Matières premières

Diesel américain au record de 5,85 dollars : le Brent gagne 6,1 % sur la semaine

Le Brent a gagné 6,1 % sur la semaine, à environ 95 dollars, après la reprise des frappes entre les États-Unis et l'Iran. Le gazole américain inscrit un record à 5,85 dollars le gallon, sur des stocks de distillats au plus bas depuis 1982. En France, le litre atteint 2,25 euros.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de flux d'hydrocarbures sombres se resserrant dans un canal étroit, évoquant la tension mondiale sur l'approvisionnement en gazole

Le Brent a terminé la semaine du 4 septembre 2026 en hausse de 6,1 %, autour de 95 dollars le baril, après la reprise des échanges de tirs entre les États-Unis et l'Iran. Le signal le plus net vient des produits raffinés : le gazole américain a inscrit un record absolu à 5,85 dollars le gallon vendredi, selon les relevés quotidiens de l'AAA.

Le brut lui-même a peu bougé pendant la séance de vendredi. Le Brent cédait 0,24 % à 95,29 dollars et le WTI 0,59 % à 90,76 dollars en fin de journée, selon Reuters. Sur cinq séances, la progression atteint 6,1 % pour la référence européenne et 8,3 % pour la référence américaine. Sur un mois, le Brent gagne 20,7 %, et 46,4 % sur un an, d'après les relevés de Trading Economics.

Un record absolu à la pompe américaine

Le prix moyen national du gazole a été porté à 5,8500 dollars le gallon vendredi par l'AAA, contre 5,7832 dollars la veille et 5,6105 dollars une semaine plus tôt. Il s'établissait à 3,7121 dollars il y a un an, soit une progression de 57 % en douze mois. Le précédent sommet, atteint en juin 2022, tournait autour de 5,82 dollars selon l'Associated Press.

L'essence ordinaire suit à distance, à 4,1474 dollars le gallon, environ 30 % au-dessus de son niveau d'il y a un an. L'écart entre les deux carburants s'est creusé de façon inhabituelle : le gazole coûte désormais 1,70 dollar de plus que l'essence par gallon, alors que les deux produits sortent des mêmes raffineries.

Le relevé hebdomadaire officiel de l'Energy Information Administration (EIA), arrêté au 31 août, place la moyenne nationale du diesel routier à 5,599 dollars le gallon, en hausse de 1,865 dollar sur un an. La Californie affiche 7,218 dollars et la côte Ouest 6,497 dollars.

« Tous les secteurs de l'économie sont touchés par le diesel. C'est l'une des raisons pour lesquelles les rendements obligataires souverains sont si élevés aux États-Unis : le marché anticipe une inflation qui continue de monter. »
Claudio Galimberti, chef économiste de Rystad Energy, cité par Reuters

Des stocks de distillats au plus bas depuis 1982

Les données hebdomadaires de l'EIA, publiées le 2 septembre, chiffrent les stocks américains de distillats à 104,187 millions de barils au 28 août. Aucune fin de mois d'août n'avait été aussi basse depuis le début de la série en 1982 : le précédent point bas de fin août remontait à 1996, à 109,025 millions de barils. Le relevé du 21 août, à 103,391 millions de barils, constitue même la lecture d'août la plus faible jamais enregistrée.

Cette rareté frappe un produit sans substitut immédiat. Le gazole fait tourner les camions, les trains de fret, les tracteurs, les groupes électrogènes et une partie du chauffage résidentiel dans le nord du pays.

« Le prix du gazole a un impact très, très direct sur tout ce qui se déplace, quel que soit le mode de transport. »
Ajesh Kapoor, directeur général de SemiCab, cité par l'Associated Press

La facture remonte vite jusqu'au consommateur. L'Independent Grocers Alliance estime que le carburant pèse 15 % à 30 % du coût total de l'alimentation. David Ortega, professeur d'économie alimentaire à l'université d'État du Michigan, observe que les produits périssables réagissent les premiers : les produits de la mer avaient déjà progressé de 7 % sur un an en juillet, les fruits frais de 4,9 %. Amazon a instauré une surcharge carburant de 3,5 % dès avril, imitée par UPS, FedEx et l'USPS.

Pourquoi le baril monte malgré un brut qui circule

L'offre de pétrole n'a pas disparu. L'Irak a porté ses exportations à environ 2,34 millions de barils par jour en août, contre environ 1,35 million en juillet, selon les autorités énergétiques irakiennes. Le détroit d'Ormuz reste en revanche sous tension : quatre navires de commerce l'ont franchi jeudi, très en deçà de la moyenne d'une quinzaine constatée sur dix jours, d'après les données préliminaires de suivi maritime.

« Le pétrole traverse une phase où l'enlisement du conflit et les hostilités récurrentes réveillent régulièrement une prime de risque déjà logée dans les prix. »
Norbert Rucker, responsable de la recherche économique chez Julius Baer, cité par Reuters

Les bureaux d'analyse relèvent leurs cibles. Citi a porté sa prévision de Brent pour le troisième trimestre à 86 dollars, contre 80 dollars auparavant. ANZ vise 95 dollars à court terme, avec un risque orienté à la hausse si le conflit s'intensifie.

La séance de vendredi a aussi digéré le rapport sur l'emploi américain, qui a recensé 162 000 créations de postes en août et rouvert le débat sur un resserrement de la Réserve fédérale.

« Des chiffres de l'emploi solides plaident pour une hausse des taux de la Réserve fédérale, ce qui a pesé sur le WTI. »
John Kilduff, associé chez Again Capital, cité par Reuters

L'Europe paie la prime la plus chère

La marge de raffinage du gazole, soit l'écart entre le prix du produit fini et celui du brut, a dépassé 100 dollars le baril en Europe pour la première fois le 3 septembre, selon le Financial Times. Le carburant vaut désormais plus du double du pétrole dont il est issu. Trading Economics relève de son côté que les contrats à terme américains sur le diesel évoluent au plus haut depuis 52 mois.

Deux causes se superposent. Les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes ont réduit l'offre du deuxième exportateur mondial de produits pétroliers, et les flux de raffinés transitant par Ormuz se sont taris. L'Europe, largement importatrice de gazole, encaisse le choc en premier.

Le gazole français revient sur ses sommets

En France, le relevé instantané des prix publié par le ministère de l'Économie plaçait vendredi 4 septembre le gazole à 2,250 euros le litre en médiane, pour une moyenne de 2,267 euros sur les 9 345 stations déclarant un prix. Le SP95 E10 ressortait à 2,099 euros et le SP98 à 2,199 euros.

Le change amortit une partie du choc. L'euro valait 1,1622 dollar vendredi selon le taux de référence de la Banque centrale européenne, un niveau qui allège mécaniquement la facture d'un baril libellé en dollars pour les raffineurs du continent.

Quelles conséquences pour l'épargne des ménages

L'énergie repasse au premier plan du calcul d'inflation au moment précis où la Banque centrale européenne réunit son conseil des gouverneurs, le 10 septembre. L'indice des prix harmonisé français ressortait déjà à 2,7 % en août, avec une contribution de l'énergie en accélération, et l'inflation allemande à 2,9 %.

Pour un épargnant, la mécanique se lit en trois temps. Le carburant renchérit les coûts de transport, donc les prix alimentaires et industriels. La banque centrale durcit alors sa politique pour contenir la diffusion. Les taux longs montent, ce qui pèse sur la valorisation des obligations déjà détenues et améliore le rendement des nouveaux placements sécurisés.

Le fonds en euros d'un contrat d'assurance vie profite de ce second effet avec un décalage de plusieurs trimestres, le temps que les assureurs renouvellent leur portefeuille obligataire. Le pouvoir d'achat de l'épargne liquide se dégrade en revanche tant que la rémunération des livrets reste inférieure à la hausse des prix.

Le calendrier des prochains jours

  • Dimanche 6 septembre : réunion de l'OPEP+, dont le marché attend une politique de production inchangée pour octobre.
  • Jeudi 10 septembre : décision de la Banque centrale européenne sur ses taux directeurs, une deuxième hausse étant anticipée.
  • Jeudi 10 septembre : prochaine publication des stocks hebdomadaires américains de distillats par l'EIA.
« Cela ne peut pas durer éternellement. »
Neil Atkinson, senior fellow au National Center for Energy Analytics, à propos de la tension sur le raffinage mondial, cité par l'Associated Press

Le point de bascule tient à la capacité de raffinage disponible et à la durée du conflit. Tant que les stocks de distillats campent au plus bas depuis quarante ans et que le détroit d'Ormuz fonctionne au ralenti, la prime payée sur le gazole continuera de se répercuter sur les prix de détail des deux côtés de l'Atlantique.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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