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Orange et Morrison visent 400 MW de data centers en France

Orange a signé le 27 juillet un accord d'exclusivité avec le gérant d'infrastructures Morrison pour créer une coentreprise de data centers en France. Cinq sites apportés, une capacité cible de 400 MW et un programme d'investissement de 3 milliards d'euros.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de campus de données interconnectés et de flux d'énergie évoquant la montée en puissance des infrastructures numériques françaises

Orange a annoncé le lundi 27 juillet 2026 à 19h20, soit après la clôture d'Euronext Paris, la signature d'un accord d'exclusivité avec le gérant d'infrastructures Morrison en vue de créer une coentreprise de data centers implantée en France. La plateforme vise une capacité de 400 MW, « près de dix fois la capacité actuelle » selon le communiqué de l'opérateur, et s'appuiera sur un programme d'investissement de 3 milliards d'euros.

Cinq data centers apportés sur quatre campus

Orange apporterait à la future entité cinq data centers majeurs répartis sur quatre campus français : Chevilly-Larue et Aubervilliers en région parisienne, Chartres en Eure-et-Loir et Val-de-Reuil en Normandie. L'opérateur y ajoute son expertise opérationnelle et sa capacité de commercialisation. Orange Business resterait le distributeur exclusif des services de colocation et d'hébergement, et le groupe conserverait la maîtrise des espaces dédiés à ses propres activités.

Morrison apporterait pour sa part son expérience dans l'investissement en infrastructures numériques et mobiliserait les capitaux nécessaires à la montée en puissance de la plateforme. La coentreprise serait co-contrôlée par les deux partenaires et consolidée par mise en équivalence dans les comptes d'Orange une fois l'opération réalisée.

Le montage financier sort la dette du bilan

Le programme de 3 milliards d'euros reposerait sur trois briques : les actifs existants apportés par Orange, l'apport en fonds propres de Morrison et de la dette levée au niveau de la coentreprise. Ce traitement comptable a une conséquence directe pour les actionnaires : la dette contractée par la structure n'alourdirait pas l'endettement net consolidé du groupe, puisque la mise en équivalence n'intègre au bilan que la quote-part de situation nette.

Le sujet compte pour Orange. Dans sa publication trimestrielle du 23 avril 2026, le groupe a confirmé viser un ratio dette nette sur EBITDAaL autour de 2x à moyen terme, ainsi qu'un flux de trésorerie organique d'environ 4 milliards d'euros et un ratio eCAPEX sur chiffre d'affaires proche de 15 % pour 2026. Financer dix fois plus de capacité informatique sans faire dériver ces agrégats supposait précisément de trouver un partenaire capital.

Un processus ouvert à l'automne 2025

L'annonce conclut une négociation entamée neuf mois plus tôt. Bloomberg rapportait en octobre 2025 qu'Orange cherchait à obtenir jusqu'à 500 millions d'euros de la cession d'une participation dans ses data centers français. Début juillet 2026, Telecompaper indiquait que trois candidats restaient en lice : Morrison, Vauban Infrastructure Partners et Macquarie, le gérant néo-zélandais tenant alors la corde.

La structure retenue va au delà d'une simple ouverture minoritaire du capital. En acceptant un co-contrôle, Orange renonce à la consolidation intégrale d'un actif en croissance, mais s'ouvre un accès à des fonds propres externes que son bilan seul ne pouvait mobiliser à cette échelle.

« Cette initiative s'inscrit pleinement dans notre stratégie Trust the future »

Christel Heydemann, directrice générale du groupe Orange

Le plan stratégique en question a été lancé au premier trimestre. « Le premier trimestre 2026 marque le lancement de notre plan Trust the future et nous sommes pleinement engagés dans son exécution », déclarait déjà la dirigeante le 23 avril, en commentant un chiffre d'affaires de 10 095 millions d'euros en hausse de 3,5 % et un EBITDAaL de 2 601 millions d'euros en progression de 6,6 %. Le groupe avait à cette occasion relevé son objectif d'EBITDAaL 2026 de près de 3 % à plus de 3 %.

Morrison, un gérant rompu aux infrastructures numériques

Fondé en 1988 et présent dans sept implantations dans le monde, Morrison revendique plus de 30 milliards de dollars d'actifs sous gestion au 31 mars 2026. La société néo-zélandaise gère le véhicule coté Infratil et compte parmi ses participations plusieurs plateformes de centres de données, dont l'australien CDC Data Centres et le britannique Kao Data.

William Smales, associé et directeur des investissements de Morrison, siège d'ailleurs aux conseils de ces deux sociétés. Le partenariat français « constituerait une étape importante dans la construction des infrastructures souveraines », selon ses termes repris dans le communiqué commun.

Le réseau électrique reste le goulot d'étranglement

L'ambition affichée se heurte à une contrainte physique que les annonces capitalistiques ne lèvent pas. Selon RTE, la France comptait début 2026 environ 300 data centers en service, pour une consommation d'environ 10 TWh, soit près de 2 % de la consommation électrique annuelle du pays. Huit sites seulement sont raccordés directement au réseau à haute et très haute tension, pour une puissance cumulée de 800 MW.

La file d'attente, elle, a explosé. Le gestionnaire de réseau recensait en mai 2026 près de 18 GW de capacité réservée pour environ 80 projets, contre 5 GW pour une quarantaine de projets fin 2024. RTE anticipe une consommation de 15 à 20 TWh en 2030, puis de 23 à 28 TWh en 2035, en partant du principe qu'une partie des projets annoncés ne verra jamais le jour. Dans ce contexte, disposer de terrains déjà raccordés et de campus opérationnels constitue l'essentiel de la valeur apportée par Orange.

Un calendrier encore soumis à conditions

La signature de la documentation contractuelle est attendue d'ici la fin 2026, sous réserve de la consultation des instances représentatives du personnel et de l'obtention des autorisations réglementaires requises. La réalisation effective de l'opération est visée au premier trimestre 2027. À ce stade, rien n'est donc définitivement acquis : un accord d'exclusivité engage les parties à négocier ensemble, pas à conclure.

Les modalités précises du partage économique n'ont pas été détaillées. Ni la valorisation retenue pour les actifs apportés, ni le montant exact de l'apport en fonds propres de Morrison, ni la répartition capitalistique chiffrée n'ont été communiqués le 27 juillet.

Ce que les actionnaires doivent surveiller

Le titre Orange a terminé la séance du 27 juillet à 16,415 euros, en progression de 1,58 %, portant la capitalisation du groupe à environ 43,7 milliards d'euros. La publication étant intervenue après la clôture, la réaction du marché à l'opération elle même se lira sur la séance suivante.

Trois points méritent l'attention des porteurs de titres. La valorisation implicite des actifs apportés, d'abord, qui déterminera si Orange monétise correctement un patrimoine construit sur plusieurs décennies. Le taux de remplissage ensuite : passer de 40 MW à 400 MW suppose de sécuriser des clients de calcul intensif, alors que plusieurs analystes du secteur soulignent le risque de surcapacité si les cycles d'infrastructure se raccourcissent. La consommation des 3 milliards d'euros enfin, dont le rythme dépendra autant des autorisations de raccordement que de la demande.

Pour l'épargnant exposé aux télécoms européennes, l'opération illustre une bascule plus large. Après des années durant lesquelles les opérateurs ont cédé leurs actifs physiques, tours et fibres en tête, une partie du secteur cherche désormais à conserver une exposition aux infrastructures de calcul, sans en porter seul le financement.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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