Entreprises

Waymo choisit Munich pour sa première implantation dans l'Union européenne

Waymo prépare à Munich son premier service de robotaxis dans l'Union européenne. La filiale d'Alphabet démarre par la cartographie de la ville et vise une ouverture commerciale vers la fin 2027, sous réserve des agréments allemands.

Rédacteur en chef, France Épargne
7 min de lecture713 vues
Visualisation abstraite de trajectoires de mobilité autonome traversant une trame urbaine, en dégradé bleu profond et vert

Waymo a annoncé le 25 août 2026 la préparation de son service de courses entièrement autonomes à Munich. La filiale d'Alphabet pose le premier jalon de son implantation dans un pays de l'Union européenne, après Londres et Tokyo, ses deux autres chantiers internationaux situés hors du bloc communautaire.

L'entreprise revendique plus de 20 millions de trajets réalisés et plusieurs centaines de milliers de courses commerciales chaque semaine. Elle décrit la capitale bavaroise comme l'un des principaux pôles mondiaux d'ingénierie automobile et de mobilité urbaine.

Ce que Waymo annonce à Munich

Dans les prochaines semaines, des véhicules Waymo circuleront dans les rues munichoises, conduits manuellement par des opérateurs. Cette première étape sert à cartographier en haute définition le réseau viaire local. Viendront ensuite des essais avec des spécialistes formés derrière le volant, chargés de valider le comportement du système dans le trafic bavarois.

« Munich est un pôle mondial de premier plan pour la mobilité et l'ingénierie, et rejoindre cette ville marque une étape importante de notre expansion mondiale. À l'approche du lancement, gagner la confiance de la communauté est notre priorité absolue. Nous comptons investir dans des opérations de flotte locales, créer des emplois qualifiés et proposer un service sûr et fiable aux résidents comme aux visiteurs. »

Tekedra Mawakana, à la codirection générale de Waymo

Un calendrier prudent jusqu'à fin 2027

Le service commercial ouvert au public n'est visé que vers la fin de 2027. Ce décalage de plus de deux ans sépare l'annonce du jour d'un véritable lancement. L'entreprise parle elle même de poser les fondations de son futur service.

Ce calendrier reste suspendu aux autorisations administratives. Waymo indique dialoguer avec les autorités locales, régionales et fédérales sur les agréments nécessaires. Aucune homologation n'est acquise à ce stade.

Le groupe s'appuie sur un dossier de sécurité étoffé : plus de 350 millions de kilomètres parcourus en conduite entièrement autonome, avec 16 fois moins d'accidents provoquant des blessures graves que les conducteurs humains, 14 fois moins d'accidents avec blessure impliquant un piéton et 6 fois moins impliquant un cycliste, selon ses propres données.

Berlin et la Bavière déroulent le tapis réglementaire

L'Allemagne s'est dotée dès 2021 d'un cadre juridique pour la conduite autonome. Le paragraphe 1d de la loi sur la circulation routière, le Straßenverkehrsgesetz, définit le véhicule à fonction de conduite autonome comme capable d'assurer la tâche de conduite sans conducteur dans un domaine d'exploitation délimité. Le texte impose une surveillance technique humaine, habilitée à désactiver le véhicule et à autoriser certaines manœuvres. Le règlement d'application, l'AFGBV, fixe les conditions d'agrément et d'exploitation.

« La conduite autonome est la clé de la mobilité de demain. Nous voulons faire de l'Allemagne un leader mondial de l'innovation et de la production en matière de conduite autonome. Nous avons déjà mis en place le cadre juridique », affirme Christian Hirte, secrétaire d'État parlementaire auprès du ministère fédéral des Transports. Waymo, poursuit ce dernier, « planifie actuellement la première mise sur le marché allemand de véhicules autonomes en exploitation régulière ».

Du côté bavarois, l'accueil est explicite. « Le fait que Waymo choisisse Munich pour entrer sur le marché allemand et y établir son service de transport autonome souligne la réputation de la Bavière comme site technologique de premier plan », déclare Florian Herrmann, à la tête de la chancellerie d'État de Bavière, qui appelle à « réduire la bureaucratie et lever les obstacles réglementaires ».

Le terrain avait été préparé discrètement. Waymo Germany GmbH a été constituée le 13 mai 2026 et inscrite au registre du commerce de Munich le 15 juin, avec pour objet social la prestation de services de transport par véhicules autonomes.

Munich, champ de bataille des robotaxis

La ville concentre déjà des ambitions concurrentes. Uber et le spécialiste chinois Momenta prévoient d'y tester des véhicules de niveau 4, avec l'objectif d'étendre ensuite le service à d'autres villes européennes. « L'Allemagne a façonné l'industrie automobile mondiale pendant plus d'un siècle, et Munich va maintenant contribuer à façonner son avenir avec les véhicules autonomes », déclarait Dara Khosrowshahi, qui dirige Uber.

Volkswagen avance de son côté avec sa filiale MOIA, qui fait déjà circuler des navettes autonomes à Hambourg auprès d'habitants préinscrits et vise une homologation européenne pour une exploitation sans conducteur en 2027. Lyft prévoit de proposer les véhicules d'Apollo Go, filiale de Baidu, en Allemagne et au Royaume-Uni. Le croate Rimac déploie son service Verne à Zagreb avec la technologie de Pony.ai.

Waymo aborde donc un marché disputé, fort de son volume commercial et handicapé par un calendrier plus tardif que celui de plusieurs rivaux.

Le poids financier du pari autonome

Waymo a levé 16 milliards de dollars en février 2026, pour une valorisation post money de 126 milliards. Le tour a été mené par Dragoneer Investment Group, DST Global et Sequoia Capital, Alphabet conservant son statut d'actionnaire majoritaire. La levée précédente, en octobre 2024, portait sur 5,6 milliards de dollars pour une valorisation de 45 milliards.

L'activité a triplé en 2025, à 15 millions de courses annuelles. « Waymo est une entreprise exceptionnelle, qui exploite son avantage de données cumulées pour inaugurer une nouvelle ère du transport », commentait Konstantine Buhler, associé chez Sequoia, au moment de cette opération.

En Bourse, la réaction reste discrète. L'action Alphabet s'échangeait à 348,29 dollars le 25 août en séance, en hausse de 0,07 %, pour une capitalisation boursière de 4 260 milliards. Le titre évolue dans une fourchette de 205,28 à 408,61 dollars sur douze mois, avec un objectif de cours moyen des analystes à 428,07 dollars.

Quel intérêt pour un épargnant français ?

Aucun support ne donne accès directement à Waymo, société non cotée. L'exposition passe par Alphabet, dont l'activité de robotaxi ne pèse qu'une fraction marginale des 445,9 milliards de chiffre d'affaires enregistrés sur douze mois. La maison mère loge Waymo dans son segment Other Bets, déficitaire et suivi à part par les analystes.

Un épargnant français peut détenir le titre via un compte titres ordinaire ou en unités de compte dans un contrat d'assurance vie ou un plan d'épargne retraite. Les actions américaines demeurent exclues du plan d'épargne en actions. En compte titres, dividendes et gains de cession relèvent du prélèvement forfaitaire unique, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, une addition de 31,4 %.

Le second canal est sectoriel. La bataille du robotaxi met sous pression les constructeurs européens, Volkswagen, Stellantis et Renault en tête, largement présents dans les fonds actions Europe logés en assurance vie. Renault expérimente déjà l'autonomie avec le chinois WeRide, titulaire d'un agrément français de niveau 4, qui exploite depuis février un service commercial de navette autonome sur route ouverte à Valence, dans la Drôme, aux côtés de beti et de Macif.

Ce qu'il faut surveiller

  • Le dépôt et l'instruction des demandes d'agrément auprès des autorités allemandes, étape obligatoire avant toute course sans conducteur.
  • Le passage de la conduite manuelle aux essais supervisés à Munich, indicateur du rythme réel du déploiement.
  • L'issue du chantier londonien, où Waymo teste depuis avril une centaine de véhicules électriques sur environ 260 kilomètres carrés avec l'opérateur Moove.
  • La réaction du secteur du taxi allemand et des collectivités locales, déterminante pour l'acceptabilité du service.
  • Les prochaines publications trimestrielles d'Alphabet et le détail des pertes du segment Other Bets.

Waymo engage à Munich une partie dont l'issue dépend d'abord des autorisations allemandes. Le groupe dispose du capital et du volume commercial. Il lui manque encore les agréments qui transformeront ses essais en service payant, et deux ans le séparent de la première course commerciale.

Sources

Tags :

#waymo#alphabet#robotaxi#munich#allemagne#vehicule-autonome#mobilite#uber#volkswagen#union-europeenne

À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

Approfondir avec nos guides