Marchés publics

KNDS lance son introduction en bourse à Paris et Francfort après le feu vert de l'audit

Le fabricant franco-allemand du char Leopard 2 et du canon Caesar vise une double cotation à Paris et Francfort cet été. La levée de l'audit PwC fin mai ouvre la voie à l'une des plus grosses opérations de défense en Europe, valorisée entre 18 et 20 milliards d'euros.

Rédacteur en chef, France Épargne
5 min de lecture798 vues
Illustration abstraite de structures industrielles et métalliques évoquant le secteur de la défense européenne et une cotation boursière

Une double cotation attendue cet été

KNDS, le groupe franco-allemand qui fabrique le char Leopard 2 et le canon Caesar, accélère vers l'une des introductions en bourse les plus surveillées du continent. Le groupe prépare une double cotation à Paris et à Francfort, avec une fenêtre de lancement visée en juin ou juillet 2026, sous réserve des conditions de marché. Une alternative en septembre reste évoquée si le calendrier se tend.

L'opération avait un préalable : la certification des comptes 2025. Le cabinet PwC refusait de valider ces comptes tant qu'une enquête interne, confiée au cabinet Freshfields, n'avait pas rendu ses conclusions sur un contrat de 2013. Fin mai 2026, cette enquête a suffisamment avancé pour que PwC approuve les chiffres, sans qu'aucune preuve de faute pénale n'ait été établie. Le verrou principal vient donc de sauter.

Le contrat qatari qui bloquait les comptes

L'enquête portait sur un marché signé en 2013 : la livraison au Qatar de 24 canons automoteurs PzH 2000 et de 62 chars Leopard 2, pour un montant d'environ 1,89 milliard d'euros. Les vérifications visaient des commissions liées à ce contrat. Sans rapport définitif et sans signature de l'auditeur, l'introduction ne pouvait pas avancer, puisqu'un prospectus boursier exige des comptes certifiés.

La résolution de ce dossier change la donne. Jean-Paul Alary, directeur général du groupe depuis le 1er avril 2025, a écarté toute idée de report et maintenu le processus interne sur les rails. Lazard a été mandaté comme conseil financier de l'opération.

Des chiffres portés par le réarmement européen

Les fondamentaux opérationnels expliquent l'empressement des deux États actionnaires. En 2025, le chiffre d'affaires a progressé de 15,9 % pour atteindre 4,4 milliards d'euros, contre 3,8 milliards en 2024. Le carnet de commandes a bondi à 33,1 milliards d'euros fin 2025, contre 23,5 milliards un an plus tôt.

La rentabilité suit la même trajectoire. Le résultat d'exploitation est passé de 500 à 661 millions d'euros, faisant grimper la marge opérationnelle de 13,2 % à 15 %. La division blindés allemande affiche une croissance de 17,4 %, son équivalent français progresse de près de 10 %, et l'activité munitions augmente d'un quart.

Cette dynamique s'inscrit dans le réarmement engagé par les pays européens. KNDS vient ainsi de décrocher une commande britannique de 72 obusiers RCH 155, pour un montant proche du milliard de livres, avec une production assurée à Stockport et Telford.

Un capital verrouillé par Paris et Berlin

La structure de l'actionnariat constitue la singularité de cette introduction. À l'issue de l'opération, l'État français et l'État allemand détiendraient chacun 40 % du capital, ne laissant que 20 % des titres au flottant. Autrement dit, seule une action sur cinq sera réellement accessible aux investisseurs lors des premiers échanges.

Côté allemand, la banque publique de développement KfW a confirmé le 21 mai 2026 l'acquisition d'une participation de 40 %, pour un investissement estimé autour de 8 milliards d'euros, au même prix de souscription que celui qui sera fixé pour l'introduction. Les deux gouvernements prévoient ensuite de réduire progressivement leurs parts à 30 % chacun sur deux à trois ans, ce qui porterait le flottant à 40 %.

Ce projet ouvre un nouveau chapitre dans le développement de KNDS comme champion européen unique, a déclaré Jean-Paul Alary, directeur général de KNDS.

Le ménage avant la cotation

Pour clarifier son bilan avant l'opération, KNDS a cédé une partie de sa participation dans l'équipementier RENK, spécialiste des transmissions. Le 22 mai 2026, le groupe a placé environ 5,8 % du capital de RENK par construction accélérée de livre d'ordres, encaissant près de 262 millions d'euros. La participation résiduelle, d'environ 10 %, reste un fournisseur clé pour la chaîne de traction du Leopard 2 et fait l'objet d'une période de blocage de 180 jours, soit jusqu'en novembre.

Ce que cela signifie pour les épargnants français

Pour un investisseur particulier, cette introduction présente un profil contrasté. D'un côté, KNDS bénéficie d'un carnet de commandes record et d'une visibilité rare, portée par des budgets de défense en hausse durable en Europe. De l'autre, le flottant très réduit limite la liquidité du titre et donne un poids décisif aux deux États actionnaires, dont les priorités industrielles peuvent diverger de celles d'un actionnaire financier.

La valorisation visée, estimée entre 18 et 20 milliards d'euros, a déjà été revue à la baisse par rapport aux 25 milliards évoqués plus tôt dans l'année, signe d'un marché plus exigeant sur les marges du secteur. Les investisseurs prudents pourront privilégier une exposition indirecte, par exemple via des fonds indiciels sectoriels logés dans un plan d'épargne en actions ou une assurance vie, plutôt qu'un achat de titres en direct lors d'un placement où la demande risque de dépasser largement l'offre disponible.

Les prochaines étapes à surveiller

Trois jalons commanderont la suite. D'abord, la publication officielle du rapport Freshfields, qui doit confirmer définitivement l'absence d'irrégularité. Ensuite, le dépôt du prospectus et la fixation de la fourchette de prix, qui validera la valorisation réelle. Enfin, l'appétit des marchés au moment du lancement : un environnement de taux longs élevés et de tensions géopolitiques peut soit soutenir le récit de la défense, soit refroidir les souscriptions. La fenêtre de l'été 2026 dira si KNDS rejoint le cercle restreint des grandes valeurs de défense cotées du continent.

Tags :

#knds#introduction-en-bourse#defense#euronext-paris#francfort#leopard-2#caesar#lazard#renk#rearmement-europeen

À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

Approfondir avec nos guides