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KKR rachète les actifs nord-américains d'EDF, porté par la demande électrique de l'IA

EDF cède sa filiale renouvelable américaine et canadienne au fonds KKR, qui s'engage à reprendre 5,6 GW d'actifs. Valorisée près de 4 milliards d'euros, l'opération illustre l'appétit des fonds pour l'électricité que réclame l'essor de l'intelligence artificielle.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de réseaux électriques interconnectés et de flux d'énergie renouvelable alimentant des infrastructures numériques

EDF a annoncé le vendredi 26 juin 2026 la signature d'un accord portant sur la cession de sa filiale EDF Power Solutions aux États-Unis et au Canada au fonds d'investissement américain KKR. Le groupe de capital-investissement s'est engagé de façon irrévocable à reprendre l'ensemble des opérations et des actifs de cette branche nord-américaine, tandis qu'EDF conserve l'option de vendre dans les conditions prévues par l'accord.

La transaction porte sur deux entités, EDF Power Solutions Inc. aux États-Unis et EDF Power Solutions Canada Inc. Au 31 mars 2026, ce portefeuille représentait une capacité nette totale de 5,6 gigawatts d'actifs renouvelables. Il regroupe des centrales d'énergie renouvelable, des actifs de stockage, des infrastructures de recharge intelligente pour véhicules électriques et des microréseaux.

Une cession au service du financement nucléaire

Cette opération s'inscrit dans la stratégie de désendettement d'un groupe qui exploite le parc nucléaire français. EDF cherche à dégager des capitaux pour entretenir ses 57 réacteurs vieillissants et financer la construction de six nouveaux réacteurs sur le territoire national. La vente d'actifs jugés non stratégiques outre-Atlantique répond donc à un besoin de trésorerie clairement identifié.

Les modalités financières précises n'ont pas été dévoilées dans le communiqué officiel. En novembre, le PDG d'EDF, Bernard Fontana, avait toutefois indiqué à Reuters envisager la cession de 50 % à 100 % de l'unité renouvelable américaine, pour une valorisation pouvant approcher 4 milliards d'euros (environ 4,56 milliards de dollars). Le prix réellement convenu reste à ce stade confidentiel.

L'accord fait suite à un processus concurrentiel à l'issue duquel KKR a été retenu. Sa finalisation reste soumise à la procédure d'information et de consultation des instances représentatives du personnel, ainsi qu'à l'approbation des organes de gouvernance d'EDF.

L'intelligence artificielle redessine le marché de l'électricité

Au-delà du cas EDF, cette acquisition traduit une bascule stratégique des grands fonds vers la production électrique. La consommation mondiale d'électricité avait progressé d'environ 25 % au cours des années 2010, une décennie pourtant marquée par l'essor du téléphone intelligent, de l'informatique en nuage et de la vidéo en continu. Les projections actuelles tablent désormais sur une hausse d'une tout autre ampleur.

L'électricité est le goulot d'étranglement le plus sous-estimé de la révolution de l'intelligence artificielle.

Raj Agrawal, responsable mondial des actifs réels chez KKR

Selon Raj Agrawal, la demande mondiale d'électricité pourrait croître de 40 % au cours de la décennie à venir, sous l'effet conjugué de l'IA et de la numérisation. KKR estime qu'un seul campus de centres de données dépasse régulièrement le gigawatt de puissance appelée et nécessite un investissement de 15 milliards de dollars ou plus, équipements de production électrique compris.

Le fonds a multiplié les positions dans ce domaine. En octobre 2024, KKR a noué un partenariat stratégique de 50 milliards de dollars avec Energy Capital Partners pour financer centres de données, production et transport d'électricité. Joe Bae, codirecteur général de KKR, anticipait alors une progression de la demande électrique des centres de données de 160 % d'ici à 2030.

Ce que l'opération signifie pour les investisseurs

Pour les épargnants, ce rachat éclaire deux tendances de fond. D'une part, le capital-investissement déploie des montants considérables sur les infrastructures énergétiques, un segment longtemps réservé aux acteurs industriels. D'autre part, la production d'électricité décarbonée devient un actif convoité, valorisé non plus seulement pour sa contribution climatique mais pour sa capacité à alimenter la demande des centres de données.

EDF, de son côté, recentre ses moyens sur son cœur de métier nucléaire. Le groupe sert environ 41 millions de clients et a réalisé un chiffre d'affaires consolidé de 113,3 milliards d'euros en 2025. La cession nord-américaine s'inscrit dans une logique d'allocation du capital vers les chantiers prioritaires du parc français.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs points restent à confirmer. Le prix définitif sera connu lors de la finalisation, après consultation des représentants du personnel et feu vert de la gouvernance d'EDF. La trajectoire de la demande électrique liée à l'IA déterminera par ailleurs la rentabilité du pari de KKR. Enfin, la capacité d'EDF à respecter le calendrier et le budget de ses nouveaux réacteurs conditionnera l'usage des fonds ainsi libérés.

Sources

Tags :

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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