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L'Oréal détrône LVMH : la première capitalisation française change de mains

L'Oréal a clôturé le 15 septembre 2026 à 202,9 milliards d'euros de capitalisation, devant les 201,4 milliards de LVMH. Le groupe de beauté devient la première valeur de la Bourse de Paris, au terme d'une chute de 37 % du titre LVMH depuis janvier.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de deux colonnes lumineuses échangeant leur prééminence, symbolisant le basculement des capitalisations boursières à la Bourse de Paris

L'Oréal a terminé la séance du mardi 15 septembre 2026 avec une capitalisation boursière de 202,9 milliards d'euros, contre 201,4 milliards pour LVMH. Le groupe de cosmétiques devient la première valeur de la cote parisienne, une place que le conglomérat dirigé par Bernard Arnault détenait jusqu'à cette clôture.

L'écart se limite à 1,5 milliard d'euros et il s'est formé en une seule séance. La veille, au soir du 14 septembre, LVMH valait encore 205,8 milliards contre 204,5 milliards à L'Oréal, soit 1,3 milliard d'avance. Le titre LVMH a cédé 2,14 % à 408,50 euros mardi, quand L'Oréal se limitait à un repli de 0,78 % à 381,20 euros.

Une bascule de 1,5 milliard d'euros à la clôture parisienne

Le calcul repose sur des nombres d'actions très différents. L'Oréal compte 532,39 millions de titres en circulation, LVMH 493,10 millions. Le groupe de beauté affiche donc la capitalisation la plus élevée malgré un cours de Bourse inférieur de 27,30 euros à celui de son voisin du CAC 40.

La séance a été rude pour tout le compartiment. LVMH a touché 404,55 euros en cours de journée, son plus bas niveau sur douze mois. Hermès a perdu 2,51 % à 1 378,50 euros, également au plancher de sa fourchette annuelle, ce qui ramène sa capitalisation à 144,4 milliards d'euros. Le CAC 40 a pour sa part cédé 0,25 % à 8 097,24 points, une baisse sans commune mesure avec celle des valeurs de luxe.

La comparaison sur douze mois mesure l'ampleur du mouvement. LVMH a inscrit un plus haut à 654,70 euros au cours de l'année écoulée. Au cours de clôture de mardi, le titre abandonne 37,6 % depuis ce sommet, ce qui correspond à près de 121 milliards d'euros de valeur effacée.

Le luxe souple encaisse le ralentissement chinois

Selon Bloomberg, qui a sorti l'information mardi matin sous les signatures de Julien Ponthus et Michael Msika, le recul fait sortir LVMH du top 10 des capitalisations européennes pour la première fois depuis 2017. L'agence chiffre la baisse du titre à environ 37 % depuis le 1er janvier 2026 et à près de 55 % depuis le pic de 2023, quand l'action dépassait 900 euros. Le repli ramène la valorisation à ses niveaux de la période pandémique.

Les causes avancées relèvent de la demande finale. Bloomberg cite l'essoufflement du marché chinois et un conflit au Moyen-Orient qui pèse sur les dépenses dans les principaux pôles commerciaux. Louis Vuitton, la marque la plus profitable du groupe, affronte en Chine une contestation des consommateurs née d'un litige de marque avec une entreprise de thé locale.

« Ceux qui affirment que l'Europe est de retour ont tort. L'Europe n'est pas de retour : ce que nous dit LVMH, c'est que son principal moteur de croissance, le luxe, est cassé », déclare Vincent Juvyns, chief investment strategist chez ING à Bruxelles, cité par Bloomberg.

Les bureaux d'analyse ont accompagné le mouvement. HSBC a abaissé le 9 septembre 2026 sa recommandation sur LVMH de « acheter » à « conserver » et ramené son objectif de cours de 600 à 490 euros, l'équipe dirigée par Anne-Laure Bismuth jugeant que le second semestre 2026 « ne sera pas plus favorable et pourrait s'avérer plus difficile à négocier ». Plusieurs autres courtiers ont réduit leurs notes et leurs objectifs ces derniers jours.

Le contrecoup dépasse la seule cote. D'après l'indice Bloomberg Billionaires, Bernard Arnault est sorti la semaine dernière du classement des dix premières fortunes mondiales.

La beauté affiche une marge record quand la mode recule

L'autre moitié de l'explication se lit dans les comptes de L'Oréal. Le groupe a publié le 29 juillet 2026 un chiffre d'affaires semestriel de 23,77 milliards d'euros, en progression de 6,8 % à données comparables et de 5,8 % en données publiées. La croissance comparable ajustée ressort à 6,5 %, un rythme que la direction situe nettement au-dessus de celui du marché mondial de la beauté.

La rentabilité suit la même pente. La marge opérationnelle a atteint 21,3 %, un record pour un premier semestre, avec des investissements de marque relevés de 70 points de base. Le résultat net hors éléments non récurrents s'établit à 3 959,6 millions d'euros, en hausse de 4,7 %.

« L'Oréal a réalisé un solide premier semestre. Avec une croissance comparable ajustée de 6,5 %, L'Oréal a maintenu sa forte dynamique et accru sa surperformance par rapport au marché mondial de la beauté », a commenté Nicolas Hieronimus, directeur général de L'Oréal, le 29 juillet 2026.

Le groupe a par ailleurs sécurisé une licence beauté mondiale exclusive de cinquante ans avec Kering sur la marque Gucci, effective au 1er juillet 2027. Elle prolonge le rachat de Kering Beauté et de la Maison Creed pour 4 milliards d'euros, finalisé le 31 mars 2026.

Un écart de valorisation de plus de treize points de PER

Le paradoxe de cette bascule apparaît dans les agrégats. Sur douze mois glissants, LVMH a réalisé 79,64 milliards d'euros de chiffre d'affaires, contre 45,35 milliards pour L'Oréal. Le conglomérat facture 1,76 fois plus que le groupe de beauté et emploie 196 647 personnes contre 79 033. Sa capitalisation est désormais la plus faible des deux.

L'explication passe par les multiples de valorisation. L'Oréal se traite à 32,6 fois ses bénéfices, LVMH à 19,0 fois. Sur les bénéfices attendus, l'écart se resserre à 26,9 contre 17,5. Le marché paie une prime pour une croissance de 3,5 % du chiffre d'affaires sur douze mois glissants chez L'Oréal, quand celui de LVMH recule de 3,8 %. En 2025, les ventes du conglomérat avaient déjà baissé de 4,58 %, à 80,81 milliards d'euros.

Le consensus des analystes ne valide pas ce classement. L'objectif de cours moyen sur LVMH s'établit à 559,77 euros, soit 37,0 % au-dessus du cours de mardi. Celui de L'Oréal ressort à 418,42 euros, un potentiel de 9,8 %. Les bureaux d'études considèrent donc LVMH comme nettement plus décoté, sans que les flux acheteurs se matérialisent pour l'instant.

Quelles conséquences pour les portefeuilles français ?

Les épargnants français sont exposés aux deux valeurs par de multiples canaux. Les fonds indiciels cotés (ETF, exchange traded funds) qui répliquent le CAC 40, éligibles au plan d'épargne en actions (PEA), pondèrent leurs lignes selon la capitalisation flottante. Un changement de tête de cote modifie mécaniquement le poids relatif des deux titres dans ces fonds, donc dans les unités de compte des contrats d'assurance vie qui les hébergent.

Derrière le duo de tête, les capitalisations françaises décrochent nettement. TotalEnergies ressort à 176,8 milliards d'euros, Airbus à 154,3 milliards, Schneider Electric à 153,0 milliards et Safran à 133,3 milliards, sur la base des cours de clôture du 14 septembre 2026. Hermès, à 144,4 milliards au 15 septembre, s'intercale dans ce peloton. Aucune de ces valeurs ne se rapproche des 200 milliards à court terme.

Pour un détenteur de PEA investi en titres vifs, la séquence illustre le risque de concentration sectorielle. Le luxe a représenté pendant plusieurs années le principal moteur de la cote parisienne. Sa contribution s'est inversée en 2026, avec un repli de 37 % sur LVMH depuis janvier selon Bloomberg.

À surveiller dans les prochaines semaines

Deux rendez-vous rythmeront la suite. LVMH publie ses ventes du troisième trimestre le 9 octobre 2026 et L'Oréal les siennes le 20 octobre 2026. Ces deux publications diront si le repli des ventes du conglomérat se prolonge et si la dynamique de la beauté tient son rythme.

L'écart de 1,5 milliard d'euros demeure étroit à l'échelle de capitalisations supérieures à 200 milliards. Une hausse de 1 % du titre LVMH sur une seule séance suffirait à rétablir l'ordre antérieur. La donnée durable se situe dans la longueur du cycle baissier du luxe, entamé au sommet de 2023 et désormais comparable par son ampleur au décrochage de la crise financière de 2008, selon Bloomberg.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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