Reprise du logement neuf en 2026 : la couverture tous risques chantier revient au premier plan
La Fédération française du bâtiment attend un rebond du logement neuf de 9,5 % en 2026, avec 296 000 mises en chantier. Cette relance replace la phase travaux, et donc la garantie tous risques chantier, au cœur des arbitrages, alors que les aléas climatiques pèsent sur la sinistralité.
Contexte et enjeux
Le bâtiment français retrouve un peu d'air en 2026. Après plusieurs exercices de recul, la Fédération française du bâtiment (FFB) anticipe une progression de l'activité de 1,8 % en volume sur l'année, portée par un rebond marqué du logement neuf estimé à 9,5 %. Le nombre de mises en chantier atteindrait 296 000 unités, en hausse de 4,4 % sur un an. La FFB qualifie néanmoins cette dynamique de léger rebond sans véritable reprise, la production restant très en deçà des niveaux de 2022.
Cette relance a une conséquence directe et souvent négligée : elle remet des ouvrages en construction, c'est à dire dans la phase du cycle où les garanties légales ne jouent pas encore. Entre l'ouverture d'un chantier et sa réception, l'ouvrage en cours d'édification n'est couvert ni par la garantie décennale ni par l'assurance dommages ouvrage, qui ne prennent le relais qu'à compter de la réception. C'est précisément cet intervalle que vient sécuriser la couverture tous risques chantier.
Les faits clés
La garantie tous risques chantier (TRC) est une assurance de dommages, et non de responsabilité. Elle indemnise les dommages matériels accidentels subis par l'ouvrage pendant sa construction, quelle qu'en soit la cause, sans attendre la recherche des responsabilités. Incendie, tempête, effondrement accidentel, vol de matériaux, dégâts des eaux ou vandalisme entrent dans son périmètre, dans les zones où la décennale ne s'applique pas encore.
Sa période de couverture s'étend en principe de l'ouverture du chantier à la réception des travaux. À la réception, elle s'éteint, hors éventuelle période de maintenance, et passe le relais aux garanties légales : parfait achèvement, bon fonctionnement et décennale. Contrairement à la décennale et à la dommages ouvrage, la TRC n'est pas obligatoire. Sa souscription relève d'un choix de gestion du risque, fréquemment imposé par le financeur du projet ou le cahier des charges du marché de travaux.
Sur les opérations d'une certaine taille, le maître d'ouvrage souscrit en général une police unique dite pour le compte de qui il appartiendra, couvrant l'ensemble des intervenants, de l'entreprise générale aux lots séparés et aux sous traitants. Ce montage évite les zones grises entre lots : un seul contrat, une seule franchise, et l'assureur renonce le plus souvent à tout recours entre les assurés de la police.
Une sinistralité de plus en plus climatique
La relance des chantiers intervient dans un environnement assurantiel tendu. Les aléas météorologiques, tempêtes, grêle, inondations et coulées de boue, représentent désormais une part croissante des sinistres de la construction. Un chantier à ciel ouvert reste vulnérable tant que l'ouvrage n'est pas clos et couvert, ce qui accroît mécaniquement l'exposition à la période où seule la TRC peut jouer.
Cette pression se lit dans les tarifs de l'ensemble des branches construction. Les assureurs constatent depuis le début de 2026 des hausses de 5 % à 15 % sur la décennale selon les métiers, avec des pics pour la maçonnerie, la charpente, la couverture et l'isolation par l'extérieur. L'assurance dommages ouvrage suit une pente comparable, de l'ordre de 6 % à 10 %. Le renchérissement des matériaux, la hausse du coût de la main d'œuvre et la multiplication des malfaçons liées aux rénovations énergétiques nourrissent cette dérive.
Le poids du régime des catastrophes naturelles
Le durcissement tient aussi au financement du régime des catastrophes naturelles. Un arrêté du 22 décembre 2023 a relevé le taux de la surprime CatNat de 12 % à 20 % sur les contrats dommages aux biens, à effet du 1er janvier 2025, et de 6 % à 9 % pour les contrats automobiles. Cette hausse, destinée à redonner de la capacité à un régime déséquilibré par la sécheresse, se diffuse sur l'ensemble des contrats renouvelés en 2026.
En toile de fond, le retrait gonflement des argiles pèse lourdement sur les comptes. Selon la Caisse centrale de réassurance, le coût moyen d'un sinistre argileux avoisine 24 000 euros, soit environ le double d'une inondation. La nouvelle cartographie du risque entrée en vigueur le 1er juillet 2026 étend l'aléa moyen ou fort à 55 % du territoire, soit 12,1 millions de maisons individuelles concernées. Ces mouvements de terrain relèvent des garanties légales après réception, mais ils rappellent aux maîtres d'ouvrage la nécessité de border chaque phase du projet, y compris celle des travaux.
Implications pratiques
Pour un porteur de projet, l'arbitrage se joue sur un coût modeste au regard des montants engagés. La prime d'une TRC représente généralement entre 0,10 % et 0,50 % du montant total des travaux, selon la nature du chantier, sa durée et le niveau de risque. Pour une opération de 300 000 euros, la fourchette se situe entre 300 et 1 500 euros. En cas de sinistre majeur avant réception, un effondrement partiel ou un incendie de chantier, cette dépense évite d'avoir à attendre l'issue d'un contentieux entre intervenants pour reconstruire.
C'est dans cette logique de préfinancement rapide que l'assurance tous risques chantier trouve son utilité, en amont des garanties obligatoires. Elle ne remplace ni la décennale ni la dommages ouvrage, mais comble l'angle mort de la période de construction, celui que la reprise de 2026 rend à nouveau très fréquenté.
Ce qu'il faut surveiller
La solidité de la reprise reste la première inconnue. La FFB anticipe encore un repli de l'emploi de 0,8 %, soit environ 10 000 postes en équivalent temps plein, et un léger recul de l'entretien amélioration de 0,5 %. Le rebond du logement neuf ne compense pas à lui seul la faiblesse des autres segments. Un ralentissement des mises en chantier réduirait d'autant le volume d'ouvrages exposés à la phase travaux.
La trajectoire des primes constitue le second point de vigilance. Si la fréquence des sinistres climatiques poursuit sa hausse, la pression tarifaire sur toutes les couvertures de la construction, TRC comprise, se maintiendra. Les maîtres d'ouvrage et les promoteurs devront intégrer ce paramètre dans leurs plans de financement, à un moment où chaque point de coût pèse sur l'équilibre d'opérations déjà fragiles.
Conclusion
La reprise attendue du logement neuf en 2026 ne se limite pas à un signal conjoncturel favorable. Elle rouvre, à grande échelle, la période de vie d'un ouvrage la moins protégée par la loi, celle qui court de la première pelletée à la réception. Dans un marché de l'assurance construction sous tension climatique et tarifaire, la couverture tous risques chantier, longtemps perçue comme accessoire, redevient un maillon central de la sécurisation des projets.
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