Réforme du transport sanitaire : la nouvelle donne pour la valeur des licences de taxi
La convention CNAM entrée en vigueur le 1er novembre 2025 vise 300 millions d'euros d'économies sur le transport de malades. Une pression directe sur les revenus qui portent la valeur des licences de taxi, actif alternatif toujours prisé.
Le marché des autorisations de stationnement (ADS), plus connues sous le nom de licences de taxi, aborde un tournant. La nouvelle convention-cadre nationale signée entre la Caisse nationale de l'assurance maladie (CNAM) et les entreprises de taxi, approuvée par l'arrêté du 29 juillet 2025 publié au Journal officiel du 8 août 2025, redessine l'économie du transport de malades assis. Elle abroge un premier texte du 16 mai 2025 et fixe un nouveau cadre tarifaire dont les effets se propagent désormais jusqu'au prix de revente des licences.
Pour les épargnants qui considèrent l'ADS comme un placement, la question est directe : si les recettes issues de l'assurance maladie reculent, la valeur de l'actif sous-jacent peut suivre. Le transport sanitaire représente en effet plus de la moitié du chiffre d'affaires des taxis conventionnés au niveau national, et jusqu'à 80 % pour certains exploitants installés hors des grandes métropoles.
Une réforme conçue pour freiner une dépense qui s'emballe
Les chiffres avancés par l'Assurance maladie expliquent l'urgence budgétaire. En 2024, les remboursements de transport de patients ont atteint 6,74 milliards d'euros, en hausse de 6,3 % sur un an. Les taxis en concentrent à eux seuls 3,07 milliards, soit 46 % de cette enveloppe, avec une progression de 7 % par rapport à 2023 et de 45 % depuis 2019.
Cette trajectoire s'inscrit dans un contexte financier tendu : le déficit de la Sécurité sociale s'est établi à 14 milliards d'euros en 2024 et pourrait grimper à 22 milliards en 2025. La réforme poursuit un objectif chiffré de 300 millions d'euros d'économies sur la période 2025 à 2027, en s'attaquant notamment aux retours à vide et en encourageant le transport partagé de plusieurs patients.
Un modèle tarifaire entièrement recomposé
Depuis le 1er octobre 2025, la tarification unifiée repose sur un forfait de prise en charge de 13 euros, complété par un tarif kilométrique fixé au niveau départemental à compter du cinquième kilomètre. Un supplément de 15 euros s'applique dans douze grandes agglomérations, dont Paris, Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux et Nice, ainsi que dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne. Les courses de nuit, de week-end et des jours fériés bénéficient d'une majoration de 50 %.
La facturation dématérialisée via le service SEFi deviendra obligatoire au plus tard le 1er janvier 2027, dans une logique de fiabilisation et de lutte contre la fraude. Le dispositif, effectif depuis le 1er novembre 2025, est appelé à monter en puissance jusqu'à son application pleine et entière fin 2026.
Cette réforme ambitieuse vise à garantir un accès équitable et durable au transport de patients, tout en renforçant la qualité du service et la maîtrise de la dépense publique.
La CNAM justifie ainsi une refonte qu'elle présente comme nécessaire à la soutenabilité du système de soins, en particulier dans les territoires ruraux où le taxi conventionné reste souvent l'unique solution de mobilité vers l'hôpital.
Des professionnels qui redoutent une chute des revenus
Du côté des chauffeurs et des entreprises, la lecture est nettement plus sombre. De nombreux professionnels dénoncent une baisse moyenne des tarifs pouvant atteindre 30 à 40 %, alors que le carburant et les primes d'assurance continuent de peser sur les comptes d'exploitation. Selon plusieurs représentants du secteur, une part significative des 39 112 taxis conventionnés recensés par la CNAM, exploités par près de 28 000 entreprises, pourrait se retrouver fragilisée.
La dépendance à ces recettes varie fortement selon la géographie. À Paris, les courses conventionnées ne pèsent qu'environ 10 à 15 % de l'activité, portée par la clientèle touristique et professionnelle. En zone périurbaine ou rurale, cette proportion approche 60 %, ce qui expose bien davantage ces exploitants au nouveau barème.
Pourquoi le prix des licences est concerné
La valeur d'une ADS cessible reflète la rentabilité anticipée de l'activité qu'elle autorise. Or cette rentabilité dépend à la fois des courses classiques et, de plus en plus, des recettes conventionnées. Une compression durable de ces dernières réduit mécaniquement le loyer qu'un propriétaire peut espérer d'un contrat de location-gérance, aujourd'hui négocié autour de 1 500 à 1 650 euros hors taxes par mois à Paris.
Cette pression s'ajoute à deux dynamiques déjà anciennes. Depuis 2015 environ, l'essor des plateformes de véhicules de transport avec chauffeur a érodé la rentabilité perçue du métier. En parallèle, plusieurs agglomérations réfléchissent à remplacer progressivement les licences payantes et cessibles par des autorisations gratuites et non transmissibles, ce qui menace directement le marché secondaire. À Paris, les dernières transactions se situent entre 120 000 et 140 000 euros, loin des sommets historiques.
Pour l'investisseur qui envisage ce placement, l'analyse doit intégrer ces variables réglementaires. L'acquisition d'une licence de taxi demeure un actif tangible générateur de revenus locatifs, mais sa valorisation reste sensible aux décisions publiques sur la tarification conventionnée et sur la gratuité des futures autorisations.
Ce qu'il faut surveiller
Trois échéances méritent l'attention des détenteurs actuels et des candidats à l'achat. D'abord la montée en charge complète de la convention d'ici fin 2026, qui livrera les premiers effets réels sur les revenus. Ensuite l'entrée en vigueur de la facturation SEFi au 1er janvier 2027, susceptible d'accélérer la sélection entre exploitants. Enfin les arbitrages locaux sur la création d'ADS gratuites, dont l'ampleur conditionnera la profondeur du marché de la revente.
Rappel utile : une ADS constitue une immobilisation non amortissable, cessible uniquement si elle est antérieure à la loi Thévenoud de 2014. Ce statut particulier, combiné à un environnement réglementaire mouvant, impose une vigilance renforcée avant tout engagement financier dans cette classe d'actifs alternative.