KNDS reporte son introduction en bourse à Paris et Francfort : ce qu'il faut savoir
KNDS a reporté le 1er juillet son introduction en bourse à Paris et Francfort : les investisseurs refusaient de valoriser le fabricant du Leopard 2 au delà de 12 milliards d'euros, loin des 15 à 18 milliards espérés. Première fenêtre de reprise envisagée : septembre 2026.
Une introduction en bourse reportée au dernier moment
Le feuilleton boursier de KNDS, le groupe franco-allemand qui fabrique le char Leopard 2 et le canon Caesar, a connu un coup d'arrêt. Le 1er juillet 2026 au soir, une semaine après avoir officialisé son intention d'entrer en bourse à Paris et à Francfort, le groupe a annoncé le report de son introduction, invoquant « la volatilité actuelle des marchés pour le secteur européen de la défense ». Les actionnaires vendeurs disent vouloir reprendre le processus « dès le retour de conditions de marché plus favorables », sans fixer de nouvelle date.
Derrière la formule prudente, c'est un désaccord de valorisation qui a fait capoter l'opération. Selon le Financial Times, les investisseurs institutionnels refusaient de valoriser le groupe au delà de 12 milliards d'euros, quand la famille Wegmann, vendeuse de sa participation, avait fixé un plancher à 12,5 milliards. L'écart paraît mince, mais il traduit une défiance plus large : KNDS visait encore 15 à 18 milliards en interne au lancement de l'opération, et la presse évoquait 18 à 20 milliards au printemps.
Du feu vert de l'audit au coup de frein
Le calendrier s'était pourtant dégagé fin mai. Le cabinet PwC, qui refusait de certifier les comptes 2025 tant qu'une enquête interne confiée à Freshfields n'avait pas rendu ses conclusions sur un contrat qatari de 2013 (24 canons automoteurs PzH 2000 et 62 chars Leopard 2 pour environ 1,89 milliard d'euros), a validé les chiffres après qu'aucune preuve de faute pénale n'a été établie. Le 24 juin, KNDS annonçait formellement son intention de coter environ 20 % du capital, cédés par GIAT Industries (l'État français) et par Wegmann & Co, avec une première cotation attendue à la mi-juillet.
Deux jours plus tard, la commission du budget du Bundestag validait le rachat par la banque publique KfW des 40 % de la famille Wegmann, pour un montant pouvant atteindre 7,2 milliards d'euros, indexé sur le prix d'introduction. Ce rachat, qui scelle la parité franco-allemande au capital après la décision de sortie de la famille Bode-Wegmann, reste de fait gelé : sans cotation, pas de prix d'introduction, donc pas de transaction, même si Berlin a confirmé début juillet maintenir son engagement.
Un secteur qui a corrigé au pire moment
La fenêtre choisie s'est refermée en quelques jours. Le 24 juin, les informations sur l'abandon probable par Berlin du programme de frégates F126, un contrat potentiel de plus de 12 milliards d'euros, ont fait chuter Rheinmetall de près de 18 % en séance et entraîné Hensoldt et Renk dans leur sillage. Plus largement, les investisseurs s'interrogent sur la conversion des promesses de réarmement européen en commandes fermes, sur la montée des drones bon marché face aux blindés lourds, et prennent leurs bénéfices après plusieurs années de hausse du secteur.
Un précédent a aussi pesé : Czechoslovak Group, cotée en janvier 2026 sur une valorisation supérieure à 33 milliards d'euros, aurait perdu selon la presse plus de la moitié de sa valeur depuis ses débuts. Dans ce contexte, une opération entièrement secondaire, où le produit de la vente va aux actionnaires sortants et non à l'entreprise, se vendait mal.
Des fondamentaux records, un paradoxe
Le coup de frein tranche avec les résultats. En 2025, le chiffre d'affaires a progressé de 15,9 % à 4,4 milliards d'euros, le résultat d'exploitation est passé de 500 à 661 millions d'euros (marge de 15 %), le flux de trésorerie disponible a atteint 980 millions et le carnet de commandes a bondi à 33,1 milliards d'euros fin 2025, contre 23,5 milliards un an plus tôt. Le groupe emploie environ 11 000 personnes et vise pour 2026 une croissance du chiffre d'affaires proche de 30 %, avec une ambition de 11 à 12 milliards d'euros de revenus à moyen terme.
Une opération 100 % secondaire au flottant verrouillé
La structure envisagée reste inchangée en cas de reprise. Après cotation, la France et l'Allemagne détiendraient chacune 40 % du capital, avec un engagement de conservation de dix ans, un plancher de 30 % que ni l'un ni l'autre ne peut franchir sans accord mutuel, et des droits de vote doubles après deux ans de détention. Le flottant plafonnerait à 20 % en comptant l'option de surallocation : une action sur cinq seulement serait accessible au marché. Le syndicat bancaire réunit BofA, Deutsche Bank, Goldman Sachs et Société Générale comme coordinateurs globaux, UBS, puis BNP Paribas, Citigroup, Commerzbank, Crédit Agricole CIB, Natixis et UniCredit, avec Lazard en conseil indépendant.
Ce que cela change pour les épargnants français
Concrètement, rien à souscrire à ce stade. L'opération était conçue comme un placement global auprès d'institutionnels : les particuliers n'auraient eu accès au titre qu'après la première cotation, et le report ne les prive donc d'aucune tranche réservée. Pour s'exposer au thème de la défense européenne, la voie la plus praticable reste les fonds indiciels sectoriels logés dans un plan d'épargne en actions ou une assurance vie, en gardant en tête la violence de la correction récente du secteur. Si l'introduction revient, les réserves exprimées avant le report gardent toute leur actualité : un flottant de 20 % limite la liquidité, et deux États actionnaires verrouillés à 80 % pèseront toujours plus que les minoritaires.
Les prochaines étapes à surveiller
Le consensus des analystes situe la première fenêtre de reprise possible en septembre 2026, à condition que les valeurs de défense se stabilisent, et n'exclut pas un glissement à fin 2026, voire 2027. KNDS affirme avoir « achevé pour l'essentiel toutes les phases de préparation » et se dit prêt à relancer le processus rapidement. Trois signaux diront si le dossier repart : l'évolution des multiples du secteur après la correction de juin, une communication des actionnaires étatiques sur le calendrier, et la publication d'une nouvelle fourchette de prix, qui révélera si les vendeurs ont accepté la valorisation que le marché est prêt à payer.
Pour suivre la relance du dossier KNDS et l'ensemble des opérations à venir ou récentes sur Euronext Paris, consultez notre calendrier des introductions en bourse, mis à jour chaque nuit à partir des visas publiés par l'AMF.
Approfondir le sujet
Retrouvez nos guides experts sur Investissement en Actions
Élections fédérales allemandes : l'impact sur l'épargne française
Les élections fédérales allemandes ont rebattu les cartes des marchés européens. Bilan des conséquen…
Top 15 des Meilleures Actions à Acheter en 2025 (CAC 40 & International)
Découvrez les 15 meilleures actions à acheter au CAC 40 et à l'international. Analyse complète : cou…
PEA ou Compte Titres : Quelle Enveloppe Fiscale Choisir ?
PEA ou CTO, quelle enveloppe choisir ? Comparatif fiscal détaillé, simulations sur 20 ans et stratég…
Approfondir le sujet
Retrouvez nos guides experts sur Investissement en Actions
Élections fédérales allemandes : l'impact sur l'épargne française
Les élections fédérales allemandes ont rebattu les cartes des marchés européens. Bilan des conséquen…
Top 15 des Meilleures Actions à Acheter en 2025 (CAC 40 & International)
Découvrez les 15 meilleures actions à acheter au CAC 40 et à l'international. Analyse complète : cou…
PEA ou Compte Titres : Quelle Enveloppe Fiscale Choisir ?
PEA ou CTO, quelle enveloppe choisir ? Comparatif fiscal détaillé, simulations sur 20 ans et stratég…