Droits de douane : la surtaxe américaine de 10 % expire le 24 juillet, le plafond de 15 % s'impose aux exportateurs français
La surtaxe américaine de 10 % arrive à son terme légal le 24 juillet. Pour la France, la donne est déjà fixée : un plafond de 15 % encadre depuis le 1er juillet la plupart des exportations vers les États-Unis, tandis que Bruxelles bataille pour exonérer 150 milliards d'euros de produits.
La surtaxe douanière de 10 % appliquée par Washington à la quasi totalité des importations mondiales atteint son terme légal le vendredi 24 juillet 2026. Instaurée le 24 février au titre de la section 122 du Trade Act de 1974, cette mesure ne peut, en droit américain, excéder 150 jours sans un vote du Congrès. Aucune prolongation n'a été adoptée. Pour les épargnants français exposés aux grandes valeurs exportatrices du CAC 40, l'échéance ravive une question devenue centrale depuis un an : quel niveau de taxation frappera durablement les produits européens vendus outre-Atlantique ?
Une échéance américaine qui ne rebat pas les cartes pour l'Union européenne
La fin de la section 122 concerne d'abord les pays tiers. Les services douaniers américains préparent des droits pris au titre de la section 301 du même Trade Act, autour de 12,5 %, visant une quarantaine d'économies allant de la Chine au Vietnam. Contrairement à la surtaxe qui expire, ces droits ne comportent ni plafond légal ni date de fin.
Les biens originaires de l'Union européenne suivent, eux, un régime distinct. Depuis le 1er juillet 2026, ils relèvent d'un plafond « tout compris » de 15 % issu de l'accord scellé à Turnberry, en Écosse, en juillet 2025 par la présidente de la Commission Ursula von der Leyen et le président Donald Trump. Ce plafond a déjà remplacé la surtaxe temporaire pour les produits européens. Autrement dit, la date du 24 juillet ne modifie pas mécaniquement la fiscalité douanière des exportations françaises : le cadre applicable est fixé.
Ce que couvre le plafond de 15 %
Le seuil de 15 % s'applique à environ deux tiers des marchandises européennes vendues aux États-Unis, soit près de 380 milliards d'euros de flux. En échange, l'Union a supprimé le 1er juillet ses propres droits sur la plupart des produits industriels américains. Plusieurs secteurs échappent toutefois à la taxe.
- Aéronautique : les avions, moteurs, équipements et pièces détachées restent exonérés, un répit décisif pour Airbus et sa chaîne de sous traitance.
- Automobile : les droits de la section 232 sont plafonnés à 15 % pour les véhicules et pièces d'origine européenne depuis le 1er août 2025, contre 25 % sans cet accord.
- Pharmacie : les produits pharmaceutiques européens bénéficient d'un plancher à 15 %, une clause protectrice alors que Washington brandit la menace de droits bien supérieurs sur certains médicaments.
À l'inverse, l'acier, l'aluminium et le cuivre demeurent frappés de 50 % sur les produits finis et de 25 % sur les dérivés, sans bénéfice du plafond. Ces filières concentrent l'essentiel du choc pour les industriels européens.
La bataille des exemptions : 150 milliards d'euros en jeu
Le véritable front s'est déplacé vers les dérogations. Bruxelles réclame le retrait du plafond de 15 % pour un ensemble de produits pesant environ 150 milliards d'euros par an, afin de les ramener aux taux antérieurs à 2025, en moyenne proches de 3,3 %. La liste vise le roquefort, l'huile d'olive, les vins, les spiritueux, la bière, les pâtes, les dispositifs médicaux, les équipements électriques et les machines.
Ces produits sont soit « économiquement significatifs » pour l'Union, soit caractérisés par une « disponibilité limitée sur le marché intérieur américain ».
Matthias Jørgensen, négociateur commercial de la Commission européenne, devant les eurodéputés
La négociation reste ardue. Une déclaration conjointe d'août 2025 prévoyait que Washington et Bruxelles « envisagent » de rétablir les taux d'avant 2025, sans engagement ferme. Les discussions sur l'acier et l'aluminium s'annoncent particulièrement difficiles.
Pourquoi la France est en première ligne
Les États-Unis constituent le deuxième client de la France, derrière l'Allemagne, avec 48,5 milliards d'euros d'exportations en 2024, un record. Ce marché représente 8,3 % des ventes françaises à l'étranger, portées surtout par l'aérospatial et la pharmacie. La balance bilatérale, excédentaire en 2019, est devenue déficitaire de 4,2 milliards d'euros en 2024, les importations françaises depuis les États-Unis atteignant 52,7 milliards.
Les vins et spiritueux illustrent la sensibilité de certaines filières. Avec 3,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires généré aux États-Unis en 2024, ce secteur figure parmi les premiers postes d'exportation français. Selon la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux, les ventes vers ce marché ont reculé de 20 à 25 % depuis l'entrée en vigueur des surtaxes. Le cognac pèse 67 % du chiffre d'affaires des spiritueux français outre-Atlantique, le champagne 43 % de celui des vins. La mémoire de 2019 reste vive : une surtaxe de 25 % sur les vins tranquilles, décidée en rétorsion du contentieux aéronautique, avait alors provoqué une chute des exportations de près de 50 % et environ 600 millions d'euros de pertes.
Ce que cela change pour l'épargnant
Pour l'investisseur particulier, l'enjeu n'est pas la date du 24 juillet mais la stabilisation du régime à 15 %. Ce niveau, quatre à cinq fois supérieur à la moyenne d'avant 2025, comprime les marges des exportateurs européens et pèse sur leurs perspectives bénéficiaires. Les grandes valeurs françaises exposées au marché américain, du luxe aux spiritueux en passant par l'industrie, intègrent désormais ce coût dans leurs prévisions.
Cette configuration plaide pour une diversification géographique et sectorielle des portefeuilles. Un placement adossé à des indices européens fortement tournés vers l'export américain reste plus vulnérable qu'une allocation équilibrée entre zones et thématiques. Les enveloppes comme le plan d'épargne en actions, éligible aux titres européens, permettent d'arbitrer entre valeurs domestiques et exportatrices selon le degré d'exposition tarifaire jugé acceptable.
Ce qu'il faut surveiller
Trois points structureront les prochaines semaines. Le premier : l'issue de la demande européenne d'exonérer 150 milliards d'euros de produits, qui déterminera le sort de filières comme les spiritueux. Le deuxième : la mise en œuvre effective des droits de section 301 sur les pays tiers, susceptible de déplacer les flux commerciaux mondiaux et d'affecter indirectement les chaînes d'approvisionnement européennes. Le troisième : les négociations sur l'acier et l'aluminium, où aucun plafond ne s'applique et où les tensions restent les plus fortes.
Pour les épargnants, la vigilance porte moins sur une échéance ponctuelle que sur la consolidation d'un environnement commercial durablement plus protectionniste, dont les effets se diffusent progressivement dans les résultats des entreprises exportatrices.
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