Banques centrales

BCE : l'inflation continuerait de grimper malgré presque trois hausses de taux, selon les comptes rendus

Les comptes rendus de la réunion des 10 et 11 juin de la BCE, publiés le 9 juillet, révèlent que le Conseil des gouverneurs anticipe une inflation supérieure à 2 % jusqu'en 2027, même après près de trois hausses de taux attendues cette année.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'une institution monétaire européenne aux tons bleu euro, symbolisant la pression inflationniste persistante et le resserrement de la politique de la BCE

Les comptes rendus de la réunion de politique monétaire des 10 et 11 juin 2026 de la Banque centrale européenne (BCE), publiés le 9 juillet, dévoilent un constat inconfortable pour l'institution de Francfort. Malgré la perspective de près de trois relèvements de taux d'un quart de point cette année, les membres du Conseil des gouverneurs anticipent une inflation qui resterait au-dessus de l'objectif de 2 % pendant une bonne partie de l'année 2027. Le choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient se diffuse désormais à l'ensemble de l'économie de la zone euro.

Une inflation qui refuse de refluer

Lors de cette réunion, le Conseil des gouverneurs a relevé les trois taux directeurs de 25 points de base, première hausse depuis près de trois ans. Le taux de la facilité de dépôt est passé à 2,25 %, celui des opérations principales de refinancement à 2,40 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,65 %, avec effet au 17 juin 2026.

Les nouvelles projections des services de l'Eurosystème tablent sur une inflation totale moyenne de 3,0 % en 2026, 2,3 % en 2027 et 2,0 % en 2028. Hors énergie et alimentation, la hausse des prix atteindrait 2,5 % en 2026 comme en 2027, avant de refluer à 2,2 % en 2028. Par rapport aux projections de mars, les services de la BCE ont révisé à la hausse leur scénario central pour 2026 et 2027, jugeant le dépassement de la cible plus marqué et plus durable que prévu.

En mai, l'inflation avait grimpé à 3,2 %, son troisième mois consécutif au-dessus de la cible de 2 % et son plus haut niveau depuis septembre 2023. L'inflation des services s'est établie à 3,5 %, contre 3,0 % le mois précédent, tandis que l'inflation hors énergie et alimentation est montée à 2,5 %, contre 2,2 % en avril.

Le choc énergétique se propage

Le conflit au Moyen-Orient a provoqué un choc énergétique décrit dans les comptes rendus comme « plus persistant et plus intense » qu'anticipé. Si le prix du baril de pétrole est retombé de 118 à 94 dollars, il demeurait environ 30 % au-dessus de son niveau d'avant-guerre. Les prix du gaz restaient supérieurs de 50 % à leur niveau d'avant le conflit.

Les membres du Conseil ont insisté sur la visibilité croissante des effets indirects. La transmission de la hausse des prix de l'énergie touche désormais les produits raffinés, les plastiques, les engrais et les transports. Ce phénomène de diffusion des coûts vers les prix de production nourrit la crainte d'une contamination de l'ensemble des composantes de l'indice, des biens aux services en passant par l'alimentation.

Si la hausse des anticipations d'inflation à court terme se prolongeait et n'était pas maîtrisée, elle pourrait déborder sur les anticipations d'inflation à moyen et long terme.

Cette mise en garde figure au cœur des débats. Les gouverneurs ont souligné l'importance de surveiller le risque d'un « désancrage » des anticipations d'inflation, scénario que la BCE cherche à tout prix à éviter.

Les marchés anticipent davantage que les prévisions officielles

Au moment de la réunion, les marchés intégraient dans leurs prix environ trois hausses de taux au total sur l'année, avec une probabilité de 84 % d'un troisième relèvement d'ici la fin 2026. L'enquête menée auprès des analystes monétaires se montrait plus prudente, anticipant seulement deux hausses.

Isabel Schnabel, membre du directoire, a plaidé pour un relèvement des taux « indépendamment de l'aboutissement ou non des pourparlers de paix en cours » concernant l'Iran, jugeant que la durée du conflit et ses répercussions économiques justifiaient l'action. Elle a averti que « le risque de désancrage des anticipations d'inflation augmente ».

Philip Lane, économiste en chef de la BCE, a estimé que les conditions s'étaient détériorées depuis les projections de mars, ce qui justifiait la révision à la hausse du scénario d'inflation. C'est lui qui a formellement proposé le relèvement des trois taux directeurs de 25 points de base.

Un dilemme de politique monétaire

La BCE affronte une équation délicate. Le produit intérieur brut de la zone euro s'est contracté de 0,2 % au premier trimestre 2026, et la croissance attendue pour l'ensemble de l'année ne dépasse pas 0,9 %. Plusieurs économistes évoquent un risque de stagflation, cette combinaison redoutée d'une croissance atone et d'une inflation élevée.

Relever les taux pour juguler l'inflation revient à peser davantage sur une activité déjà fragile. Christine Lagarde a résumé la position de l'institution : la BCE fait face à un choc d'offre externe qui se diffuse dans l'économie, dont les effets indirects sont déjà visibles, et surveille de près le risque d'effets de second tour sur les salaires et les prix.

L'euro a légèrement reculé sur la période, cédant 1,4 % à 1,15 dollar et 0,8 % en termes effectifs nominaux, dans un climat d'incertitude lié au conflit au Moyen-Orient.

Ce qu'il faut surveiller

Le calendrier des prochaines décisions constitue désormais l'enjeu central. Les marchés évaluaient à environ 50 % la probabilité d'un nouveau relèvement dès septembre. La trajectoire réelle dépendra de l'évolution des prix de l'énergie, de la matérialisation ou non des effets de second tour sur les salaires, et de la tenue des anticipations d'inflation.

Pour les épargnants français, cette séquence marque un tournant. La remontée des taux directeurs modifie la rémunération des placements sans risque et renchérit le coût du crédit immobilier. Elle rebat également les cartes pour l'allocation entre fonds en euros, marchés obligataires et actifs de diversification, dans un environnement où la protection du pouvoir d'achat de l'épargne redevient une préoccupation de premier plan.

Sources

  • Banque centrale européenne, comptes rendus de la réunion des 10 et 11 juin 2026 (publiés le 9 juillet 2026)
  • Banque centrale européenne, décision de politique monétaire du 11 juin 2026
  • Euronews, couverture de la hausse des taux du 11 juin 2026

Tags :

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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