La confiance des ménages français a atteint en mai 2026 son niveau le plus bas depuis mars 2023. L'indicateur synthétique publié ce mardi 27 mai par l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) recule de 2 points sur un mois, à 82, contre 84 en avril. Le consensus Reuters tablait sur une stabilisation à 83. L'indice reste largement sous sa moyenne de longue période, fixée à 100 entre janvier 1987 et décembre 2025.
Ce deuxième repli mensuel consécutif fait suite à la chute de 5 points enregistrée en avril, la plus forte baisse depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine au printemps 2022. Sur les six derniers mois, l'indicateur a perdu près de 10 points, effaçant l'embellie observée en début d'année.
Un ménage français de plus en plus pessimiste sur ses finances
Les soldes d'opinion relatifs à la situation financière personnelle se dégradent à nouveau. La perception de la situation passée tombe à moins 29, après moins 26 en avril, tandis que les anticipations sur les douze prochains mois reculent à moins 20, contre moins 19. Ces deux indicateurs évoluent désormais à plus de 10 points sous leur moyenne historique.
Le jugement sur le niveau de vie en France suit la même trajectoire. Le solde rétrospectif chute de 6 points à moins 81, niveau plancher depuis l'été 2022. Les anticipations à un an perdent 1 point supplémentaire à moins 70. Plus de huit ménages sur dix interrogés estiment que leur niveau de vie s'est dégradé au cours de la dernière année, selon les soldes bruts publiés par l'institut.
Les grands achats reportés, signal préoccupant pour la consommation
Le solde d'opinion sur l'opportunité de réaliser des achats importants se replie nettement, passant de moins 35 à moins 40 en un mois. Ce recul intervient alors que la consommation des ménages constitue traditionnellement le principal moteur de la croissance française, à hauteur d'environ 53 % du produit intérieur brut.
« La conjonction d'une inflation perçue durablement élevée et d'une dégradation des anticipations sur les revenus pousse les ménages à différer leurs projets d'investissement durable, mobilier ou automobile », analyse S&P Global dans son rapport mensuel sur l'activité française.
Parallèlement, les intentions d'épargne progressent légèrement, le solde correspondant gagnant 1 point à 40. Cette préférence pour la précaution se traduit par des flux soutenus vers les livrets réglementés et l'assurance vie en fonds en euros, deux supports privilégiés par les épargnants en période d'incertitude.
L'inflation perçue reste élevée malgré le reflux des anticipations
Le solde d'opinion sur les prix passés gagne encore 2 points à 27, prolongeant la flambée de 30 points enregistrée en avril, la plus forte hausse mensuelle observée depuis plus de quarante ans. Les ménages restent particulièrement sensibles à la dynamique des prix de l'énergie et de l'alimentation, deux postes qui pèsent fortement dans le budget des classes moyennes et modestes.
Les anticipations d'inflation à un an reculent en revanche sensiblement, le solde passant de 10 en avril à 2 en mai. Ce mouvement suggère que les Français anticipent une stabilisation, voire une décrue, des hausses de prix observées au cours des derniers mois. Cette anticipation reste toutefois conditionnée à l'évolution des cours du pétrole brut, soumis aux tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient.
Les craintes sur l'emploi s'atténuent légèrement
Le solde d'opinion sur l'évolution future du chômage recule de 2 points à 54, après 56 en avril. Il demeure néanmoins très au-dessus de sa moyenne de long terme, à environ 30 points de cette dernière. Cette légère détente intervient alors que le taux de chômage au sens du Bureau international du travail s'est stabilisé à 7,4 % au premier trimestre 2026, selon les dernières publications de l'INSEE.
La situation reste contrastée selon les secteurs. Les services aux entreprises et le commerce de détail accusent une dégradation marquée, comme en témoigne la chute de l'indice PMI composite à 43,5 en mai, son plus bas niveau depuis 66 mois. À l'inverse, les secteurs liés à la défense et à l'aéronautique continuent de recruter activement.
Un environnement macroéconomique sous tension
Le repli de la confiance des ménages s'inscrit dans un contexte économique dégradé. L'inflation française a rebondi à 2,2 % en avril sur un an, contre 1,7 % en mars, principalement sous l'effet d'une hausse de 14,3 % des prix de l'énergie. Cette pression inflationniste résulte directement du choc pétrolier lié au conflit au Moyen-Orient.
La Commission européenne table désormais sur une croissance française de 0,8 % en 2026, identique à celle de 2025, mais avec un risque baissier renforcé. Les enquêtes de conjoncture les plus récentes, notamment l'effondrement du PMI services à 42,9 contre 46,5 en avril, font craindre une contraction de l'activité au deuxième trimestre 2026.
« Les nouvelles commandes du secteur privé chutent fortement en mai, signal qui élève sensiblement le risque de récession technique pour la deuxième économie de la zone euro », souligne le rapport flash de S&P Global publié le 21 mai 2026.
Implications pour les épargnants français
La dégradation de la confiance et le report des grands achats devraient renforcer la tendance à l'épargne de précaution observée depuis le début de l'année. Le taux d'épargne des ménages s'est établi à 18,4 % du revenu disponible brut au quatrième trimestre 2025, contre une moyenne historique de 15 % environ.
Dans cet environnement, plusieurs stratégies patrimoniales méritent d'être étudiées. La diversification entre supports liquides à capital garanti, comme le Livret A à 1,7 % depuis février 2026, et placements à horizon plus long, tels que l'assurance vie multisupport ou le plan d'épargne retraite, permet de concilier sécurité et performance. Les actifs réels, notamment l'or et certaines SCPI résilientes, offrent par ailleurs une protection partielle contre la persistance de l'inflation.
Les conseillers en gestion de patrimoine recommandent généralement, en période d'incertitude macroéconomique, de privilégier l'investissement programmé sur les marchés actions plutôt que les positions ponctuelles. Cette approche permet de lisser le prix d'achat moyen sur la durée et de réduire l'impact d'éventuels accès de volatilité boursière.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochaines semaines
Trois échéances clés vont rythmer la suite. La publication du climat des affaires par l'INSEE, prévue le 25 juin 2026, permettra de confirmer ou non la divergence entre la dégradation du moral des ménages et celle des chefs d'entreprise. La réunion de la Banque centrale européenne du 11 juin orientera également les anticipations de taux, alors que le marché commence à anticiper une nouvelle baisse face au ralentissement européen. Enfin, la première estimation du produit intérieur brut français du deuxième trimestre, attendue le 31 juillet, dira si la France évite ou non la contraction technique.
La trajectoire des cours du pétrole brut restera la variable déterminante. Une normalisation rapide de la situation au Moyen-Orient permettrait un reflux mécanique de l'inflation énergétique et soutiendrait la confiance des ménages. À l'inverse, une escalade prolongerait la pression sur le pouvoir d'achat et accentuerait le risque de récession.
Sources
- INSEE, Informations rapides n° 130, Enquête mensuelle de conjoncture auprès des ménages, mai 2026
- INSEE, Informations rapides n° 101, Enquête mensuelle de conjoncture auprès des ménages, avril 2026
- Reuters, sondage mensuel auprès de quinze économistes, mai 2026
- S&P Global, PMI Flash France, 21 mai 2026
- Commission européenne, Prévisions économiques de printemps, mai 2026
- Trading Economics, France Consumer Confidence, mai 2026
- Banque de France, anticipations d'inflation, premier trimestre 2026
- INSEE, Indice des prix à la consommation, avril 2026