur le North Star, représente 550 000 euros sur dix semaines de saison. Le guide de France Épargne consacré au yacht exploité en charter situe le rendement visé entre 10 et 20 % par an pour un programme bien conduit, tout en rappelant que 90 à 95 % des navires mis en location ne dégagent aucun bénéfice net. La saison 2026 illustre la sensibilité de cette arithmétique au taux de remplissage : la location sert avant tout à amortir des charges fixes qui, elles, ne varient pas avec le carnet de réservations.

Le paramètre fiscal français

La France applique aux navires de plaisance de plus de 30 mètres un barème spécifique au sein de la taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel, allant de 30 000 à 200 000 euros sans abattement. L'article L. 423-25 du code des impositions sur les biens et services ne vise toutefois pas les navires de plus de 30 mètres qui embarquent des équipages professionnels et transportent des passagers dans le cadre d'une activité commerciale. Une réponse ministérielle publiée le 27 mai 2025 chiffre l'effet de cette délimitation : huit navires seulement ont été assujettis depuis 2022, pour un rendement de 60 000 euros en 2022, 135 000 euros en 2023 et 60 000 euros en 2024.

Cette exclusion explique pourquoi la mise en location commerciale reste le principal levier d'optimisation revendiqué par les montages patrimoniaux, aux côtés de la récupération de la taxe sur la valeur ajoutée à l'acquisition et de la déduction des charges d'exploitation. Sa solidité dépend du caractère réel et substantiel de l'exploitation, ce que les administrations fiscales européennes vérifient avec une attention croissante, notamment sur la proportion entre usage commercial et usage privé du propriétaire.

Ce qu'il faut surveiller

Trois échéances rapprochées vont livrer un verdict sur la nature du repli. Le Cannes Yachting Festival se tient du 8 au 13 septembre 2026, avec près de 700 bateaux de 5 à 50 mètres attendus. Le Monaco Yacht Show suit du 23 au 26 septembre, avec environ 120 superyachts, dont 43 livrés au cours de l'année ; 38 des exposants confirmés y sont représentés par des sociétés de courtage et de location plutôt que par leurs chantiers constructeurs, un indicateur du poids pris par le marché de seconde main et de la location.

La progression annoncée des réservations de septembre constituera le premier test de la thèse du simple décalage calendaire. Si elle se confirme, le recul estival relèvera d'un report de calendrier lié aux tensions géopolitiques. Dans le cas contraire, un marché dont la flotte croît de 6 à 7 % par an face à une demande stable verra mécaniquement les tarifs hebdomadaires servir de variable d'ajustement, et avec eux le rendement des programmes de location.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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