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ASML relève sa guidance 2026 à 40 milliards d'euros malgré la menace américaine MATCH Act

L'équipementier néerlandais ASML a relevé ses objectifs 2026 à une fourchette de 36 à 40 milliards d'euros grâce à la demande IA, mais son titre chute de 6 % sur fond de durcissement des contrôles américains à l'export vers la Chine.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de la chaîne de valeur des semi-conducteurs avec structures cristallines et circuits lumineux évoquant la lithographie EUV et la demande IA

Un trimestre record dans un climat géopolitique tendu

ASML, numéro un mondial des équipements de lithographie pour semi-conducteurs, a publié le 15 avril 2026 des résultats trimestriels supérieurs aux attentes, accompagnés d'un relèvement de ses prévisions annuelles. Le groupe néerlandais, basé à Veldhoven, a réalisé un chiffre d'affaires net de 8,8 milliards d'euros au premier trimestre 2026, dépassant le consensus LSEG de 8,5 milliards. Le bénéfice net atteint 2,8 milliards d'euros, contre 2,5 milliards attendus, pour une marge brute de 53,0 %, au haut de la fourchette communiquée.

La société cotée à Euronext Amsterdam et au Nasdaq a également relevé sa guidance annuelle 2026 à une fourchette de 36 à 40 milliards d'euros de chiffre d'affaires net, contre une estimation précédente de 34 à 39 milliards. Le marché a pourtant accueilli la publication par une chute de 6 % du titre à Amsterdam le jour même, un paradoxe qui illustre la tension entre la vigueur de la demande portée par l'intelligence artificielle et la pression croissante des contrôles américains sur les exportations vers la Chine.

Les chiffres clés du premier trimestre

  • Chiffre d'affaires net : 8,8 milliards d'euros (consensus LSEG : 8,5 milliards)
  • Bénéfice net : 2,8 milliards d'euros (consensus : 2,5 milliards)
  • Bénéfice par action : 7,15 euros, supérieur de 6,7 % au consensus Oddo BHF
  • Marge brute : 53,0 %
  • Systèmes lithographiques vendus : 67 neufs et 12 d'occasion
  • Trésorerie et placements court terme : 8,376 milliards d'euros
  • Dividende 2025 proposé : 7,50 euros par action, soit une hausse de 17 %
  • Rachats d'actions T1 : 1,1 milliard d'euros

L'IA tire la demande, la mémoire reprend le dessus

La lecture géographique et sectorielle des ventes confirme le basculement du marché. La Corée du Sud représente désormais 45 % des ventes systèmes du trimestre, devant Taïwan (23 %). Ce poids sud-coréen reflète la montée en puissance de Samsung et SK Hynix, qui accélèrent leurs investissements dans les mémoires à haute bande passante (HBM) indispensables aux centres de données IA.

Autre indicateur fort : 51 % des ventes de nouveaux équipements ont été destinées au segment mémoire au premier trimestre 2026, contre 30 % au trimestre précédent. Cette rotation logique vers la mémoire s'explique par la pénurie persistante de puces HBM, dont les prix atteignent des niveaux inédits.

« La perspective de croissance de l'industrie des semi-conducteurs continue de se consolider, portée par les investissements continus dans l'infrastructure liée à l'IA. La demande de puces dépasse l'offre. En réponse, nos clients accélèrent leurs plans d'expansion de capacité pour 2026 et au-delà, soutenus par des accords de long terme avec leurs propres clients. »
Christophe Fouquet, président et directeur général d'ASML, communiqué du 15 avril 2026

Le spectre du MATCH Act américain

La chute de 6 % du cours ne découle pas des résultats mais d'une menace réglementaire précise. Début avril 2026, un groupe bipartisan de parlementaires américains a dévoilé le Multilateral Alignment of Technology Controls on Hardware Act (MATCH Act), un texte porté notamment par le représentant John Moolenaar, président de la commission spéciale de la Chambre sur la Chine. Le projet vise à interdire la vente des équipements DUV (deep ultraviolet) d'ASML à un ensemble élargi d'entreprises chinoises, dont SMIC, Hua Hong, Huawei, CXMT et YMTC.

Jusqu'ici, ASML n'a jamais été autorisée à livrer ses machines EUV (extreme ultraviolet), les plus avancées et vendues jusqu'à 400 millions de dollars, à la Chine. En revanche, les machines DUV, technologie plus ancienne, continuaient d'alimenter les fondeurs chinois. Le MATCH Act entend combler cette faille. La Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants doit voter sur ce texte le 23 avril 2026, dans le cadre d'un paquet législatif plus large consacré à l'IA, aux semi-conducteurs et aux contrôles à l'export.

L'effet est déjà visible dans les comptes d'ASML. La part des ventes systèmes à destination de la Chine est tombée à 19 % au premier trimestre 2026, contre 36 % au trimestre précédent et 33 % sur l'ensemble de 2025. Le groupe anticipait en janvier une part chinoise d'environ 20 % pour l'année pleine. Selon les analystes de Bits&Chips, la législation pourrait toucher les 10 à 15 % des ventes représentés par les modèles DUV plus anciens, dont la moitié environ est livrée en Chine, soit un impact potentiel de l'ordre de 5 % du chiffre d'affaires, amorti dans le temps.

Perspectives 2026 et 2027 : prudence sur les livraisons High-NA

Pour le deuxième trimestre 2026, ASML anticipe un chiffre d'affaires net compris entre 8,4 et 9,0 milliards d'euros, avec une marge brute attendue entre 51 et 52 %. Les coûts de recherche et développement devraient atteindre 1,2 milliard d'euros et les frais généraux 300 millions.

Christophe Fouquet a également livré un indice de moyen terme. Le dirigeant estime qu'ASML pourrait livrer jusqu'à 80 systèmes EUV Low NA en 2027, à condition que la demande clients se confirme. Ce chiffre a été jugé insuffisant par Barclays, dont les analystes espéraient un volume proche de 90 unités, ce qui a alimenté la correction du titre. La fourchette de guidance large reflète selon le CEO la flexibilité nécessaire face aux discussions en cours autour des contrôles à l'export.

Une rupture de transparence sur les commandes

Autre évolution notable de cette publication : ASML a cessé de divulguer le montant de ses prises de commandes trimestrielles (net order intake), métrique jusqu'ici scrutée par les investisseurs pour évaluer la dynamique du carnet. Le groupe estime que la volatilité trimestrielle de cet indicateur induit parfois en erreur, mais ce changement de politique a créé une incertitude supplémentaire.

« Le marché a été un peu perturbé par l'abandon des chiffres de commandes, mais il devra s'y habituer. Il existe suffisamment d'autres données publiques pour tenir la société responsable. Le marché anticipait déjà le type de croissance qu'ASML projette désormais pour 2026. Le marché avait un peu d'avance. »
Ben Barringer, responsable de la recherche technologique chez Quilter Cheviot, note du 15 avril 2026

Christophe Fouquet a néanmoins tenu à rassurer en qualifiant les prises de commandes de « très solides » tant pour les nouveaux systèmes que pour les mises à niveau de la base installée.

Deux lectures opposées de la publication

Les analystes se partagent désormais entre deux camps. La lecture positive met en avant la solidité structurelle du modèle ASML : monopole de fait sur la lithographie EUV, clients captifs (TSMC, Samsung, SK Hynix, Intel), carnet de commandes long, marges élevées. Le groupe capte mécaniquement chaque nouvelle vague d'investissement dans les capacités de production de puces avancées, que ce soit pour l'IA générative, les puces logiques 2 nanomètres ou les mémoires HBM4.

La lecture prudente souligne au contraire que la valorisation d'ASML intégrait déjà un scénario très favorable. Les analystes d'Oddo BHF relèvent que l'action affichait des niveaux historiquement élevés à l'entrée de la publication, laissant peu de marge pour déjouer les attentes. L'exposition résiduelle à la Chine, les incertitudes sur le calendrier High-NA et la fin des publications de commandes trimestrielles alimentent cette prudence.

Ce que cela signifie pour les épargnants européens

Pour l'investisseur en actions européennes, ASML reste une pièce maîtresse de l'exposition à la tendance IA. La capitalisation boursière du groupe en fait l'une des plus importantes valeurs du STOXX Europe 600 et un poids majeur des indices technologiques continentaux. Trois implications concrètes ressortent pour un portefeuille français :

  • Diversification géographique : posséder de l'ASML en direct ou via un ETF STOXX Technology permet de capter la dynamique IA sans passer exclusivement par les valeurs américaines du Nasdaq, souvent plus volatiles.
  • Risque réglementaire : la dépendance de la thèse d'investissement aux décisions du Congrès américain invite à surveiller le vote MATCH Act du 23 avril et les discussions entre La Haye, Washington et Pékin.
  • Exposition à la mémoire : la montée du segment mémoire à 51 % des ventes confirme que la vague IA ne se limite plus aux processeurs. Les fonds thématiques IA qui intègrent Samsung et SK Hynix en plus de Nvidia profitent de cette diversification.

À surveiller dans les prochaines semaines

  • 23 avril 2026 : vote du MATCH Act en Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants.
  • Fin avril : publication des résultats T1 de TSMC, déjà livrée, puis de Samsung, qui préciseront les carnets de commandes mémoire.
  • Été 2026 : premières indications sur le volume de commandes High-NA pour livraison 2027.
  • Position du gouvernement néerlandais : La Haye conserve la compétence finale sur les licences d'exportation DUV, indépendamment du droit américain.

Conclusion

La publication d'ASML confirme que la demande IA reste la locomotive de la chaîne de valeur des semi-conducteurs et valide un relèvement de guidance à 40 milliards d'euros en haut de fourchette. Mais la réaction boursière rappelle que l'industrie européenne des puces avance désormais sous double contrainte : la course à l'innovation technologique d'un côté, la politique étrangère américaine de l'autre. Pour les épargnants, ASML reste un actif stratégique mais dont la valorisation s'apprécie désormais à l'aune autant du calendrier législatif à Washington que du carnet de commandes à Veldhoven.

Sources

Cet article s'appuie sur le communiqué officiel ASML du 15 avril 2026, les analyses de CNBC, Euronews, Bloomberg, Investing.com, Option Finance, Zonebourse, Ideal Investisseur, Electroniques, Seeking Alpha, ainsi que les notes d'Oddo BHF, Quilter Cheviot et Barclays.

Tags :

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.