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United Airlines réduit ses prévisions 2026 : la crise mondiale du kérosène frappe le transport aérien

United Airlines a abaissé ses prévisions annuelles à 7-11 dollars par action, contre 12-14 dollars en janvier, sous l'effet de la flambée du kérosène liée à la guerre au Moyen-Orient. L'AIE avertit que l'Europe ne dispose plus que de six semaines de réserves de carburant aérien.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'avions commerciaux traversant des flux énergétiques en crise, avec des courbes de prix du kérosène en gradient bleu et vert

Un trimestre solide rattrapé par la flambée énergétique

United Airlines a publié le 21 avril 2026 des résultats du premier trimestre supérieurs aux attentes de Wall Street, avant d'annoncer une révision à la baisse de ses prévisions annuelles qui a immédiatement pesé sur son cours boursier. Le groupe a dégagé un bénéfice ajusté de 1,19 dollar par action, au-dessus du consensus de 1,08 dollar, et un chiffre d'affaires de 14,6 milliards de dollars, en hausse de 10,6 % sur un an. Le bénéfice net trimestriel s'est établi à 699 millions de dollars, soit une progression de 80 % par rapport au premier trimestre 2025.

Ces chiffres témoignent de la solidité du modèle commercial de la compagnie, portée par les revenus premium en hausse de 14 % et la fidélisation client, avec un record de 42,5 millions de passagers transportés sur ce trimestre. Pourtant, c'est la trajectoire annuelle qui a retenu l'attention des marchés.

Des prévisions annuelles réduites de moitié

United Airlines a revu ses prévisions de bénéfice ajusté pour l'ensemble de 2026 à une fourchette de 7 à 11 dollars par action, contre 12 à 14 dollars annoncés en janvier, avant que les États-Unis et Israël n'engagent des opérations militaires contre l'Iran. Cette révision représente une réduction d'environ 38 % au point médian des estimations. Le groupe a également prévu un bénéfice ajusté de 1 à 2 dollars par action pour le deuxième trimestre 2026, bien en deçà du consensus des analystes à 2,08 dollars.

La cause principale est claire : les dépenses en carburant ont augmenté de 340 millions de dollars au premier trimestre par rapport à la même période en 2025. Le prix moyen du gallon de kérosène s'établissait à 2,78 dollars sur le trimestre, mais United prévoit un coût moyen de 4,30 dollars le gallon pour le deuxième trimestre 2026. Le pic enregistré le 2 avril a atteint 4,78 dollars le gallon, contre seulement 2,39 dollars le 27 février, la veille des premières frappes sur l'Iran.

En réponse, la compagnie a annoncé une réduction de cinq points de sa capacité planifiée pour le reste de l'année, avec une croissance plafonnée à environ 2 % sur les troisième et quatrième trimestres par rapport à 2025.

La voix du PDG face à la tempête

Scott Kirby, directeur général d'United Airlines, a tenu un discours volontariste lors de la présentation des résultats. «Ces résultats montrent la résilience de notre stratégie à long terme, même face à la montée des coûts énergétiques», a-t-il déclaré. «Les moments d'incertitude pour le secteur aérien peuvent aussi créer des opportunités pour United. Nous avons démontré trimestre après trimestre que nous sommes capables de résister aux perturbations, et ce moment ne fait pas exception.»

Cette posture contraste avec la brutalité des chiffres : la compagnie estime ne pouvoir répercuter que 40 à 50 % de la hausse du carburant sur ses tarifs au deuxième trimestre, avec une récupération progressive attendue à 70-80 % au troisième trimestre et 85-100 % au quatrième trimestre.

Une crise structurelle qui dépasse United Airlines

Les difficultés d'United Airlines illustrent une réalité plus large : l'ensemble du secteur aérien mondial traverse une crise énergétique sans précédent depuis la fermeture du Détroit d'Ormuz, par lequel transitent normalement 20 % de l'approvisionnement mondial en pétrole et environ 25 à 30 % du kérosène mondial. Les prix du carburant aérien ont pratiquement doublé depuis le début du conflit, atteignant un record historique de 1 800 dollars la tonne le 18 mars 2026.

Delta Air Lines, qui avait publié ses résultats le 8 avril, a prévenu que sa facture carburant supplémentaire atteindrait 2 milliards de dollars au seul deuxième trimestre 2026. EasyJet anticipe quant à elle une perte avant impôts de 540 à 560 millions de livres sterling pour le premier semestre 2026, soit environ 730 à 760 millions de dollars.

L'Europe face à une menace sur ses réserves

La situation prend une dimension particulièrement critique pour le transport aérien européen. Fatih Birol, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), a lancé une alerte sans précédent : l'Europe ne disposerait plus que de «six semaines environ» de réserves de kérosène si les flux depuis le Moyen-Orient ne reprennent pas. Environ 75 % des importations de carburant aérien européen proviennent de cette région, contre une exposition bien moindre pour les États-Unis, qui produisent une part significative de leurs besoins domestiquement.

«D'ici fin mai, nous pourrions commencer à observer des annulations en Europe faute de kérosène. Cela se produit déjà dans certaines régions d'Asie», a averti Willie Walsh, directeur général de l'Association internationale du transport aérien (IATA). Plusieurs aéroports européens ont été avertis de risques de pénurie dans un délai de trois semaines en cas de maintien du blocus du Détroit d'Ormuz.

Air France a déjà relevé ses tarifs long-courriers de 50 euros par billet aller-retour depuis le 11 mars 2026. Air France-KLM a étendu son horizon de couverture carburant de six à huit trimestres, avec un taux de couverture total porté de 68 % à 87 % de sa consommation annuelle. Ryanair avait de son côté sécurisé 84 % de ses besoins du trimestre en cours à 77 dollars le baril, mais son PDG Michael O'Leary a indiqué en mars ne pas envisager de nouvelles couvertures à court terme. Lufthansa a fermé sa filiale régionale CityLine en raison de la flambée des coûts, un signal fort de la pression exercée sur les opérateurs à faibles marges.

L'impact sur les voyageurs français

Pour les ménages français, les conséquences se dessinent à court terme. Les tarifs aériens devraient augmenter de 5 à 10 % selon les analystes du secteur, avec des surcharges carburant déjà appliquées par plusieurs compagnies. Cathay Pacific a relevé sa surcharge de 34 %, Air India a ajouté jusqu'à 280 dollars par billet. La capacité aérienne mondiale pour mai a déjà été réduite d'environ 3 points de pourcentage par rapport aux prévisions initiales.

Transport and Environment (T&E) a calculé que la hausse du kérosène ajoute environ 88 euros par passager au coût des vols long-courriers depuis l'Europe. Les réservations pour l'été 2026 restent sous pression, avec des perspectives de disponibilités réduites et de flexibilité tarifaire amoindrie. Les routes entre l'Europe et l'Asie sont particulièrement exposées, avec un risque de perturbation de 20 % estimé pour ce couloir.

Perspectives pour les investisseurs

Pour les investisseurs exposés au secteur aérien, la situation appelle à une analyse nuancée. Les compagnies disposant d'une couverture carburant significative et d'un mix de revenus premium solide traverseront la période avec moins de dommages. À l'inverse, les transporteurs à bas coûts qui n'ont pas pu ou voulu couvrir leurs besoins énergétiques font face à une compression de marges potentiellement existentielle à court terme.

L'action United Airlines a reculé de plus de 15 % depuis son sommet de février 2026. Le Brent s'établissait à environ 97,81 dollars le baril le 22 avril, après une brève incursion au-dessus de 100 dollars, soutenu par le maintien du blocus du Détroit d'Ormuz malgré la prorogation du cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran annoncée par Donald Trump. L'incertitude sur la résolution diplomatique reste le principal facteur de risque pour le secteur dans les semaines à venir.

Les compagnies disposant de couvertures carburant solides, comme Ryanair à 77 dollars le baril pour le trimestre en cours, ou Air France-KLM avec 87 % de sa consommation annuelle couverte, bénéficient d'un avantage comparatif notable. Les investisseurs attentifs aux fondamentaux sectoriels surveilleront avec attention les publications de résultats d'Air France-KLM prévues le 30 avril 2026, ainsi que les déclarations des dirigeants de compagnies sur leurs stratégies de couverture pour l'été et l'automne.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs indicateurs méritent un suivi rapproché dans les prochaines semaines. L'évolution du cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran constitue le déterminant principal : toute reprise des flux pétroliers via le Détroit d'Ormuz provoquerait une détente rapide des prix du kérosène. Les résultats d'Air France-KLM le 30 avril fourniront un premier bilan européen de l'impact réel sur un acteur coté à Paris. Enfin, les données hebdomadaires sur les stocks de carburant aérien en Europe seront scrutées par les opérateurs et les investisseurs pour évaluer si le seuil critique des six semaines d'autonomie se rapproche.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.