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Conduite assistée : Mercedes signe un accord de série avec Wayve

Mercedes et le britannique Wayve ont signé un accord de production ferme pour intégrer le Wayve AI Driver dans de futurs modèles, avec une assistance à la conduite de porte à porte attendue sous deux ans. Le constructeur s'appuie déjà sur le chinois Momenta en Chine.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de circuits imprimés se muant en trajectoires routières, symbole de l'intelligence artificielle embarquée dans la conduite assistée

Le britannique Wayve et Mercedes ont signé un accord de production ferme portant sur l'intégration du Wayve AI Driver dans de futurs véhicules du constructeur allemand, selon le communiqué publié mardi 22 septembre par la société londonienne. La technologie doit équiper une partie de la gamme dans les deux ans, avec une fonction d'assistance à la conduite de porte à porte en ville comme sur autoroute.

L'accord prolonge une relation déjà engagée. Le constructeur figurait parmi les investisseurs du tour de table de série D bouclé par Wayve le 25 février 2026, aux côtés de Nissan et de Stellantis. Ce tour avait porté sur 1,2 milliard de dollars et valorisé la société britannique 8,6 milliards de dollars après opération, sous la conduite d'Eclipse, de Balderton et de SoftBank Vision Fund 2.

De l'investisseur au fournisseur de série

La nouveauté tient au passage d'une participation financière à un contrat industriel. Les deux équipes indiquent avoir intégré le logiciel de Wayve dans l'architecture de production de Mercedes, en s'appuyant sur les calculateurs embarqués du constructeur, sur son système d'exploitation MB.OS et sur ses interfaces cartographiques. Les essais ont été menés à Stuttgart, à Londres et à San Francisco, en ville, sur autoroute et sur routes secondaires.

« Ce partenariat marque la première intégration mondiale du Wayve AI Driver dans le segment premium, élargissant la disponibilité de l'assistance à la conduite avancée de porte à porte en ville et sur autoroute. Avec Wayve, nous posons les bases d'un déploiement mondial de cette technologie », déclare Jörg Burzer, directeur technique de Mercedes, cité dans le communiqué.

Alex Kendall, cofondateur et directeur général de Wayve, met en avant « un alignement technique profond » entre les deux équipes ainsi que le rythme du développement conjoint. Sa société revendique une approche dite AV2.0 : le véhicule apprend à conduire par observation, sans cartographie haute définition ni réentraînement propre à chaque ville.

Ce que le constructeur achète

Le produit vendu par Wayve est une couche logicielle, entraînée sur des infrastructures Nvidia hébergées sur Microsoft Azure, qui tourne ensuite sur les calculateurs et les capteurs déjà présents dans la voiture. L'argument commercial repose sur la généralisation : le même modèle doit fonctionner dans une ville où il n'a jamais roulé, sans zone géographique prédéfinie. La société décline cette base logicielle depuis l'assistance à la conduite jusqu'au robotaxi, et la licencie directement aux constructeurs.

Ce positionnement explique l'intérêt des groupes automobiles. Bâtir en interne une pile logicielle de conduite mobilise des milliers d'ingénieurs et plusieurs années de développement, pour un résultat incertain et difficile à amortir sur les seuls volumes d'une marque. Passer par un fournisseur transforme cet investissement en coût unitaire, au prix d'une dépendance sur la brique la plus stratégique de la voiture définie par le logiciel.

Le décalage avec la Chine

Sur le marché chinois, Mercedes ne s'appuie pas sur Wayve. Le constructeur a noué un partenariat avec Momenta, dont le système d'aide à la conduite équipe la CLA électrique produite localement et couvre la conduite de porte à porte sur autoroute, en ville et au stationnement. Mercedes avait été, en 2017, le premier constructeur mondial à investir dans cette société chinoise.

Ce double attelage résume la difficulté des groupes européens. Les fonctions d'assistance avancée sont devenues un critère d'achat en Chine, où les marques locales les proposent en série, pendant que les constructeurs allemands annoncent des déploiements à horizon de deux ans. Le calendrier communiqué mardi situe l'arrivée du Wayve AI Driver chez Mercedes autour de 2028.

Un pari qui reste à démontrer

Plusieurs inconnues demeurent. Le communiqué ne précise ni les modèles concernés, ni les marchés d'ouverture, ni les conditions financières de la licence. Le niveau visé relève de l'assistance et non de l'autonomie complète : le conducteur garde la responsabilité du véhicule. L'homologation constitue un second filtre, les régimes applicables variant fortement entre l'Europe, la Chine et le marché américain.

Wayve aborde de son côté sa phase industrielle. La société a lancé début septembre avec Uber les premières courses autonomes supervisées à Londres, a signé au printemps des accords avec Stellantis portant sur la conduite supervisée puis sur le robotaxi, et a recruté en septembre une directrice financière venue de Waymo. Aucune de ces briques n'a encore produit de volumes de série chez un constructeur.

Trois points à surveiller pour l'épargnant

  • La conversion en volumes. L'accord porte sur de futurs modèles, sans engagement public de quantités ni de dates de lancement commercial.
  • L'effet sur les comptes de Mercedes. Le titre évoluait autour de 43,79 euros mardi à 12h49 GMT, avant la diffusion de l'accord, après une clôture à 43,67 euros la veille. Le groupe ne communique pas le coût de la licence.
  • La position de Stellantis. Le groupe franco italien est à la fois investisseur et partenaire de Wayve, et pourrait s'appuyer sur la même base technologique.

Le même jour, Mercedes avertissait que deux de ses usines allemandes pourraient fermer si les coûts ne baissaient pas. Le groupe achète une technologie à l'extérieur pendant qu'il cherche à réduire son empreinte industrielle en Allemagne. Cet arbitrage éclaire la réallocation en cours dans l'automobile européenne, où la valeur se déplace du process de fabrication vers la couche logicielle, un terrain sur lequel les acteurs chinois et britanniques ont pris de l'avance.

Pour un portefeuille exposé aux valeurs automobiles européennes, la question n'est plus seulement celle des volumes ou des marges par véhicule, mais celle de la maîtrise du logiciel embarqué et du partage de valeur avec les fournisseurs qui le détiennent.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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