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Berkshire sous Greg Abel : un premier semestre en retrait du S&P 500

Six mois après le départ de Warren Buffett, Berkshire Hathaway accuse un retard de plus de 12 points sur le S&P 500. Greg Abel a pourtant remodelé le portefeuille : pari massif sur Alphabet, sortie d'Amazon et rachat du promoteur Taylor Morrison.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite d'un portefeuille d'investissement en pleine recomposition, flux de capitaux convergeant vers quelques positions dominantes, tons bleu profond et vert émeraude

Le premier bilan chiffré de l'ère Greg Abel est tombé. Six mois après que Warren Buffett a cédé les commandes opérationnelles de Berkshire Hathaway, le conglomérat d'Omaha affiche un retard marqué sur son indice de référence, alors même que son nouveau directeur général a profondément remanié le portefeuille d'actions cotées. Les épargnants qui suivent la maison mère de Geico et BNSF y voient le premier test grandeur nature d'une succession préparée pendant deux décennies.

Selon les données publiées le 11 juillet par CNBC, l'action Berkshire de catégorie B recule de 1,8 % depuis le début de l'année 2026, quand le S&P 500 progresse de 10,7 % (11,4 % dividendes réinvestis). L'écart atteint 12,4 points, et grimpe à 13,1 points en intégrant les dividendes. Un rebond en juin a effacé près d'un tiers d'un déficit qui culminait à 17,5 points au 1er juin, mais le redressement reste partiel.

Un retard qui s'inscrit dans la durée

La sous-performance n'a rien de nouveau. En 2025, Berkshire avait déjà terminé l'année 5,5 points derrière le S&P 500 hors dividendes, un retard porté à 7 points en tenant compte des versements. Le deuxième trimestre 2026 a creusé le fossé : le titre a gagné un peu plus de 3 % quand l'indice bondissait de 16 %, tiré par les valeurs technologiques. Cette poussée a suffi à annuler la légère avance de 1,8 point que Berkshire conservait fin mars.

La mécanique tient largement à la composition du conglomérat. Berkshire reste sous-exposé aux géants de la technologie qui portent Wall Street, et son immense trésorerie pèse sur la performance relative dans un marché haussier. À fin mars, ce matelas de liquidités atteignait un record de 397,4 milliards de dollars, quand le bénéfice d'exploitation des filiales détenues en propre progressait de 18 % sur un an.

Alphabet, la signature d'un nouveau capitaine

Le geste le plus spectaculaire du semestre porte sur Alphabet, la maison mère de Google. Ouverte au troisième trimestre 2025 avec environ 17,85 millions de titres, la position a été triplée au premier trimestre 2026 pour approcher 58 millions d'actions, d'une valeur proche de 17 milliards de dollars à la clôture de la période, d'après le document réglementaire 13F déposé le 15 mai.

L'accélération s'est produite en juin. Berkshire a souscrit un placement privé de 10 milliards de dollars, acquérant directement auprès de l'entreprise près de 28,6 millions d'actions nouvelles dans le cadre d'une levée de fonds plus large. Selon les estimations publiées, le conglomérat détient désormais environ 86,4 millions de titres Alphabet, soit une participation voisine de 9,2 %, évaluée autour de 31,6 milliards de dollars. Il s'agit de la plus grosse opération signée par Greg Abel depuis sa prise de fonctions.

Ce virage traduit une conviction assumée. Là où Warren Buffett répétait sa préférence pour un petit nombre de paris concentrés, son successeur applique la recette à une valeur technologique longtemps absente du portefeuille, prolongeant un mouvement amorcé par le fondateur pour alléger le poids d'Apple.

Un portefeuille resserré et une sortie d'Amazon

Le 13F du premier trimestre a révélé un ménage d'ampleur. Le portefeuille coté est passé de 42 à 29 lignes, soit treize positions de moins, pour une valeur ramenée à 263,1 milliards de dollars. Berkshire a été vendeur net de 8,2 milliards de dollars d'actions sur le trimestre, son quatorzième trimestre consécutif de cessions nettes : 15,9 milliards d'achats contre 24,1 milliards de ventes.

Parmi les mouvements marquants, la sortie totale d'Amazon tranche avec la fidélité affichée sur d'autres lignes. Apple reste inchangée, autour de 57,8 milliards de dollars, et pèse encore près de 22 % du portefeuille. Les cinq premières lignes, Apple, American Express, Coca-Cola, Bank of America et Chevron, concentrent environ 68 % des positions cotées, Occidental Petroleum représentant pour sa part 6,55 %. Le départ de Todd Combs, parti chez JPMorgan fin 2025, explique une partie des liquidations, tandis que Ted Weschler demeure aux manettes de la gestion.

Taylor Morrison, un pari sur la brique américaine

Greg Abel n'a pas cantonné son action aux marchés cotés. Berkshire a annoncé le rachat du promoteur immobilier Taylor Morrison pour 6,8 milliards de dollars, à 72,50 dollars par action en numéraire, soit une prime de 24 % sur le cours de clôture du 29 mai et une valeur d'entreprise d'environ 8,5 milliards de dollars dette comprise. L'opération, attendue au second semestre 2026, ferait de Berkshire l'un des tout premiers constructeurs de maisons individuelles aux États-Unis.

« Greg a mené cette opération plus vite que je ne l'aurais fait, plus proprement que je ne l'aurais fait, et je n'ai jamais parlé au dirigeant », a déclaré Warren Buffett à CNBC, saluant une transaction conduite sans son intervention.

Ce feu vert public du chairman, âgé de 95 ans et toujours présent au siège d'Omaha, envoie un signal clair aux actionnaires : le style change, mais la confiance demeure. Greg Abel, 62 ans, Canadien naturalisé américain fort de trente-trois ans passés chez Berkshire Hathaway Energy, dessine une maison davantage tournée vers l'excellence opérationnelle et la discipline dans l'emploi du capital.

Ce que les épargnants doivent surveiller

Pour l'investisseur, le dossier illustre une vérité rarement rappelée en période d'euphorie boursière : un gérant de légende peut traverser de longues séquences de sous-performance sans que sa méthode soit en cause. Sur trente jours, la capitalisation de Berkshire a néanmoins repris 6,5 %, à environ 1 080 milliards de dollars au 1er juillet. L'action de catégorie A cotait près de 741 030 dollars le 9 juillet, encore en deçà de son sommet historique de 809 350 dollars atteint le 2 mai 2025.

Trois points mériteront attention dans les prochains mois. D'abord, l'emploi de la trésorerie record, que Greg Abel commence à mobiliser par des acquisitions comme des placements. Ensuite, la trajectoire du pari sur Alphabet, qui rompt avec la prudence historique du groupe face à la technologie. Enfin, la capacité du conglomérat à défendre sa valorisation dans un marché dominé par une poignée de titres de croissance. La patience, marque de fabrique de la maison, reste le premier des actifs.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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