Charles Schwab ouvre le trading crypto à 46 millions de clients : la finance traditionnelle bascule
Le géant américain du courtage Charles Schwab, qui gère 12 000 milliards de dollars d'actifs, lance le trading spot de Bitcoin et d'Ethereum au deuxième trimestre 2026. Avec 46 millions de comptes actifs, cette initiative accélère la convergence entre finance traditionnelle et actifs numériques.

Le plus grand courtier américain franchit le pas
Charles Schwab, première plateforme de courtage aux États Unis par les actifs sous gestion, a confirmé le 3 avril 2026 le lancement imminent de son service « Schwab Crypto ». Ce nouveau compte permettra à ses 46 millions de clients actifs d'acheter et de vendre du Bitcoin et de l'Ethereum directement, au sein de la même interface où ils gèrent déjà leurs actions, obligations et fonds.
Le déploiement débutera par une phase pilote au deuxième trimestre 2026, suivie d'une ouverture progressive à l'ensemble de la clientèle. Le service fonctionnera via la filiale Charles Schwab Premier Bank, SSB, et sera réservé dans un premier temps aux résidents américains, à l'exception de l'État de New York et de la Louisiane.
Rick Wurster, directeur général de Schwab, a déclaré dans un entretien avec Barron's en mars : « Nous restons en bonne voie pour lancer notre offre crypto spot au premier semestre 2026, en commençant par le Bitcoin et l'Ethereum. » Sa philosophie est claire : les clients souhaitent visualiser leurs actifs numériques sur le même écran que leurs portefeuilles d'actions et d'obligations.
Des chiffres qui donnent le vertige
L'ampleur de Schwab transforme cette annonce en événement systémique. La société gère 12 200 milliards de dollars d'actifs clients, soit davantage que le PIB du Japon. Ses 46 millions de comptes actifs représentent environ un foyer américain sur six. Le trafic lié aux pages crypto du site a bondi de 400 % en 2025, dont 70 % provenaient de visiteurs non encore clients, un signal de demande latente considérable.
L'action Schwab (SCHW) affiche un cours de 93,77 dollars au 3 avril, en progression de 19 % sur un an, signe que les investisseurs valorisent déjà ce virage stratégique. Le Bitcoin s'échangeait à 66 907 dollars et l'Ethereum à 2 038 dollars à la même date.
Un modèle de compte intégré, pas un ETF
La stratégie de Schwab se distingue de l'approche par ETF adoptée par la plupart de ses concurrents. Au lieu de proposer uniquement des produits cotés répliquant le cours du Bitcoin (comme le iShares Bitcoin Trust de BlackRock), Schwab offre la détention directe des cryptomonnaies. Les clients possèderont réellement leurs tokens, conservés dans un environnement de garde institutionnel, tout en bénéficiant de l'interface unifiée de leur compte de courtage habituel.
Schwab proposait déjà une exposition indirecte via les ETF crypto, les actions de Coinbase (COIN) et de MicroStrategy (MSTR). Le passage au trading spot marque une rupture qualitative : le courtier ne se contente plus de faciliter l'accès, il devient lui même un point d'entrée natif vers les actifs numériques.
La course au crypto entre géants de Wall Street
L'initiative de Schwab s'inscrit dans une accélération sans précédent de l'adoption institutionnelle. En 2026, les principales maisons de courtage américaines se livrent une bataille féroce pour capter les flux crypto de leurs clients.
Morgan Stanley prépare le lancement du trading de Bitcoin, d'Ethereum et de Solana sur sa plateforme E*TRADE, également prévu pour le premier semestre 2026. La banque gère 8 200 milliards de dollars d'actifs et a été la première « wirehouse » à autoriser ses conseillers à recommander activement les ETF Bitcoin spot à l'ensemble de leurs clients patrimoniaux.
Merrill Lynch (Bank of America) autorise depuis janvier 2026 ses conseillers à recommander quatre produits négociés en bourse adossés aux cryptomonnaies, dont le Bitwise Bitcoin ETF et le iShares Bitcoin Trust.
Fidelity, qui gère plus de 5 000 milliards de dollars, propose déjà le trading crypto via Fidelity Digital Assets depuis 2018, ce qui en fait un précurseur. Le groupe a étendu son offre aux clients de détail en 2022.
En parallèle, EDX Markets, une plateforme d'échange dans laquelle Schwab détient une participation, a déposé une demande de charte bancaire nationale auprès de l'Office of the Comptroller of the Currency (OCC), un signal de l'ambition structurelle du courtier dans l'écosystème crypto.
Un marché en pleine structuration
Les ETF Bitcoin spot ont attiré 35,2 milliards de dollars de flux nets cumulés en 2024, et la seule première semaine de 2026 a généré plus de 1,2 milliard de dollars de capitaux frais. Le marché mondial des cryptomonnaies pèse désormais 2 380 milliards de dollars, avec une dominance du Bitcoin à 56,1 %.
Selon une étude de Security.org, 21 % des adultes américains possèdent des cryptomonnaies en 2026. Parmi les investisseurs disposant d'au moins 10 000 dollars en actifs financiers, ce taux atteint 17 %, contre seulement 2 % en 2018. Environ 86 % des investisseurs institutionnels détiennent ou envisagent de détenir des actifs numériques dans leur portefeuille, selon Grayscale.
Un cadre réglementaire qui se clarifie
Cette offensive des courtiers traditionnels repose sur un assouplissement progressif du cadre réglementaire américain.
En mars 2025, l'OCC a réaffirmé que la conservation de cryptomonnaies et certaines activités liées aux stablecoins sont autorisées pour les banques nationales. En avril 2025, la Réserve fédérale a retiré ses précédentes directives restrictives sur les crypto actifs et choisi de superviser ces activités via le processus prudentiel standard.
La Securities and Exchange Commission (SEC) a également assoupli ses règles comptables, facilitant l'inscription des actifs numériques au bilan des institutions financières. Ces évolutions réglementaires ont créé un environnement favorable qui a encouragé les grands courtiers à accélérer leurs plans.
Et en Europe ? Le cadre MiCA redéfinit les règles
De ce côté de l'Atlantique, le règlement européen MiCA (Markets in Crypto Assets) fixe un cadre harmonisé depuis le 30 décembre 2024. Les prestataires de services sur actifs numériques doivent obtenir un agrément avant le 1er juillet 2026 pour continuer à opérer dans l'Union européenne.
En France, l'Autorité des marchés financiers (AMF) accepte désormais les demandes d'agrément en tant que prestataire de services sur crypto actifs (PSCA) au titre de MiCA. L'AMF autorise également les crypto actifs comme sous jacents de titres de créance complexes destinés aux particuliers, ce qui ouvre la voie à des produits structurés avec protection du capital.
Les néocourtiers européens comme Trade Republic, enregistré PSAN en France depuis septembre 2022, et Revolut proposent déjà le trading de cryptomonnaies à leurs clients français. L'entrée massive des acteurs institutionnels américains pourrait accélérer les initiatives similaires chez les courtiers traditionnels européens comme Boursorama ou Société Générale.
Les implications pour les épargnants français
Même si le service Schwab Crypto ne sera pas directement accessible en France, son impact dépasse les frontières américaines.
Effet de légitimation : lorsqu'un gestionnaire de 12 000 milliards de dollars propose du Bitcoin à ses clients, le signal envoyé au marché mondial est sans ambiguïté. Les actifs numériques ne sont plus un marché de niche ; ils rejoignent les actions, les obligations et les matières premières dans l'allocation d'actifs standard.
Pression concurrentielle : les courtiers européens subiront une pression croissante pour enrichir leurs offres crypto. Un épargnant français habitué à Trade Republic ou Revolut pourrait bientôt voir son assureur vie ou sa banque privée proposer une exposition directe au Bitcoin.
Baisse des coûts : la compétition entre géants de Wall Street tire mécaniquement les frais vers le bas. Les plateformes spécialisées comme Coinbase ou Binance, qui facturent des commissions plus élevées que les courtiers traditionnels, devront ajuster leur tarification.
En 2026, un milliard de personnes dans le monde possèdent des cryptomonnaies, soit 12,24 % de la population mondiale. Le Bitcoin est détenu par 74 % des porteurs de crypto actifs. La question n'est plus de savoir si la finance traditionnelle adoptera les actifs numériques, mais à quel rythme cette convergence s'achèvera.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochaines semaines
Plusieurs échéances pourraient accélérer ou freiner cette dynamique.
Le lancement effectif du pilote Schwab Crypto, attendu courant avril ou mai, sera scruté par l'ensemble du secteur. Les volumes de trading et le nombre d'inscriptions lors des premières semaines donneront une indication fiable de la demande réelle parmi les investisseurs traditionnels.
Le déploiement de l'offre E*TRADE de Morgan Stanley, prévu sur un calendrier similaire, fournira un point de comparaison immédiat. Si les deux géants enregistrent une adoption rapide, cela pourrait déclencher une vague d'annonces similaires chez d'autres institutions.
En Europe, l'échéance du 1er juillet 2026 pour l'agrément MiCA obligera les acteurs du marché à clarifier leur positionnement. Les banques et courtiers qui n'auront pas sécurisé leur licence risquent de perdre du terrain face aux néocourtiers déjà agréés.
Enfin, l'évolution du cours du Bitcoin, en recul de 18,5 % sur un an et de 47 % par rapport à son plus haut historique, testera la conviction des nouveaux entrants. Un rebond pourrait amplifier l'effet d'entraînement ; une poursuite de la correction mettrait à l'épreuve la solidité de l'engagement institutionnel.