Renault : les commandes de véhicules électriques s'envolent depuis le début de la guerre en Iran
Renault constate une hausse marquée des commandes de véhicules électriques depuis le déclenchement de la guerre en Iran fin février 2026. La flambée des cours du pétrole au dessus de 100 dollars le baril redessine les arbitrages des acheteurs européens.

Le conflit déclenché en Iran fin février 2026 produit un effet inattendu sur le marché automobile européen : la demande de véhicules électriques accélère brutalement, et Renault figure parmi les premiers bénéficiaires. Le constructeur français rapporte une progression sensible des commandes et des intentions d'achat de modèles électriques depuis le début des hostilités, alimentée par l'envolée des prix du carburant à la pompe.
Une bascule de la demande chez Renault
Au Royaume Uni, premier marché à refléter pleinement l'effet du conflit, la moitié des immatriculations Renault enregistrées en avril ont porté sur des véhicules électriques. Les demandes de renseignements liées à la gamme électrique sur le site britannique du constructeur ont bondi de 48 % depuis le début de la guerre. La Renault 5 électrique s'est imposée comme la voiture électrique la plus vendue outre Manche sur le mois.
L'intérêt pour la gamme électrique de Renault a connu un basculement spectaculaire.
Adam Wood, directeur général de Renault au Royaume Uni
Une source interne au constructeur indique que le groupe travaille à relever sa capacité de production pour répondre à une demande qui dépasse les projections. Avril constitue le premier mois calendaire intégrant l'intégralité de l'effet du conflit sur le comportement des acheteurs, ce qui donne à ces chiffres une valeur de signal.
Les faits clés
- 50 % des immatriculations Renault au Royaume Uni en avril ont concerné des véhicules électriques.
- Les demandes liées à la gamme électrique sur le site britannique progressent de 48 % depuis le déclenchement du conflit.
- La guerre a éclaté fin février 2026 après des frappes américaines et israéliennes sur l'Iran.
- Le baril de Brent a franchi le seuil des 100 dollars à plusieurs reprises, évoluant entre 94 et 108 dollars au gré des négociations et du blocage du détroit d'Ormuz.
- Les immatriculations de véhicules électriques en Europe ont progressé de 34 % sur un an en avril, après un bond de 51 % en mars dans l'Union européenne et l'AELE.
Le pétrole comme déclencheur
L'élément déclencheur tient à la flambée des cours du brut. Les frappes de fin février ont ouvert un conflit régional plus large et provoqué une perturbation inédite de l'approvisionnement énergétique, le détroit d'Ormuz demeurant largement bloqué. Le baril de Brent, qui s'échangeait nettement sous les 80 dollars avant la crise, a franchi à plusieurs reprises la barre des 100 dollars, atteignant près de 108 dollars fin avril lorsque les pourparlers entre Washington et Téhéran ont échoué.
Cette hausse durable du carburant modifie le calcul économique des ménages. Le surcoût à la pompe rapproche le seuil de rentabilité d'un véhicule électrique, dont le coût d'usage devient comparativement plus attractif. Les experts du secteur soulignent que la réaction observée traduit moins une sensibilité ponctuelle au prix qu'une réévaluation de la sécurité énergétique par les acheteurs.
Un mouvement européen, pas seulement français
La dynamique dépasse le seul cas Renault. Sur l'ensemble du continent, plus de 500 000 véhicules électriques ont été immatriculés au premier trimestre 2026, en hausse de 33,5 % sur un an. En mars, les immatriculations de voitures cent pour cent électriques ont progressé de 51 % dans les marchés de l'Union européenne et de l'AELE, et la part de marché de l'électrique a atteint 22 % des ventes de voitures neuves sur cette zone. Des constructeurs comme Volkswagen ou les marques chinoises, à l'image de BYD, enregistrent eux aussi une accélération notable.
Le paradoxe est que cette poussée intervient au moment où plusieurs groupes automobiles avaient amorcé un retour vers les motorisations thermiques, jugées plus rentables à court terme. Le choc énergétique rebat les cartes de cette stratégie.
Ce que disent les comptes de Renault
Les résultats du premier trimestre publiés par le groupe confirment l'élan, même s'ils précèdent l'essentiel de l'effet de guerre. Le chiffre d'affaires a atteint 12,53 milliards d'euros, en progression de 7,3 % sur un an. Les ventes de véhicules électriques ont bondi de 20,9 % et représentent désormais 17 % des ventes du groupe, soit quatre points de plus qu'un an plus tôt. Le carnet de commandes européen couvrait deux mois de ventes à venir, contre un mois et demi en décembre 2025.
Renault confirme un objectif de marge opérationnelle d'environ 5,5 % du chiffre d'affaires pour l'exercice et un flux de trésorerie disponible automobile proche du milliard d'euros. La part électrifiée, hybrides compris, atteint 52,3 % des ventes du groupe, en hausse de plus de neuf points.
Ce qu'il faut surveiller
La pérennité de cette tendance dépendra de la trajectoire des cours du brut. Une réouverture du détroit d'Ormuz et un apaisement diplomatique pourraient ramener le baril sous les 90 dollars et émousser l'avantage relatif de l'électrique. À l'inverse, un blocage prolongé installerait durablement la demande à un niveau élevé. La capacité des constructeurs à suivre, sur le plan industriel comme sur celui des réseaux de recharge, constituera le second facteur déterminant.
Pour l'épargnant exposé au secteur automobile, via des actions Renault ou des fonds thématiques sur la transition énergétique, le signal mérite attention : un choc géopolitique accélère une transformation structurelle déjà engagée, avec des gagnants et des perdants nettement différenciés selon le positionnement de chaque acteur.
Sources
- Reuters via Investing.com, Europe EV sales leap as Iran war pushes up petrol pump prices
- Global Banking and Finance Review, Europe EV sales leap as Iran war pushes up petrol pump prices
- Renault Group, résultats du premier trimestre 2026
- The Next Web, Europe EV sales surge as Iran war drives oil prices
- CNBC, Brent oil tops 108 dollars after Iran peace talks unravel
- CNBC, US crude tops 100 dollars again as hope fades for a peace deal
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