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Volkswagen mettrait fin à son alliance avec Bosch sur la conduite automatisée

Selon le quotidien Bild, Volkswagen s'apprête à rompre l'Automated Driving Alliance nouée avec Bosch, après environ 1,5 milliard d'euros investis pour une technologie jugée non compétitive en interne. Le constructeur veut acheter matériel et logiciel à un nouveau partenaire.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de réseaux de capteurs et de flux de données automobiles symbolisant la conduite automatisée, dans un dégradé bleu profond et vert

Volkswagen s'apprêterait à mettre fin à son partenariat de développement avec l'équipementier Bosch dans le domaine de la conduite automatisée, rapporte le quotidien allemand Bild. Le constructeur de Wolfsburg envisagerait de dissoudre l'Automated Driving Alliance (ADA), une coentreprise technologique pourtant présentée comme un pilier de sa stratégie d'aide à la conduite. La rupture interviendrait au plus tôt le 29 juin 2026.

Pour les investisseurs exposés au secteur automobile européen, l'information illustre la difficulté des constructeurs historiques à transformer des budgets de recherche colossaux en avantage technologique face à la concurrence asiatique et américaine.

Une alliance lancée en grande pompe en 2022

L'Automated Driving Alliance avait été officialisée le 25 janvier 2022 entre Bosch et Cariad, la filiale logicielle de Volkswagen. Le projet mobilisait plus de 1 000 ingénieurs des deux groupes, avec l'ambition de développer un socle logiciel commun couvrant la conduite mains libres de niveau 2 en ville, sur route et sur autoroute, ainsi qu'un système de niveau 3 capable de prendre le contrôle complet du véhicule sur voies rapides.

Les premiers véhicules de test avaient été déployés en 2023 pour affiner la pile logicielle à partir de données réelles. Les deux partenaires visaient une mise en série du logiciel à la mi 2026, avec pour objectif d'équiper à terme des millions de véhicules du groupe Volkswagen.

Près de 1,5 milliard d'euros pour un résultat jugé insuffisant

Selon Bild, environ 1,5 milliard d'euros ont déjà été engagés dans le projet. Le constructeur considérerait pourtant la technologie obtenue comme non compétitive en interne. Volkswagen pointerait en particulier un retard significatif sur ses concurrents dans le segment du niveau 2++, soit la conduite mains libres en environnement urbain dense, là où des acteurs chinois et américains avancent rapidement.

Les motifs avancés tiennent à la fois à l'insuffisance des progrès techniques et à la pression sur les coûts. Volkswagen mène depuis plusieurs trimestres un plan d'économies de grande ampleur, qui touche aussi sa division logicielle, et cherche à concentrer ses dépenses sur les technologies les plus immédiatement valorisables.

L'entreprise réexamine régulièrement ses partenariats de développement et évalue en continu s'ils correspondent toujours à ses objectifs stratégiques. Le marché et la technologie des systèmes d'aide à la conduite ont évolué différemment de ce qui était anticipé au début de la collaboration.

Porte parole de Cariad, cité par Bild

Bosch n'avait pas réagi publiquement au moment de la parution de l'information. Le caractère conditionnel des éléments rapportés invite à la prudence: aucun communiqué officiel des deux groupes ne confirmait, à ce stade, la fin de la collaboration.

Acheter plutôt que développer en interne

Plutôt que de poursuivre un développement maison jugé trop lent et trop onéreux, Volkswagen privilégierait désormais l'achat de matériel et de logiciel auprès d'un nouveau partenaire. Un contrat serait attendu d'ici la fin du mois de septembre 2026. Cette bascule traduit un changement de doctrine industrielle: l'intégration verticale, longtemps présentée comme la clé de la souveraineté technologique des constructeurs européens, cède du terrain devant la rapidité d'exécution des fournisseurs spécialisés.

Le groupe a déjà emprunté cette voie en Chine. Sa coentreprise Carizon, créée fin 2023 avec l'entreprise locale Horizon Robotics, développe un système d'aide à la conduite de niveau 2+ appuyé sur la puce Journey 6, dont le lancement est prévu en 2026 sur un véhicule électrique compact. Cette approche, résumée par la formule maison « en Chine, pour la Chine », illustre la préférence donnée à des partenaires capables de livrer vite et à coût maîtrisé.

Ce que cela signifie pour le secteur

La conduite automatisée concentre des investissements massifs sans retour garanti, un facteur de risque que les marchés intègrent de plus en plus dans la valorisation des constructeurs. Une rupture avec Bosch enverrait deux signaux: d'une part, l'aveu d'un retard accumulé par l'écosystème logiciel de Volkswagen, sujet de tension récurrent depuis la création de Cariad; d'autre part, la volonté d'arrêter une dépense qui ne produit plus de différenciation.

Pour Bosch, premier équipementier mondial, la perte d'un programme phare avec son partenaire historique pèserait sur ses ambitions dans les logiciels embarqués, un domaine où l'équipementier souabe mise lourdement pour compenser le recul du moteur thermique. Les deux groupes restent toutefois liés par de nombreux autres contrats d'approvisionnement.

Les points à surveiller

  • Confirmation officielle: l'annonce ou le démenti de Volkswagen et de Bosch dans les prochaines semaines, l'échéance du 29 juin 2026 étant citée comme première fenêtre de rupture.
  • Identité du nouveau partenaire: le contrat attendu d'ici fin septembre 2026 déterminera la trajectoire technologique du groupe en Europe.
  • Impact financier: le traitement comptable des 1,5 milliard d'euros engagés et les éventuelles dépréciations associées.
  • Effet sur Bosch: la réorientation de l'équipementier dans le logiciel de conduite après un éventuel retrait de Volkswagen.

Au delà du cas particulier, ce dossier rappelle aux épargnants exposés aux valeurs automobiles européennes que la transition vers le véhicule défini par le logiciel reste un pari capitalistique incertain, où les retards de développement se traduisent directement en pertes de parts de marché.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.