Banques centrales

La Cour suprême bloque le limogeage de Lisa Cook et préserve l'indépendance de la Fed

Par cinq voix contre quatre, la Cour suprême a empêché Donald Trump de révoquer la gouverneure de la Fed Lisa Cook, tout en élargissant son pouvoir sur les autres agences. Les marchés ont salué la protection de la banque centrale.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite évoquant l'indépendance institutionnelle de la Réserve fédérale américaine, colonnes et équilibre symbolique sur fond de dégradé bleu profond et vert

La Cour suprême des États-Unis a empêché lundi 29 juin 2026 le président Donald Trump de révoquer Lisa Cook de son poste de gouverneure de la Réserve fédérale. Par une décision serrée de cinq voix contre quatre, la haute juridiction a jugé que la procédure de limogeage était entachée d'un vice de forme et que l'indépendance plus que centenaire de la banque centrale demeurait préservée. Pour les épargnants européens, l'enjeu dépasse la seule querelle politique américaine : la crédibilité de la Fed conditionne la trajectoire des taux mondiaux, du dollar et des marchés actions.

Une décision serrée au cœur d'un affrontement institutionnel

Le président de la Cour, le juge John Roberts, a rédigé l'opinion majoritaire, rejoint par le juge conservateur Brett Kavanaugh et les trois juges progressistes Sonia Sotomayor, Elena Kagan et Ketanji Brown Jackson. Les juges Clarence Thomas, Samuel Alito, Neil Gorsuch et Amy Coney Barrett ont voté contre. Cette configuration inhabituelle, qui voit deux conservateurs s'allier à l'aile progressiste, illustre la sensibilité particulière du dossier.

La Cour ne s'est pas prononcée sur le fond, c'est à dire sur la validité des accusations visant Lisa Cook. Elle a fondé sa décision sur le respect de la procédure. Selon John Roberts, l'administration n'a pas accordé à la gouverneure les protections procédurales auxquelles la loi lui donne droit. La Federal Reserve Act n'autorise une révocation que pour motif sérieux et selon des modalités précises.

« Sans de telles garanties, n'importe quel faux pas perçu ou allégué, passé ou présent, pourrait fournir un prétexte commode pour révoquer un gouverneur », a écrit John Roberts dans l'opinion majoritaire.

La gouverneure était fondée à recevoir une explication des éléments retenus contre elle, un moyen d'y répondre et un délai pour le faire. Faute de quoi, son éviction immédiate ne pouvait tenir. L'affaire repart désormais devant les juridictions inférieures, où les faits seront examinés, mais Lisa Cook conserve son siège pendant toute la durée de la procédure.

Les faits clés du dossier

Lisa Cook, économiste et ancienne professeure à l'université d'État du Michigan, a été nommée à la Fed par le président Joe Biden et confirmée par le Sénat en 2022. Renommée en 2023, elle exerce un mandat plein de quatorze ans qui court jusqu'en 2038. Elle est la première femme noire à siéger au conseil des gouverneurs de la banque centrale.

En août 2025, Donald Trump avait annoncé sa révocation, une première dans les cent treize ans d'histoire de l'institution. Le président s'appuyait sur des accusations de fraude hypothécaire formulées par Bill Pulte, directeur de l'agence fédérale de financement du logement, qui reprochait à la gouverneure des déclarations erronées sur des documents de prêt antérieurs à sa nomination. Lisa Cook a toujours nié tout manquement.

« Cette affaire n'a jamais porté sur des documents hypothécaires signés des années avant que je devienne gouverneure. C'était une tentative de m'écarter sous un prétexte fabriqué, parce que j'ai refusé de céder à la pression politique », a déclaré Lisa Cook après le verdict.

Donald Trump a réagi en qualifiant la décision de purement procédurale et a promis de prendre des mesures appropriées dans les meilleurs délais pour relancer la procédure de révocation par les voies légales.

La Fed protégée, les autres agences exposées

Le même jour, la Cour suprême a rendu une décision opposée dans une affaire parallèle, Trump contre Slaughter. Par six voix contre trois, elle a validé le limogeage de la commissaire Rebecca Slaughter à la Commission fédérale du commerce (FTC) et renversé un précédent vieux de quatre vingt onze ans, l'arrêt Humphrey's Executor de 1935, qui protégeait les responsables des agences indépendantes contre une révocation discrétionnaire.

Cette double lecture dessine une frontière nette. Le pouvoir présidentiel de révoquer les dirigeants des agences indépendantes se trouve considérablement renforcé, mais la banque centrale fait figure d'exception. Brett Kavanaugh a souligné dans son opinion concordante que la Fed occupe un rôle unique et porte une responsabilité critique pour la stabilité et le succès des économies américaine et mondiale.

John Roberts a rappelé que la Fed s'inscrit dans la tradition historique des deux premières banques centrales américaines et que ses gouverneurs, contrairement à la plupart des hauts fonctionnaires, ne servent pas au bon vouloir du président. Cette distinction protège la conduite de la politique monétaire des aléas électoraux.

La réaction des marchés

Wall Street a accueilli favorablement la préservation de l'autonomie de la Fed. L'indice S&P 500 a progressé de 0,55 % et le Nasdaq d'environ 1 %, dans une séance également portée par les signes d'apaisement entre Washington et Téhéran. Le repli du risque politique sur la banque centrale a rassuré les investisseurs en actions.

Sur le marché des changes, le dollar est resté ferme, l'indice dollar évoluant au dessus de 100 et la parité euro dollar autour de 1,14, son plus bas niveau depuis juin 2025. Le billet vert se dirigeait vers sa meilleure performance mensuelle depuis près d'un an, soutenu par les anticipations de taux durablement élevés après la posture restrictive adoptée par la Fed sous la direction de Kevin Warsh. Du côté obligataire, le rendement du Trésor à dix ans s'établissait autour de 4,37 %. L'or a reculé d'environ 1 % pour revenir vers 4 052 dollars l'once.

Pourquoi cela concerne les épargnants européens

L'indépendance des banques centrales n'est pas une abstraction juridique pour les détenteurs d'assurance vie, de plans d'épargne en actions ou de parts de SCPI. Une Fed perçue comme inféodée au pouvoir politique alimenterait les craintes d'une inflation mal maîtrisée, ferait grimper les primes de risque exigées sur la dette américaine et propagerait sa volatilité aux marchés européens. À l'inverse, la confirmation de son autonomie ancre les anticipations et limite les soubresauts sur les taux longs qui déterminent le coût du crédit immobilier et la valorisation des actifs.

La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a récemment alerté sur l'érosion de cette indépendance. Elle a relevé que l'autonomie des banques centrales s'était dégradée dans près de la moitié des institutions, représentant environ 75 % du produit intérieur brut mondial. Selon elle, les cadres juridiques ne suffisent pas à garantir cette indépendance : une protection active et une pratique responsable demeurent indispensables.

La BCE bénéficie d'une architecture institutionnelle plus protectrice. Sa présidente est désignée par le Conseil européen, après consultation du Parlement européen, au terme d'un processus exigeant l'accord des États membres. Cette construction rend une mise sous tutelle politique nettement plus difficile que dans le système américain.

Ce qu'il faut surveiller

Le dossier n'est pas clos. Le renvoi devant les juridictions inférieures laisse ouverte la possibilité d'une nouvelle tentative de révocation, cette fois assortie des garanties procédurales exigées par la Cour. La composition du conseil des gouverneurs reste donc un point de vigilance, à l'approche de la prochaine réunion de politique monétaire de la Fed prévue en septembre. Les investisseurs scruteront aussi la manière dont l'administration usera de son pouvoir de nomination élargi sur les autres agences, et l'impact de ces tensions sur la prime de risque attachée aux actifs américains.

Pour l'épargnant français, la prudence reste de mise. La diversification géographique et la sélection d'enveloppes adaptées au cycle de taux demeurent les meilleurs amortisseurs face à un environnement où la gouvernance des grandes banques centrales redevient un facteur de marché à part entière.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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