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Commerzbank : Berlin invite le patron d'UniCredit au ministère des Finances

Lars Klingbeil a convié Andrea Orcel à Berlin le 14 septembre, première discussion directe entre le gouvernement allemand et UniCredit sur Commerzbank. L'italien contrôle déjà 49,65 % des droits de vote. L'action Commerzbank a touché un sommet sur un an.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de deux colonnades institutionnelles convergentes, évoquant le rapprochement bancaire entre UniCredit et Commerzbank

Le ministre allemand des Finances Lars Klingbeil a invité le directeur général d'UniCredit, Andrea Orcel, à une réunion au ministère fédéral des Finances à Berlin le 14 septembre, ont indiqué mercredi 26 août des sources gouvernementales à Reuters. L'agence y voit le premier signe que Berlin est prêt à discuter directement avec la banque italienne de son offre sur Commerzbank.

Selon ces sources, le ministre exposera la position du gouvernement allemand, insistera sur le rôle de Commerzbank dans le financement de l'économie allemande et sur son poids pour la place financière de Francfort. «Cela complète les discussions entre les deux banques, qui restent responsables de définir directement la marche à suivre», a précisé l'une d'elles.

Berlin conditionnait jusqu'ici tout contact à l'ouverture de négociations directes entre les deux établissements. Cette exigence a été remplie en août, quand Andrea Orcel et la directrice générale de Commerzbank, Bettina Orlopp, se sont parlé formellement pour la première fois depuis le lancement de l'offensive italienne.

Les faits clés

  • Réunion fixée au 14 septembre 2026 au ministère fédéral des Finances, à Berlin.
  • UniCredit détient 47,59 % du capital de Commerzbank, soit jusqu'à 49,65 % des droits de vote une fois neutralisées les actions autodétenues.
  • Ce niveau suffit à faire adopter les résolutions en assemblée générale.
  • L'État allemand conserve un peu plus de 12 % du capital, héritage du sauvetage de la banque pendant la crise financière mondiale.
  • Seuls 2,7 % des investisseurs institutionnels et particuliers indépendants ont apporté leurs titres à l'offre d'échange, selon Commerzbank.
  • UniCredit vise 1,3 milliard d'euros d'économies dans les douze mois suivant une prise de contrôle.
  • La Banque centrale européenne (BCE) doit se prononcer entre septembre et octobre 2026.

Comment la banque italienne a pris la main sans acheter la majorité du capital

Le dossier a commencé en septembre 2024, quand UniCredit a racheté une première tranche de 4,5 % de Commerzbank à l'État allemand, avant de compléter sa position sur le marché et par dérivés. La montée s'est poursuivie par paliers jusqu'à une offre publique d'échange d'actions lancée au printemps 2026, qui valorise la banque de Francfort autour de 43 milliards d'euros.

Le résultat de cette offre éclaire la suite. L'essentiel des titres apportés provenait d'établissements liés à l'italien, selon le président du conseil de surveillance de Commerzbank, tandis que les actionnaires indépendants sont restés à l'écart. La banque allemande relevait le 8 juillet que 2,7 % seulement de ses investisseurs institutionnels et particuliers indépendants avaient répondu. UniCredit a néanmoins franchi le seuil qui lui confère la maîtrise des votes en assemblée, et la campagne de résistance de la banque allemande s'est éteinte dans la foulée.

La différence entre les 47,59 % du capital et les 49,65 % de droits de vote tient aux actions que Commerzbank détient sur elle même après ses programmes de rachat, qui ne votent pas. Cette mécanique donne à Andrea Orcel un pouvoir de décision de fait sans qu'il ait eu à payer la majorité absolue.

Ce que Berlin cherche à obtenir en septembre

La discussion porte désormais sur les conditions de l'opération plutôt que sur son principe. Plusieurs responsables berlinois se disent prêts à examiner la cession de la participation publique, sous réserve d'un accord sur la stratégie et l'avenir de Commerzbank, rapportait Euronews le 18 août. Une telle cession porterait UniCredit à plus de 60 % du capital et refermerait le dossier.

La Börsen Zeitung indiquait la veille que la condition centrale posée par Berlin demeure le soutien de la direction en place au projet italien, un porte parole du gouvernement rappelant alors que «la position du gouvernement n'a pas changé». Le message que Lars Klingbeil compte porter le 14 septembre reprend ces deux thèmes: le financement des entreprises allemandes et la préservation de Francfort comme centre financier.

Le ton a nettement évolué en un an. En juillet 2025, le même ministre déclarait attendre d'UniCredit qu'elle «abandonne sa tentative de rachat» et affirmait que «l'État ne vendra pas sa participation». La progression de l'italien au capital a rendu cette ligne intenable.

Une opposition allemande qui reste vive

Le président du conseil de surveillance de Commerzbank, Jens Weidmann, ancien président de la Bundesbank, a demandé dimanche 23 août, dans un entretien à la Süddeutsche Zeitung, que l'État reste actionnaire pour l'instant.

«La participation faisait partie d'une mesure de sauvetage, l'État fédéral devrait donc se retirer à terme. Dans la phase actuelle, il est cependant utile qu'il reste actionnaire pour défendre activement les intérêts de la place allemande.»

Jens Weidmann, président du conseil de surveillance de Commerzbank, Süddeutsche Zeitung, 23 août 2026

Le même entretien met en cause le droit allemand des offres publiques. «UniCredit a pu obtenir une majorité avec une offre financièrement peu attractive, sans payer de prime de contrôle appropriée. Cela soulève des questions sur le droit des offres publiques en Allemagne, un sujet que le législateur devrait sans doute examiner», a déclaré Jens Weidmann. Il a également averti que l'objectif de 1,3 milliard d'euros d'économies sur douze mois risquait de toucher en profondeur les structures et les implantations de la banque.

Du côté social, le syndicat ver.di et le comité d'entreprise de Commerzbank rejettent la prise de contrôle et redoutent les doublons: UniCredit exploite déjà HypoVereinsbank en Allemagne, et un rapprochement placerait l'ensemble parmi les tout premiers acteurs du marché allemand, derrière Deutsche Bank.

Réaction des marchés

Les investisseurs ont lu l'information comme un pas vers le dénouement. L'action Commerzbank progressait de 2,6 % à 40,83 € en séance mercredi, après un plus haut à 41,02 € qui constitue son meilleur niveau sur un an. UniCredit gagnait 1,9 % à 85,89 € à Milan, au voisinage de son propre sommet annuel de 85,96 €.

Le calendrier réglementaire alimente la même anticipation. Un document interne de la BCE consulté par Reuters indiquait en août que le superviseur n'avait identifié aucun motif prudentiel de s'opposer à l'acquisition, la décision du conseil de surveillance prudentielle étant attendue entre septembre et octobre. Andrea Orcel avait déclaré le 23 juillet à CNBC que l'acquisition complète pourrait se concrétiser au quatrième trimestre 2026, UniCredit espérant que Commerzbank adopte sa feuille de route dès janvier.

Pourquoi ce dossier compte pour les épargnants français

Le rapprochement d'UniCredit et de Commerzbank serait le premier rapprochement bancaire transfrontalier d'ampleur dans la zone euro depuis la mise en place de l'Union bancaire en 2014, un objectif que la BCE défend de longue date. Son issue servira de référence à toutes les opérations suivantes, y compris celles qui pourraient un jour concerner des banques françaises, et testera la capacité des gouvernements nationaux à peser sur un dossier arbitré à Francfort par la BCE.

L'exposition des épargnants français est plus concrète qu'il n'y paraît. Les deux titres sont cotés dans l'Union européenne et à ce titre éligibles au plan d'épargne en actions (PEA). Beaucoup y sont aussi exposés indirectement, par les fonds actions européennes et les fonds sectoriels sur les banques de la zone euro logés dans les unités de compte des contrats d'assurance vie.

Le secteur bancaire européen se concentre par ailleurs à un rythme soutenu, comme le montre la vague d'opérations en cours en Italie et en Espagne. Une consolidation transfrontalière réussie modifierait la structure de la concurrence sur les crédits aux entreprises et sur la rémunération des dépôts, sur un marché où la fragmentation nationale reste la règle.

Ce qu'il faut surveiller

  • La teneur de la réunion du 14 septembre et les garanties éventuellement obtenues par Berlin sur l'emploi et les implantations.
  • La décision du conseil de surveillance prudentielle de la BCE, attendue entre septembre et octobre 2026.
  • Le sort de la participation publique, dont la cession ouvrirait à UniCredit un contrôle supérieur à 60 % du capital.
  • La position de la direction de Commerzbank, dont le soutien conditionne l'accord du gouvernement allemand.
  • Le calendrier d'intégration, qu'UniCredit souhaite engager dès janvier.
  • Une éventuelle initiative du législateur allemand sur le droit des offres publiques, réclamée par Jens Weidmann.

Conclusion

L'invitation adressée à Andrea Orcel fait basculer le dossier du rapport de force vers la négociation. Le contrôle des votes est déjà acquis à UniCredit, et la conversation du 14 septembre portera sur les contreparties que Berlin peut encore obtenir avant de céder ou de conserver ses 12 %. Pour les investisseurs européens, cette réunion est le prochain jalon d'une opération dont l'issue façonnera la prochaine décennie de la banque de détail sur le continent.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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