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HPE bondit de 25 % après un trimestre record : Juniper et l'IA dopent le réseau

Hewlett Packard Enterprise a publié un chiffre d'affaires record de 10,68 milliards de dollars au deuxième trimestre, en hausse de 40 %. Le segment réseau bondit de 148 % grâce à Juniper et l'action gagne près de 25 %.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de réseaux de données interconnectés et de flux numériques évoquant l'infrastructure informatique et l'intelligence artificielle

Hewlett Packard Enterprise a dévoilé le 1er juin des résultats trimestriels qui ont surpris jusqu'aux analystes les plus optimistes. Le groupe informatique américain a publié un chiffre d'affaires record de 10,68 milliards de dollars pour son deuxième trimestre fiscal clos en avril, en progression de 40 % sur un an, très au-dessus du consensus qui tablait sur 9,79 milliards. L'action a clôturé la séance du 1er juin en hausse de 9,2 %, avant de s'envoler de plus de 25 % dès l'ouverture du 2 juin, pour s'approcher des 59 dollars.

La publication marque un tournant pour un groupe longtemps considéré comme un acteur de second rang de l'infrastructure informatique. Le bénéfice par action ajusté ressort à 0,79 dollar, contre 0,38 dollar un an plus tôt, et dépasse de 46 % l'estimation moyenne des analystes, située autour de 0,54 dollar. Le résultat net par action en normes comptables américaines passe de pertes à 0,44 dollar.

Le pari Juniper commence à payer

Le moteur de ce trimestre se nomme réseau. Cette division a généré 2,69 milliards de dollars de revenus, en hausse de 148 % sur un an, portée par l'intégration de Juniper Networks. HPE avait racheté ce spécialiste des équipements réseau pour 14 milliards de dollars, une opération qui avait suscité un fort scepticisme. Le projet était resté plusieurs mois bloqué dans les méandres réglementaires, le ministère américain de la Justice ayant contesté la concentration avant de transiger.

Les investisseurs s'interrogeaient alors sur le prix payé. Ces doutes paraissent aujourd'hui plus difficiles à entretenir : les commandes de la division réseau progressent nettement plus vite que les revenus, et la demande liée à l'intelligence artificielle alimente le carnet. « L'acquisition de Juniper a été, dans mon esprit, un coup gagnant. Nous pensons que la stratégie fonctionne », a déclaré Antonio Neri, président-directeur général de HPE.

« Le réseau autonome n'est plus un concept. C'est une réalité », a affirmé Antonio Neri lors de la présentation des résultats.

La demande IA gonfle les serveurs et le carnet de commandes

L'autre pilier de la croissance est le pôle Cloud et IA, qui rassemble les serveurs, le stockage et les services financiers. Il affiche 7,71 milliards de dollars de revenus, en hausse de 23 %. Les serveurs à eux seuls pèsent 5,45 milliards, contre une attente de 4,62 milliards, tandis que le stockage atteint 1,18 milliard et les services financiers 904 millions.

Le groupe a engrangé 1,8 milliard de dollars de commandes de systèmes d'intelligence artificielle sur le trimestre et aborde la période suivante avec un carnet de 5,9 milliards de dollars consacré à l'IA, un niveau qui a quasiment doublé sur un an. Les commandes de serveurs traditionnels ont elles aussi plus que doublé, signe que les entreprises modernisent leur parc informatique pour préparer le déploiement de modèles d'intelligence artificielle.

« Nous n'avons constaté aucun report de commandes. Nous ne voyons pas de rupture. Personne ne veut être distancé sur le déploiement de l'IA », a insisté Antonio Neri, cherchant à écarter la crainte d'un cycle de surinvestissement passager.

Une rentabilité retrouvée

La performance ne tient pas qu'au volume. La marge brute ajustée s'établit à 36,9 %, en progression d'environ sept points et demi sur un an. La génération de trésorerie marque le redressement le plus spectaculaire : le flux de trésorerie disponible atteint 915 millions de dollars, alors qu'il était négatif de 847 millions un an plus tôt, un retournement de plus d'un milliard et demi.

« Nous avons dégagé une forte rentabilité et une solide génération de trésorerie ce trimestre grâce à une discipline opérationnelle constante et à une exécution en avance sur les synergies de coûts liées à Juniper et au plan Catalyst », a indiqué Marie Myers, vice-présidente exécutive et directrice financière de HPE.

Des prévisions relevées en forte hausse

Fort de ce trimestre, le groupe a sensiblement relevé ses perspectives annuelles. HPE anticipe désormais une croissance de son chiffre d'affaires comprise entre 29 % et 33 % pour l'exercice 2026, contre une fourchette de 17 % à 22 % précédemment. Le bénéfice par action ajusté est attendu entre 3,35 et 3,45 dollars, alors que l'objectif précédent oscillait entre 2,30 et 2,50 dollars.

Le groupe affirme atteindre certains objectifs financiers de long terme avec environ deux ans d'avance sur le calendrier qu'il s'était fixé. Cette accélération illustre l'ampleur de la vague d'investissements dans les centres de données et l'infrastructure d'intelligence artificielle, dont profitent désormais des fournisseurs au-delà du seul fabricant de puces Nvidia.

La prudence reste de mise

Tous les observateurs ne partagent pas l'enthousiasme. Certains analystes pointent un endettement encore élevé, avec un ratio de levier proche de 4,2 fois, héritage en partie du financement de l'acquisition de Juniper. Des cessions d'actions par des dirigeants à des cours inférieurs, intervenues avant la publication, nourrissent également des interrogations sur la durabilité du rebond.

La question centrale demeure celle de la pérennité de la demande. Le fait de relever un plan pluriannuel de deux ans suppose que l'appétit des entreprises pour l'infrastructure d'IA se maintienne à un rythme soutenu. Or l'histoire des cycles technologiques a montré que les carnets de commandes records pouvaient se contracter brutalement lorsque les budgets se normalisent. Le débat oppose ainsi ceux qui voient en HPE un acteur durablement transformé et ceux qui redoutent un emballement lié à la mode de l'intelligence artificielle.

Ce qu'il faut surveiller

  • La conversion du carnet de commandes IA de 5,9 milliards de dollars en revenus effectifs et en marges sur les prochains trimestres.
  • L'évolution du ratio d'endettement et le rythme de désendettement après l'opération Juniper.
  • La poursuite, ou non, de la dynamique des commandes réseau, qui croissent plus vite que les revenus.
  • La tenue des résultats de ses concurrents directs comme Dell, dont la publication récente avait déjà tiré l'action HPE à la hausse.

Pour l'épargnant français exposé aux valeurs technologiques américaines via un compte-titres, un fonds ou un produit indiciel, le cas HPE rappelle deux principes. D'abord, une publication trimestrielle peut faire varier un titre de plus de 25 % en une séance, ce qui plaide pour la diversification et l'investissement régulier plutôt que pour le pari concentré. Ensuite, la vague d'investissements dans l'intelligence artificielle ne se limite plus aux quelques noms les plus médiatisés : elle irrigue désormais l'ensemble de la chaîne de l'infrastructure informatique, des serveurs aux équipements réseau.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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