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AstraZeneca et Bristol Myers Squibb en discussions pour une fusion à 400 milliards

AstraZeneca a discuté avec Bristol Myers Squibb d'une fusion qui créerait un groupe pharmaceutique de près de 400 milliards de dollars. Le projet, révélé par le Financial Times, se heurte au chevauchement des portefeuilles en oncologie et à un risque réglementaire élevé.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de deux réseaux moléculaires bleus et verts convergeant en une structure unique, symbole du rapprochement de deux laboratoires pharmaceutiques

AstraZeneca a mené des discussions avec Bristol Myers Squibb en vue d'un rapprochement qui donnerait naissance à un groupe pharmaceutique valorisé près de 400 milliards de dollars. L'information, révélée par le Financial Times le 2 août 2026, a été corroborée le jour même par Reuters et Bloomberg, qui citent des sources proches du dossier. AstraZeneca s'est refusé à tout commentaire et Bristol Myers Squibb n'a pas répondu aux sollicitations.

Les échanges se seraient déroulés au cours des derniers mois. Selon les sources citées par le Financial Times, un accord pourrait intervenir prochainement, mais il peut tout aussi bien être différé ou échouer. Bloomberg évoque de son côté des discussions à un stade précoce et précise qu'il n'est pas établi qu'elles se poursuivent aujourd'hui. La structure du montage reste indéterminée et associerait vraisemblablement du numéraire et des titres.

Ce que pèsent réellement les deux groupes

AstraZeneca affichait une capitalisation boursière de 195,9 milliards de livres à la clôture du vendredi 31 juillet 2026, soit environ 264 milliards de dollars, pour un cours de 12 632 pence en repli de 0,69 % sur la séance. Bristol Myers Squibb vaut de son côté près de 133 milliards de dollars. L'ensemble se situerait donc autour de 400 milliards, ce qui placerait le nouveau groupe au quatrième rang mondial du secteur par la capitalisation.

L'opération dépasserait très largement la plus grosse acquisition jamais réalisée par le laboratoire britannique, celle d'Alexion pour 39 milliards de dollars en 2021. Elle surpasserait aussi le rachat de Celgene par Bristol Myers Squibb en 2019, opéré pour environ 80 milliards de dollars.

Les deux entreprises abordent la discussion en position de force opérationnelle. AstraZeneca a publié un chiffre d'affaires semestriel de 30,7 milliards de dollars, en hausse de 6 % à taux de change constants, avec un bénéfice de base par action de 5,21 dollars, en progression de 11 %. Bristol Myers Squibb a dégagé au deuxième trimestre 13,0 milliards de dollars de revenus, son plus haut niveau historique, et a relevé sa prévision annuelle dans une fourchette de 49,0 à 50,0 milliards de dollars. Rapportées à l'année, les ventes cumulées des deux groupes avoisineraient 110 milliards de dollars.

Pourquoi le calendrier compte

Trois pressions convergent. La première tient aux brevets. Les deux principaux produits de Bristol Myers Squibb, l'anticoagulant Eliquis et l'immunothérapie anticancéreuse Opdivo, représentent à eux seuls plus de la moitié des ventes du groupe, avec respectivement 4 481 millions et 2 490 millions de dollars au deuxième trimestre, et perdent leur exclusivité à l'horizon 2028. Le secteur dans son ensemble voit jusqu'à 300 milliards de dollars de ventes annuelles exposées à une perte d'exclusivité d'ici 2032.

La deuxième pression est douanière. Une proclamation signée le 2 avril 2026 au titre de la section 232 du Trade Expansion Act de 1962 soumet les médicaments brevetés importés sur le marché américain à un droit de douane de 100 %, entré en vigueur le 31 juillet 2026 pour la majorité des laboratoires et repoussé au 29 septembre pour dix sept sociétés listées en annexe. Les produits d'origine américaine, les génériques et les biosimilaires en sont exemptés, de même que les médicaments orphelins et plusieurs catégories spécialisées. Des taux réduits s'appliquent à certaines juridictions, et les groupes disposant d'un plan de relocalisation industrielle approuvé ou d'un accord tarifaire dit de la nation la plus favorisée bénéficient d'aménagements temporaires.

Dans cette configuration, un laboratoire coté à Londres a un intérêt direct à élargir sa base industrielle et commerciale américaine. AstraZeneca réalise déjà 12,9 milliards de dollars de ventes semestrielles sur ce marché, soit 42 % de ses revenus produits, et avait rehaussé sa cotation à la Bourse de New York en septembre 2025 afin de permettre aux investisseurs américains d'acheter directement ses actions, tout en conservant sa cotation londonienne.

La troisième pression est celle de la croissance. Pascal Soriot a fixé au groupe une ambition de 80 milliards de dollars de chiffre d'affaires à l'horizon 2030. L'absorption d'un portefeuille commercial de la taille de celui de Bristol Myers Squibb constituerait le moyen le plus rapide d'y parvenir.

L'oncologie, moteur du projet et principal obstacle

Le cancer constitue le cœur des deux entreprises, ce qui fonde la logique industrielle du projet autant que son principal point de blocage. La division oncologie d'AstraZeneca a généré 14,1 milliards de dollars au premier semestre 2026, en progression de 15 %, portée par Imfinzi à 3,5 milliards, en hausse de 27 %, et par Enhertu à 1,7 milliard, en hausse de 31 %. Chez Bristol Myers Squibb, les médicaments anticancéreux dépassent 40 % des ventes du premier semestre.

La difficulté vient du recouvrement direct entre Imfinzi et Opdivo dans le cancer du poumon. Selon Evan Seigerman, responsable de la recherche santé chez BMO Capital Markets, ce chevauchement réduit les chances d'obtenir un feu vert des autorités de concurrence.

« Je m'attends à ce que la FTC de Donald Trump examine cette fusion de près, et si les chevauchements sont significatifs sur certains médicaments et sur les pipelines en phase avancée, elle exigerait des cessions substantielles. »

Cette mise en garde émane d'Andre Barlow, avocat spécialisé en droit de la concurrence, cité par Reuters. Le précédent est documenté: lorsque Bristol Myers Squibb a racheté Celgene en 2019, la Federal Trade Commission a imposé la cession du traitement du psoriasis Otezla, repris par Amgen pour 13,4 milliards de dollars. Les lignes directrices adoptées par l'agence américaine en 2023 ont depuis abaissé les seuils de concentration à partir desquels une opération est présumée anticoncurrentielle.

Douze ans après le refus opposé à Pfizer

Le dossier possède une résonance particulière. En mai 2014, AstraZeneca avait rejeté l'offre finale de Pfizer, valorisée 69 milliards de livres soit environ 117 milliards de dollars, à raison de 55,00 livres par action combinant 24,76 livres en numéraire et 1,747 action Pfizer. Le conseil d'administration jugeait alors que la proposition ne reflétait ni la valeur de la société ni ses perspectives, et Pascal Soriot avait mis en avant le risque de désorganisation de la recherche.

Douze ans plus tard, le même dirigeant, aux commandes depuis quatorze ans et sous lequel le titre a plus que quadruplé, se retrouve à la manœuvre d'une opération d'une taille encore supérieure, cette fois en position d'initiateur et non de cible.

Ce que les épargnants français doivent en retenir

AstraZeneca et Bristol Myers Squibb figurent parmi les premières lignes des fonds actions santé et des trackers mondiaux largement diffusés dans les contrats d'assurance vie en unités de compte et dans les plans d'épargne retraite. Une fusion de cette ampleur modifierait la composition sectorielle de ces supports et concentrerait davantage l'exposition des porteurs sur un seul émetteur.

Trois effets méritent attention. Une opération payée partiellement en titres diluerait mécaniquement les actionnaires d'AstraZeneca, tandis qu'une prime versée aux actionnaires de Bristol Myers Squibb soutiendrait le cours de cette dernière. Un échec des discussions provoquerait à l'inverse un reflux du titre américain, qui intègre désormais une probabilité de rapprochement. Enfin, la durée d'examen par les autorités de concurrence, potentiellement de plusieurs trimestres, entretiendrait une incertitude durable sur les deux valeurs.

Le contexte sectoriel reste tendu. La pharmacie européenne et américaine subit la double contrainte des droits de douane et de la pression de Washington sur les prix des médicaments, ce qui explique une partie de la décote actuelle du secteur et rend les opérations de consolidation plus probables. Les investisseurs exposés via des fonds thématiques santé doivent donc arbitrer entre un potentiel de revalorisation lié aux fusions et un risque politique qui ne s'est pas dissipé.

Les points à surveiller

  • Une confirmation ou un démenti officiel des deux sociétés, qui restent silencieuses à ce stade.
  • La structure du financement, la part en numéraire déterminant l'ampleur de la dilution pour les actionnaires britanniques.
  • Le périmètre des cessions envisagées en oncologie, notamment sur les immunothérapies pulmonaires.
  • La position de la Federal Trade Commission ainsi que des autorités européennes et britanniques de la concurrence.
  • L'application des droits de douane sur les médicaments brevetés et un éventuel accord de relocalisation industrielle négocié par AstraZeneca.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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