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Pernod Ricard : les ventes reculent de 3,9 %, le dividende maintenu à 4,70 euros

Le groupe de vins et spiritueux publie un chiffre d'affaires annuel de 9 404 millions d'euros, en repli organique de 3,9 %, son troisième recul consécutif. Le dividende reste fixé à 4,70 euros, mais l'ambition de croissance à moyen terme est ramenée vers le bas de la fourchette.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de formes liquides ambrées en suspension, évoquant le repli des ventes d'un groupe de spiritueux et la résistance de sa trésorerie

Pernod Ricard a dévoilé jeudi 27 août, avant l'ouverture de la Bourse de Paris, les comptes de son exercice 2026 clos le 30 juin. Le chiffre d'affaires du groupe de vins et spiritueux ressort à 9 404 millions d'euros, en repli organique de 3,9 % et de 14,2 % en données publiées. Le résultat opérationnel courant atteint 2 423 millions d'euros, en baisse organique de 5,2 %.

Le groupe propose un dividende stable à 4,70 euros par action et ramène son ambition de croissance à moyen terme vers le bas de la fourchette qu'il visait un an plus tôt. Il accélère en parallèle son programme d'économies d'un milliard d'euros, dont la moitié a été réalisée sur le seul exercice écoulé.

Trois exercices de baisse, avec une pente qui s'accentue

Les communiqués annuels successifs du groupe permettent de reconstituer la trajectoire. Le chiffre d'affaires organique avait reculé de 1 % lors de l'exercice 2024, puis de 3 % en 2025. La baisse de 3,9 % enregistrée en 2026 constitue donc le troisième repli consécutif, et le plus marqué des trois.

En données publiées, l'érosion est plus spectaculaire encore. Les ventes sont passées de 11 598 millions d'euros en 2024 à 10 959 millions en 2025, puis à 9 404 millions en 2026, soit une contraction de près de 19 % en deux exercices. Deux facteurs amplifient le mouvement au-delà de la seule performance commerciale : un effet de change défavorable, lié notamment au dollar américain, à la roupie indienne et à la livre turque, et un effet de périmètre provenant des cessions de marques, dont celle de la gamme indienne Imperial Blue.

La Chine et l'Amérique du Nord concentrent la contraction

La géographie du recul est très concentrée. Les ventes en Chine chutent de 19 %, pénalisées par une consommation atone et par des mesures réglementaires qui pèsent sur la demande, le cognac Martell étant particulièrement exposé. Aux États-Unis, elles reculent de 14 %, sous l'effet conjugué d'un ralentissement du marché des spiritueux et d'ajustements de stocks chez les distributeurs.

Le reste du portefeuille résiste mieux. Hors Chine et États-Unis, le chiffre d'affaires organique progresse de 0,5 %. L'Inde avance de 7 %, l'Afrique et le Moyen-Orient affichent une croissance soutenue portée par la Turquie, le Nigeria et l'Afrique du Sud, et la catégorie des cocktails prêts à boire bondit de 12 %. L'Europe cède 3 %, la France reculant tout en conservant sa position de leader sur son marché domestique.

Le second semestre a nettement moins souffert que le premier : la baisse organique passe de 5,9 % sur les six premiers mois à 1,3 % ensuite. Le quatrième trimestre a toutefois été affecté par le conflit au Moyen-Orient, qui a perturbé le trafic aérien et donc les ventes réalisées dans les aéroports. Le groupe prévient que cet effet pèsera encore sur le premier trimestre de l'exercice 2027.

Le résultat résiste mieux que les ventes

Sur le plan de la rentabilité, la publication dépasse les attentes. Le consensus recensé par le groupe au 13 juillet, qui agrège les prévisions de treize maisons dont Barclays, Goldman Sachs, JP Morgan et UBS, tablait sur un recul organique de 5,9 % du résultat opérationnel courant. La baisse effective s'établit à 5,2 %. Sur le chiffre d'affaires en revanche, ce même consensus attendait une baisse de 3,7 %, contre 3,9 % réalisés.

L'écart favorable sur le résultat tient au contrôle des coûts. Les frais de structure diminuent de 8 %, après une baisse de 4 % l'exercice précédent. Le programme d'efficacité opérationnelle d'un milliard d'euros a livré la moitié de sa cible dès 2026, alors que la direction annonçait en avril viser un tiers. Sa réalisation complète est désormais attendue pour 2028, contre 2029 auparavant. La marge opérationnelle s'établit à 25,8 %, en retrait de 35 points de base en organique.

La génération de trésorerie constitue l'autre point d'appui. Le flux de trésorerie disponible progresse de 6 % à 1 197 millions d'euros et le taux de conversion en liquidités gagne 17 points, à 91 %, très au-dessus de l'objectif d'environ 80 % évoqué au printemps. Les investissements ont été ramenés à 616 millions d'euros.

Un dividende stable, mais un taux de distribution élevé

Le conseil proposera à l'assemblée générale du 20 novembre 2026 un dividende de 4,70 euros par action, identique à celui des exercices 2024 et 2025. Au cours de clôture du 26 août, à 67,60 euros, ce montant représente un rendement proche de 7 %.

Ce maintien mérite une lecture attentive. Le bénéfice net courant par action ressort à 5,85 euros, en baisse de 19 %. Le dividende absorbe donc environ 80 % du résultat courant, alors que la politique financière affichée par le groupe vise une distribution d'environ 50 % de ce même agrégat. Le solde de 2,35 euros pourra par ailleurs être perçu en actions plutôt qu'en numéraire, une option qui permet de préserver la trésorerie.

La dette nette recule légèrement, de 65 millions d'euros, à 10 662 millions. Le ratio d'endettement rapporté à l'excédent brut d'exploitation remonte néanmoins à 3,7 fois, sous l'effet de la baisse du résultat. Le groupe vise un niveau inférieur à 3 fois d'ici 2029.

Une ambition de croissance ramenée vers le bas de la fourchette

Le changement de ton le plus net concerne les perspectives. Un an plus tôt, le groupe visait pour la période 2027 à 2029 une croissance organique annuelle moyenne « dans la fourchette de 3 % à 6 % ». Le communiqué de jeudi vise désormais une moyenne « proche du bas de la fourchette de 3 % à 6 % », en invoquant explicitement la faiblesse du marché américain.

Pour l'exercice 2027, la direction anticipe un chiffre d'affaires organique globalement stable, avec des baisses attendues aux États-Unis et en Chine et une dynamique toujours favorable dans le reste du monde. Les investissements publicitaires seront maintenus autour de 16 % des ventes et les investissements stratégiques ramenés à environ 700 millions d'euros.

Ce que les épargnants français peuvent en retenir

Composante du CAC 40, l'action Pernod Ricard figure dans de nombreux plans d'épargne en actions et dans les unités de compte adossées aux indices français ou européens. Son parcours boursier a été difficile : le titre a cédé environ 32 % en un an et évolue à 67,60 euros, loin du plus haut de 107,45 euros touché sur les douze derniers mois, pour une capitalisation d'environ 17 milliards d'euros.

Deux lectures s'opposent. Les investisseurs prudents relèvent que la baisse s'accentue d'année en année, que les deux premiers marchés du groupe restent orientés à la baisse, que le levier d'endettement remonte et que le dividende dépasse nettement la cible de distribution affichée. Les acheteurs mettent en avant une valorisation d'environ 11,6 fois le bénéfice courant, un rendement proche de 7 %, une nette amélioration de la trésorerie et des économies livrées plus vite que promis. Avant la publication, le consensus des bureaux d'analyse restait à « conserver », avec un objectif de cours moyen de 85,05 euros.

Le secteur entier traverse la même zone de turbulences. Rémy Cointreau a retiré ses objectifs à horizon 2030, Diageo a engagé des réductions d'effectifs et plusieurs distilleries américaines et écossaises ont suspendu leur production. Les cinq principaux groupes de spiritueux détiennent ensemble près de 22 milliards de dollars de stocks vieillissants, un matelas qui alimente la crainte d'une guerre des prix sur le whisky, le cognac et la tequila.

Le calendrier immédiat retient deux échéances : la réaction du marché à la séance du 27 août, la publication ayant été diffusée avant l'ouverture de Paris, et l'assemblée générale du 20 novembre, qui devra approuver le dividende.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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