Macroéconomie

Faillites d'entreprises en Allemagne : record sur 21 ans au deuxième trimestre 2026

L'institut IWH de Halle a recensé 4 996 défaillances de sociétés de capitaux au deuxième trimestre 2026, le plus haut niveau pour un printemps depuis 2005. La première économie de la zone euro traverse une crise structurelle qui pèse sur les perspectives françaises.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite d'une économie industrielle fragilisée, formes descendantes en gradient bleu profond et vert émeraude évoquant la contraction et le risque de défaillance des entreprises

La première économie de la zone euro enchaîne les mauvais chiffres. Selon l'institut de recherche économique de Halle (IWH), dont le rapport a été publié le 10 juillet 2026, l'Allemagne a enregistré 4 996 défaillances de sociétés de personnes et de sociétés de capitaux au deuxième trimestre, un chiffre en hausse de 9 % par rapport au trimestre précédent. Il s'agit du niveau le plus élevé pour un deuxième trimestre depuis 2005, année où l'IWH avait dénombré 5 295 procédures. Pour le seul mois de juin, 1 702 entreprises ont déposé le bilan, soit 20 % de plus qu'un an plus tôt et 80 % au dessus de la moyenne d'avant pandémie.

Ce record intervient alors que l'économie allemande sort de deux années de contraction consécutives, une première depuis plus de vingt ans, et ne devrait renouer qu'avec une croissance de 0,5 % en 2026. Pour les épargnants français, la santé du voisin d'outre Rhin n'a rien d'anecdotique : l'Allemagne reste le premier partenaire commercial de la France et le moteur de la monnaie unique.

Une vague de défaillances qui touche tous les secteurs

La particularité de ce trimestre tient à l'ampleur du phénomène. La progression des faillites concerne la quasi totalité des grands secteurs de l'économie allemande. Le bâtiment, l'immobilier, le commerce, l'hôtellerie et les services ont tous atteint des sommets inédits depuis janvier 2020. Seule l'industrie manufacturière est restée sous ses niveaux du deuxième trimestre 2025, un maigre répit dans un tableau d'ensemble dégradé.

L'impact social est considérable. Les défaillances du deuxième trimestre ont menacé environ 45 500 emplois. Rien qu'en juin, les 10 % de sociétés les plus importantes parmi celles ayant fait faillite employaient plus de 14 000 salariés, un chiffre en hausse de 26 % sur un mois et de 30 % au dessus de la moyenne d'avant crise sanitaire.

Les chiffres actuels montrent que l'activité de défaillance reste à un niveau extraordinairement élevé. La situation est difficile : les faillites frappent l'économie de manière large. De nombreux secteurs et de nombreuses régions sont touchés simultanément.

Steffen Müller, responsable de la recherche sur les défaillances à l'IWH

Les racines d'une crise structurelle

Les économistes s'accordent sur le caractère durable de cette dégradation. Trois facteurs se conjuguent. Le coût de l'énergie, d'abord, reste élevé depuis l'abandon progressif des importations de pétrole et de gaz russes engagé après 2022, une contrainte lourde pour un tissu industriel énergivore. La flambée récente du brut liée aux tensions au Moyen Orient a ravivé cette pression sur les marges.

Les taux d'intérêt, ensuite, ont renchéri le crédit et l'investissement. La Banque centrale européenne a porté son taux de dépôt à 2,25 % le 11 juin 2026, refermant la parenthèse de l'argent bon marché qui avait longtemps maintenu à flot des entreprises fragiles. La faiblesse de la demande intérieure, enfin, prive les sociétés du débouché domestique qui pourrait compenser le repli des exportations.

L'automobile cristallise ces difficultés. Le secteur, longtemps fer de lance de l'excédent commercial allemand, subit une réorganisation profonde, à l'image des mesures de restructuration engagées par les grands constructeurs. Les équipementiers, souvent des sociétés de taille intermédiaire moins bien capitalisées, encaissent le choc de plein fouet.

Ce que la France a à y perdre

La contagion se lit dans les prévisions. Selon l'Observatoire mondial des défaillances d'Allianz Trade, l'Europe de l'Ouest devrait connaître une hausse prolongée des faillites en 2026, de l'ordre de 3 %, avant un léger recul en 2027. L'Allemagne verrait ses procédures grimper de 2 % pour atteindre 24 650 cas sur l'année.

La France n'est pas épargnée. Les prévisions d'Allianz Trade tablent sur une progression de 2 % des défaillances tricolores, à 69 900 cas en 2026. Le recul des exportations, notamment vers un marché allemand affaibli, figure parmi les moteurs de cette hausse pour des économies comme la France, l'Espagne, le Canada et les Pays Bas. Dans un scénario défavorable, l'Hexagone pourrait compter jusqu'à 6 000 entreprises défaillantes supplémentaires.

Quelles implications pour l'épargnant

Pour l'investisseur français, cette montée du risque de défaut appelle à la vigilance sur plusieurs fronts. Les porteurs d'obligations d'entreprises et de fonds de crédit, y compris via des unités de compte en assurance vie, sont directement exposés à la solvabilité des émetteurs. Une vague de défaillances allemandes rejaillit sur les valorisations des dettes privées européennes et sur les primes de risque exigées par les marchés.

La prudence gagne aussi les allocations en actions. Les valeurs cycliques, industrielles et automobiles restent sensibles au cycle économique allemand. À l'inverse, ce contexte peut renforcer l'attrait des supports défensifs et des fonds en euros, dont le rendement moyen s'est établi à 2,63 % en 2025 selon l'ACPR, ainsi que celui du capital investissement pour les épargnants avertis en quête de diversification hors des marchés cotés.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs signaux méritent l'attention dans les prochains mois. L'indicateur avancé de l'IWH, qui a légèrement reculé au deuxième trimestre tout en restant supérieur de 13 % à son niveau d'un an plus tôt, donnera le ton des trimestres à venir. La trajectoire de la croissance allemande, la politique de la BCE et l'évolution des prix de l'énergie constitueront les principaux déterminants d'un éventuel retournement.

À court terme, aucun institut n'anticipe de renversement rapide de la tendance. Pour les épargnants français, la fragilité du moteur allemand est un rappel que la zone euro traverse une phase de recomposition industrielle dont les effets se diffusent bien au delà des frontières du pays.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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